La solitude d’un acteur de peep show avant son entrée en scène
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Thème
Ces confessions inattendues d’un “travailleur du sexe“ font écho à la solitude ordinaire de ceux qui fuient la société pour se réfugier dans les marges, en attendant de partir cultiver leur jardin dans une autre forme d’esseulement.
Mais lorsque s’y mêle l’extrême souffrance engendrée par l’exploitation brutale des corps poussée hors des limites convenues, le douloureux monologue intime se transforme en drame social, plus encore pour celui qui s’exhibe que pour celui qui le regarde avec cruauté.
Points forts
Un texte poignant, ciselé et poétique, dont la puissance se déploie crescendo.
Loris Freeman livre une interprétation ici d’une grande intensité, portée par le langage autant que par l’expression du corps, jouant tour à tour tous les personnages en dialogue sans jamais se départir de la dignité attachée à son rôle.
La tension initiale, provoquée par la prise de parole sans concession, ne faiblit pas, alors que le suspense s’installe jusqu’à l’insolite chute finale.
Quelques réserves
Aucune.
Encore un mot...
Si ce qu’il est convenu d’appeler pudiquement les “travailleurs du sexe“ se mettaient à témoigner, que diraient-ils ? Tel est le motif principal de ce seul en scène virtuose, tant par l’écriture théâtrale que par l’interprétation.
« Il faut imaginer Sisyphe heureux » écrivait Camus. L’acteur de peep show ne saurait être appréhendé de la même manière tant il crie, dans ce monologue, les atteintes forcées à sa dignité et son besoin de chaleur humaine. La force du propos tient précisément à cette revendication qui peine à être formulée, mais doit être hurlée.
Une phrase
« Je suis toujours libre les matinées et les débuts d'après-midi... et je ne sais pas pourquoi... j'aime beaucoup marcher... comme ça... à l'aveuglette... me laisser aller au gré du vent et de mes humeurs... et un jour... je tombe nez à nez avec un de mes fans... je ne savais pas que c'était un de mes fans... je ne vois personne à travers mes miroirs... c'est lui qui me l'a dit...enfin... il me l'a dit plus tard... je marche donc...et au bout d'un moment je me sens suivi... vous savez comme dans les films... un sentiment de malaise vous envahit... alors je me retourne... je vais vers lui... je lui demande qu'est-ce qu'il cherche ?... qu'est-ce qu'il veut ?... s'il veut ma photo ?... que s'il me drague il est mal tombé...que je ne suis pas pd... et lui... il me dit avec la plus grande bonté et la plus grande gentillesse... :Je suis un de vos fans... vos prestations me touchent... oui c'est le mot qu'il a utilisé...prestations... eh bien vous savez quoi ?... j'étais fier tout d'un coup... oui... j'étais fier de qui j'étais... au début je n'ai pas compris de quoi il parlait... mais il me regardait avec tant de bonté...et il me renvoyait une image de moi telle que...oui... je me sentais fier... et je le regardais me regarder avec ses yeux pleins d'admiration... que je ne sais pas comment vous dire ça... mais tout d'un coup... je me sentais meilleur... c'est bizarre hein !... mais oui... je me sentais meilleur... c'est fou ce qu'un regard posé sur vous peut vous ébranler... je ne parle pas d'un regard posé sur vous uniquement pour vous mater... mais d'un regard plein d'amour... qui soulève quelque chose de bon caché au plus profond de vous...dont vous ne connaissiez même pas l'existence...d'un regard qui vous aide à sortir ce diamant hors de vous... et vous pousse à le montrer à la face du monde... alors vous savez quoi ?... vous savez ce que j'ai fait ?... je l'ai pris dans mes bras... je l'ai serré de toutes mes forces... et j'ai commencé à pleurer...oui à pleurer... j'avais vraiment l'air d'un con...moi en train de pleurer dans la rue... dans les bras d'un inconnu... Je ne sais pas combien de temps cela a duré... après... j'étais gêné... je lui ai demandé de me pardonner... alors... il m'a caressé le visage... et m'a dit... : Ça fait du bien hein !... et il est parti... et moi je suis resté là... à le regarder s'éloigner sans rien dire... du coup quand je bosse... j'ai toujours une pensée pour lui... je l'imagine derrière ces miroirs... et je donne le meilleur de moi... et parfois même à la sortie du boulot... je regarde discrètement dans la rue... s'il n'est pas là... à m'attendre... »
L'auteur
- Formé aux Conservatoires de Mons, Bruxelles et au Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris, Maul van Mulder connaît une longue carrière théâtrale en Belgique et en France (Théâtre Royal du Parc, Comédie-Française, etc.). Il a aussi créé le Théâtre du Cinabre à Paris et, de retour en Belgique en 2007, s'est consacré à l'écriture, publiant notamment "La solitude d'un acteur de peep show avant son entrée en scène."
- Loris Freeman, danseur classique de formation, travaille sur plusieurs terrains de guerre, envoyé par le service reportage de TF1 pendant plusieurs années. Comme acteur, il joue dans Pierre et Jeanne, réalisé par Clémentine Célarié et fut plusieurs fois distingué lors de festivals internationaux) ainsi que dans des séries télévisées comme L’Opéra (deux saisons), Engrenages, Mademoiselle Holmes. Artiste accompli, il créé des vitraux dans son propre atelier.
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