Signé Dumas

Original, intelligent, enlevé, épatant.
De
Cyril Gély et Eric Rouquette
Mise en scène
Tristan Petitgirard
Avec
Davy Sardou, Xavier Lemaire, Thomas Sagols.
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre La Bruyère
5, rue La Bruyère
75009
Paris
148747699
Du mardi au samedi, 21h. Samedi, 15h30.
Lu / Vu par Culture-Tops

Thème

Pour décor, un bureau aux murs recouverts de boiseries. Nous sommes le 24 février 1848, ça va commencer et ça finira là dans la dépendance du château de Port-Marly, résidence de l’écrivain Alexandre Dumas (père). Il est alors au sommet de la gloire. Il alimente les journaux en feuilletons quotidiens. Il publie des livres. « Les Trois Mousquetaires », « Le Comte de Monte-Cristo », « La Reine Margo »,… il enchaîne sans s’essouffler les romans. Une production étourdissante. 

Et là, alors que le contexte politique est flou et tendu, dans le bureau c’est parti pour un duel de plumes et de mots. La star, l’ogre Dumas face au discret Auguste Maquet. Le patron et son employé- oui, c’est bien de cela qu’il s’agit : Dumas l’écrivain archi-connu ne travaille pas seul. Il a un « nègre », un homme qui écrit pour lui. Dumas, c’est simple, il lance des idées, esquisse des personnages, rédige des plans sur quelques pages et Maquet, le discret, écrit, écrit, encore et encore. 

Le romancier lance : « Je suis un chêne, Maquet. Vous entendez ? je suis un chêne, je fais de l’ombre à tout le monde… » Mais ce jour-là, Maquet le discret, le « ghost writer » (écrivain fantôme, comme disent les Anglo-saxons) se réveille, se révèle à lui-même. Il veut apparaitre au même titre que Dumas, il dit au « maître » qu’il veut du 50-50 (signatures et droits d’auteur)… Le bon vivant, l’épicurien convaincu de son immense talent qu’est Dumas le prend de haut, lui rappelle sa condition de « nègre » littéraire. Maquet ne lâche rien, déstabilise même Dumas qui va tout de même vite retomber sur ses pieds au terme d’un beau duel verbal à coups de plumes… d’oie !

Points forts

- Le texte de Cyril Gély et Eric Rouquette, véritable duel entre les deux grands manieurs des mots et de la langue qu’étaient Dumas père et Maquet.

- La question qui nourrit toute la pièce : qu’est-ce que la propriété artistique ? existe-t-elle vraiment ?

- Le jeu des acteurs. Impressionnant physiquement, Xavier Lemaire campe un Dumas « hénaurme » mais il sait aussi laisser poindre quelques fêlures et faiblesses du personnage. En Marquet, Davy Sardou fait preuve d’une grande sobriété dans le jeu et les attitudes.

- La mise en scène intelligente et dynamique de Tristan Petitgirard, qui a su appliquer la devise d’Alexandre Dumas père : « Commencer par l’intérêt plutôt que par l’ennui ; commencer par l’action au lieu de commencer par la préparation ».

Quelques réserves

Deux regrets : 

- D’abord, dans le décor, les murs en boiserie dans le bureau semblent trop neufs, trop modernes par rapport à la période (les années 1840) durant laquelle se déroule la pièce.

- Ensuite, certains mots tant dans la bouche de Dumas que de Maquet sonnent plus début 21ème siècle que milieu 19°

Encore un mot...

Avec une intelligence réjouissante, la pièce interroge sur le processus de création et la propriété artistique. C’est enlevé, sans temps faible, épatant. Un bonheur de théâtre.

L'auteur

- Scénariste, romancier et dramaturge, né le 23 mars 1968 à Boulogne-Billancourt , Cyril Gély a écrit pour le théâtre, entre autres, « Diplomatie » (2011, avec Niels Arestrup et André Dussollier). Pour le cinéma, il a écrit, en particulier, « Chocolat » (2016, réalisé par Roschdy Zem, avec Omar Sy et James Thierrée)…

- De son côté, né le 4 juillet 1964 à Paris, Eric Rouquette a fondé la Compagnie Batala et mis en scène plusieurs spectacles, dont « La Collection » de Harold Pinter ou encore « Audience et Vernissage » de Vaclav  (Havel). Auteur, il signe en 2000 sa première pièce, « On solde ! ». Il y aura aussi « Une nuit au poste » (2005) ou encore « Livret de famille » (2014).

En 2003, Cyril Gély et Eric Rouquette co-écrivent « Signé Dumas »- la pièce est mise en scène alors par Jean Luc Tardieu , avec Francis Perrin et Thierry Frémont, et nommée dans 7 catégories aux Molières. Grand Prix de l'Académie Française en 2004, la pièce est adaptée au cinéma par Safy Nebbou, avec Benoît Poelvoorde et Gérard Depardieu. Et après avoir été reprise au Festival d’Avignon en juillet 2018, elle est à nouveau à l’affiche à Paris…

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