On ne se mentira jamais
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Thème
Serge et Marianne forment un couple uni, sans histoire, heureux depuis 25 ans. Un simple petit accrochage en voiture entraîne une série d’interrogatoires en bonne et due forme de Serge par sa femme, et débouche sur un véritable règlement de comptes.
Tout part en vrille. Un vrai bonheur, sauf pour Serge et son couple !
Points forts
Le jeu des comédiens est remarquable. Evelyne Bouix, fausse naïve sous des airs d’ingénue, semble poser des questions innocentes, mais qui sont loin de l’être. Chaque question en amène une autre, et la réponse de Serge, qui joue perpétuellement en défense, s’avère pire que la précédente. On aboutit à une splendeur d’embrouilles et une fois la mécanique de la suspicion lancée, rien n’arrêtera Marianne, jusqu’à ce qu’elle ait obtenu gain de cause.
Nicolas Briançon touche au sublime dans son rôle de mari faussement assuré, et qui ne comprend rien à toutes ces questions, auxquelles il répond avec une maladresse confondante, alternant le mensonge, les demi-vérités, la dissimulation. Il a le chic pour s’enfoncer tout seul. Lorsqu’il est cuisiné sur un mensonge flagrant par sa femme, sa seule réponse est d’en fournir un autre (« par excès de modestie » !) encore moins crédible que le précédent. Il godille sans visibilité de Charybde en Scylla, persuadé qu’il s’en sortira. Que nenni mon ami !
La mise en scène de Jean-Luc Moreau est suave, le décor de bon ton avec des couleurs pastel, douces comme le ton sur lequel Marianne pose ses questions assassines. C’est amusant de constater que Jean-Luc Moreau jouait, en 2015, le rôle de Serge dans cette pièce. Il connaît solidement l’affaire.
Quelques réserves
- Il faut bien l’avouer : aucune réserve…
Encore un mot...
Le ping-pong de questions–réponses, qui commence de façon tout-à-fait anodine, est tout à fait réjouissant, car Serge, persuadé qu’il est le meilleur à ce petit jeu-là, se laisse avoir comme un bleu. De son côté, Marianne, avec sa voix toute douce et son air de ne pas y toucher, lui pose méthodiquement des questions aiguisées qui désarçonnent notre bobo des faubourgs. Ce spectacle va ainsi crescendo dans la quête de la vérité au gré d’un interrogatoire implacable. La dégringolade du menteur est subtile. C’est un régal. On en sort en joie.
Sous les allures d’un vaudeville, cette pièce montre le poids des souvenirs, le rôle du hasard, les « déchets toxiques » déposés dans un couple par l’adultère, avec son lot de comparaisons déplacées, de « et si.. ».
Une phrase
Marianne : « ça a été fini ? ça a été fini ? C’est que ça a commencé ! »
Marianne : « Il y a 25 ans, tu as couché avec Sophie Clébard !
- Serge : Mais c’est une affaire qui a une barbe ! »Serge :
- « Le psychanalyste, c’est un type dont le métier est de chercher midi à quatorze heures… »
- « J’ai nié parce que c’était plus pratique. »Marianne : « Dis-moi des mots qui se suivent… Je suis apte à entendre la vérité. »
- Serge : On ne s’est pas parlés, juste le frottement des tissus, les mains qui se cherchent, qui se nichent… Beaucoup de gestes, peu de mots. »Serge [parlant de sa relation extra-conjugale] : « On a un peu dérapé…
- Marianne : Vous étiez en voiture ?
- Serge [penaud] : … Non. »Marianne « Les femmes sont impressionnées par la droiture. Elles n’admirent jamais un homme infidèle. »
L'auteur
Eric Assous (1956 – 2020) était à la fois auteur, réalisateur, scénariste, dialoguiste et comédien. Il propose dans ses pièces des scènes de vie fort bien étudiées avec beaucoup d’humour et de verve. C’est un habitué des prix : deux Molière en 2010 et 2015, le Grand Prix du théâtre de l’Académie française en 2014 et le Grand Prix du théâtre SACD en 2015. Il a commis près de 80 pièces de théâtre, dont Inavouable, La nouvelle, Couple en danger, Les femmes, Mon meilleur copain.
Eric Assous continue à être joué et/ou repris sur les scènes parisiennes. Sa perspicacité dans l’observation du quotidien dans un couple et son sens de l’analyse font merveille dans chacune de ses pièces.
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