On purge Bébé
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Thème
Un appel d’offre de pots de chambre pour l’armée tourne mal...
Monsieur Follavoine, grand échalas en costume sombre, sérieux comme un pape et fabricant de porcelaine, a invité à déjeuner un client de marque, fonctionnaire influent au ministère des armées (et néanmoins cocu, il l’apprendra à ses dépens), pour conclure un important marché. Il s’agit de la fourniture de centaines de pots de chambre destinés aux soldats.
Mais survient un incident domestique fâcheux et totalement inopiné ! Madame Follavoine, Julie, débarque en déshabillé très négligé et en bigoudis, dans le bureau de son mari. Très préoccupée, voire contrariée, elle est au bord de l’hystérie : Toto, son fils chéri, ne veut (ou ne peut) « y aller » (autrement dit, il est terriblement constipé mais refuse obstinément de prendre son purgatif). Son père s’en mêle sans succès tandis que Julie déambule dans le bureau le seau des eaux à la main (il n’y a pas encore l’eau courante). S’ensuit une scène de ménage agitée et sans fin (elle durera la moitié de la pièce) et patatras, survient monsieur Chouilloux, affable, calme et très courtois.
Une négociation serrée sur la vente des pots de chambre peut commencer
Points forts
L’expression pleinement aboutie du parfait vaudeville à la Feydeau : une comédie de mœurs qui fouille ert dépeint jusqu’à la farce une famille de la moyenne bourgeoisie au centre de laquelle s’agite Toto, sept ans, enfant-roi et tyrannique.
Parmi les nombreuses scènes désopilantes, quoiqu’un peu chargées par instants, on retiendra :
- celle (dans les deux sens du terme) entre Monsieur et Madame, celle-ci déposant avec force et détermination son seau de toilette sur le bureau de son entrepreneur de mari, elle finira par l’utiliser comme tabouret trônant au milieu de la pièce au grand dam de son époux, horrifié.
- les caprices répétés de Toto, qui se roule par terre et se cache sous les meubles pour échapper à la purge (c’est la première fois qu’un enfant prend une telle place dans le théâtre de Feydeau, lequel s’inspire sans doute de son propre rejeton et de sa femme, dont il est en train de divorcer).
On apprécie le jeu expressif et assez attachant du pauvre monsieur Follavoine (Marc Chouppart), le père donc, souvent au bord de l’apoplexie, contraint au final de vider la bouteille de cette décoction qui n’a rien de magique.
Ne pas manquer la scène iconique du “crash test“ des pots de chambre que Chailloux - qui veut des preuves de qualité - et Follavoine sûr de lui font subir à deux modèles par deux fois, et qui bien sûr, violemment projetés sur les murs, explosent lamentablement en mille morceaux. On pense à la scène irrésistible de chasse au canard dans son salon par Robert Lamoureux.
Quelques réserves
Pour apprécier, il faut aimer sans réticence le style vaudeville, et dans ce registre, Feydeau est sans conteste le meilleur, malgré et avec ses outrances.
Par ailleurs, les sortes d’intermèdes chantés par les Follavoine constituent, dans cette mise en scène d’Emeline Bayart (qui joue Julie Follavoine), des digressions pas toujours bienvenues, et diversement appréciées.
Encore un mot...
- Du rythme, encore du rythme ! L’important ici, c’est le tempo : ce n’est pas tant ce qu’on dit mais comment on le dit qui compte.
- Tout s’enchaîne dans cette courte pièce réglée comme du papier à musique. Cette farce est un modèle de précision, tant pour les dramaturges et professionnels que pour les spectateurs, qui n’en perdent pas une miette, jusqu’à la scène finale que l’on se gardera bien de dévoiler...
Une phrase
Julie Follavoine [à son mari] : « Bastien, bébé a pris sa purgation !
- Bastien : Je m’en fous !
- Julie : Il s’en fout, il s’en fout ! Tiens, le voilà ton père, il s’en fout. Heureusement, tu as ta mère. Va, aime la bien, mon chéri, aime la bien ! » [scène finale, acte 1]
L'auteur
Georges Feydeau (né en 1862, mort en 1921) serait le fils de Napoléon III selon les uns (dont sa mère) ou celui du duc de Morny, demi-frère de l’empereur, selon d’autres.
Personnage haut en couleurs original et volage, Georges Feydeau consacra sa vie à la peinture (au propre et au figuré) des travers de la bourgeoisie de son époque. Il se tourne très tôt vers le théâtre et signe sa première pièce à 19 ans : Par la fenêtre est un succès de même que Tailleur pour dames, salué par Labiche.
Par la suite, après une période de vaches maigres, en puisant son inspiration dans la fréquentation du restaurant Maxim’s et dans une certaine addiction à la cocaïne, il enchaîne les succès : Monsieur chasse, L’Hôtel du libre-échange (on appréciera le jeu de mots), Un Fil à la patte (1894), Le Dindon (1895), La Dame de chez Maxim’s (1899), Occupe-toi d’Amélie (1908). Georges Feydeau est alors sur nommé le « roi du vaudeville. »
Parallèlement, il s’intéresse à la peinture impressionniste, dont il fut un temps un habile collectionneur (Sisley, Boudin). Il conclut cette vague de très grands succès par On purge Bébé et Mais n’te promène donc pas toute nue, mais finit ses jours dans une maison de santé, rongé par la syphilis.
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