Derrière
Durée : 1h20
Infos & réservation
Thème
Nicolas Chaigneau et Claire Laureau transforment le ratage, le vide et l’accident en un spectacle aussi drôle qu’inclassable. Une étonnante leçon de théâtre où, finalement, c’est le spectateur qui fait le travail.
Tout commence par une répétition qui ne devrait pas être une histoire. Nicolas veut présenter un solo de danse « puissant » et Claire doit simplement lancer la musique. Mais rien ne fonctionne : mauvaise manipulation de l’ordinateur, mauvais timing, incompréhension, énervement… Le solo ne commence jamais vraiment. Ou plutôt, il commence sans cesse et échoue aussitôt.
C’est le point de départ de Derrière, deuxième volet du diptyque Le Vide, après Les Galets au Tilleul (...) – également à l’Atelier jusqu’au 14 novembre. L’idée est aussi simple qu’audacieuse : que peut-on faire avec le rien, avec le raté, avec ce qui normalement devrait être coupé au montage ?
Les deux artistes prennent à rebours les règles habituelles du spectacle. Ici, les accidents deviennent la matière même de la représentation : scène dansée interrompue, problèmes techniques, clown, meurtre, catastrophe, participation du public… La pièce avance par bifurcations et surprises.
Et surtout, les interprètes ne parlent pas réellement. Leurs voix sont enregistrées puis diffusées, tandis que leurs corps reproduisent les mouvements correspondant aux paroles. Ce décalage entre le son et le geste crée une étrange mécanique, à la fois burlesque et fascinante.
Points forts
Derrière ne ressembler à rien de connu. Danse, théâtre, mime, clown, performance : les catégories se mélangent sans jamais vraiment se fixer. Et c’est pourquoi il répond au premier bienfait du spectacle vivant : nous surprendre.
Le spectacle lance un défi (risqué ?) : parier sur intelligence des spectateurs. Derrière le gag se cache une réflexion particulièrement fine sur le théâtre : qu’est-ce qui fait croire à une histoire ? Jusqu’où suffit-il de suggérer pour que le public invente le reste ? La pièce révèle au passage la puissance de nos mécanismes de croyance.
Le duo (ils ont conçu, mis en scène et interprètent le spectacle) fonctionne à merveille. Nicolas Chaigneau et Claire Laureau exploitent leurs différences physiques, leurs maladresses et leurs silences avec une précision remarquable. Car derrière l’apparente improvisation se cache une inventivité sonore et visuelle, une mécanique parfaitement maîtrisée, un humour fin et léger qui irrigue tout le spectacle.
Quelques réserves
- Ce qui pourrait constituer des réserves : les ruptures, les changements de registre, les situations absurdes et cette profusion d’idées, qui pourraient donner l’impression d’un propos décousu, reposent en fait sur la complicité avec le public. Comme elle est totale, ces réserves seront finalement à ranger dans la catégorie des points forts !
Encore un mot...
Le charme de cette proposition est de nous rappeler que le spectacle vivant n’est pas seulement ce qui est montré, c’est aussi ce que le spectateur imagine.
Le pari était risqué : faire rire avec des échecs, captiver avec du vide, créer de l’émotion avec presque rien. Pari gagné. À Avignon, la pièce a été remarquée comme l’une des révélations du Off 2025 et revient aujourd’hui au Théâtre de l’Atelier.
Une phrase
- « Aucun son ne sort de notre bouche, tout s’entend. »
L'auteur
Formés tous deux à la danse contemporaine, Nicolas Chaigneau et Claire Laureau se rencontrent en 2013 au sein de la compagnie havraise La BaZooKa. Leur complicité et leur goût commun pour l’humour les conduisent à créer la compagnie Pjpp en 2015.
Nicolas Chaigneau, formé notamment aux Beaux-Arts de Rouen, puis auprès de Peter Goss, Philippe Tréhet, et au studio Cunningham à New York, développe parallèlement un travail de chorégraphe et d’interprète.
Claire Laureau, formée aux conservatoires de Caen et Lyon puis au CNSMD de Paris, a travaillé avec de nombreux chorégraphes avant de codiriger Pjpp avec Nicolas.
Ensemble, ils ont créé notamment Les Déclinaisons de la Navarre, Les Galets au Tilleul (...), Les Visites Mal Guidées et Derrière. Depuis 2026, Nicolas dirige seul la compagnie, tandis que Claire poursuit son parcours d’interprète et ses recherches personnelles.
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