Freud, dernier combat
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Thème
Sigmund Freud confie ce qui le traverse, tantôt seul, tantôt en dialogue avec sa fille, Anna. Nous sommes à Vienne, en 1934. L’inventeur de la psychanalyse, âgé, malade d’un cancer, voit le monde autour de lui s’effondrer avec angoisse, sous l’emprise nazie, en même temps qu’il subit lui-même physiquement ce délabrement.
Heureusement, sa fille chérie, Anna, prend soin de lui. En bonne psychanalyste qu’elle est, elle aussi, elle l’interroge sur l’histoire familiale. Qui était le mystérieux père de Sigmund, Jakob Freud ? • Du coup, le complexe d’Œdipe – qui selon Freud est la clé de compréhension de l’hystérie de ses patientes - pourrait bien s’en trouver remis en question…
Points forts
Le propos de la pièce, fort interpellant, résonne avec ce que l’on sait aujourd’hui, hélas, de la fréquence et des effets dévastateurs des traumatismes subis dans l’enfance.
Le texte est accessible et l’on ne s’ennuie pas, même lorsque l’on n’est pas un fin connaisseur de la psychanalyse. Les personnages nous permettent habilement de réviser nos classiques du genre, portées par des figures comme Freud, Jung ou Lacan…
Le jeu des comédiens est excellent, avec un Freud plus vrai que nature.
La mise en scène d’Hervé Dubourjal - qui interprète également Freud – est rythmée, et s’appuie notamment sur des vidéos projetées au début de la pièce, hypnotiques, oniriques, fantasmatiques...
Il est habile de faire passer la remise en question de la théorie de Freud par la bouche de sa propre fille. Il ne s’agit pas ici de “régler son compte“ au “père de la psychanalyse“, mais de semer le doute, sans violence ni malveillance. Qui d’autre qu’une fille intelligente et aimante pour remettre en question l’édifice de celui qui fut déjà considéré de son temps comme un génie ? Il est habile aussi qu’Anna utilise les propres outils psychanalytiques inventés par le père pour interroger sa théorie.
Quelques réserves
On discerne mal le vrai du faux sans un petit travail de recherche post-spectacle. De fait, il y a beaucoup de vrai… mais aussi du faux, à commencer par l’idée que la fille de Freud ait pu remettre en question le travail du père sur l’Œdipe, elle qui avait une relation très fusionnelle avec lui (du reste très bien mise en évidence dans la pièce), et qui a œuvré après sa mort pour faire connaître son travail.
Mais après tout, l’auteur n’est pas le premier ni le dernier à mêler fiction et histoire. Dans le cas présent, certaines phrases d’Anna semblent très contemporaines. Elle s’insurge notamment lorsque son père évoque les deux « complices » du complexe d’Œdipe, à savoir le père et l’enfant. « Mais papa », lui reproche-t-elle en substance, « dans le mythe, l’enfant, Œdipe, est uniquement victime : victime de son père, Laïos, qui a eu un fils en dépit des prédictions de l’oracle, puis l’a abandonné. » • Pour expliquer l’hystérie, il ne faut donc pas faire porter le chapeau aux enfants et à leurs fantasmes supposés, mais bien aux transgressions des adultes, dont les enfants sont victimes. Est-ce qu’à cette époque-là de tels propos auraient pu être tenus ? Peu importe… Peut-être !
Encore un mot...
- Il est troublant de penser qu’il eut mieux valu que Freud s’en tienne à sa première hypothèse pour préserver les enfants, mais que c’est à partir de sa “seconde théorie“ que s’est ouvert un immense champ de réflexion sur l’inconscient…
Une phrase
- Anna [à son père] : « Tu as voulu protéger les hommes au détriment des enfants. »
L'auteur
Aude de Tocqueville est écrivaine et commissaire d’exposition. Elle a créé plusieurs spectacles musicaux autour de grandes figures littéraires et artistiques, notamment George Sand, Reynaldo Hahn et Marcel Proust, ainsi qu’un spectacle consacré aux lettres de rupture amoureuses, Rompez ! avec Marie-Christine Barrault, Jacqueline Bourgès-Maunoury et Lambert Wilson.
Elle s’est également beaucoup intéressée au peintre et photographe Georges Gasté (1869-1910), auquel elle a consacré une biographie, des expositions et des textes pour le théâtre. Plus récemment, elle a écrit Solitude d’un ange gardien, monté au Festival d’Avignon en 2025.Jean-Marie de Sinety est psychiatre, pédopsychiatre et psychanalyste. Membre d’un groupe international consacré au rêve éveillé en psychanalyse, il a dirigé la revue Imaginaire et Inconscient et publié de nombreux articles théoriques et cliniques sur le sensoriel, l’imaginaire et le rêve. Il est également l’auteur de Fenêtre sur cure et de Freud, journal des années noires 1934-1939, récit romancé consacré aux cinq dernières années de la vie de Freud.
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