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Thème
Steph, grimpeuse professionnelle, lâchée par ses sponsors, vient se réfugier en France chez une amie. Au milieu d’une soirée arrosée, elle décide d’escalader une voie en solo intégral, « pour se vider la tête » d’où elle sautera en base-jump.
Déconcentrée par ses préoccupations, elle rate une prise très technique, chute et se rattrape. Elle reste alors accrochée à la paroi sans pouvoir bouger, le genou ensanglanté. Il ne lui reste plus qu’à faire corps avec la paroi rocheuse.
Points forts
Le monologue intérieur de la grimpeuse est tissé de sensations rendues plus aigües par l’intensité de l’effort mais aussi, et peut-être surtout, d’observations quasi microscopiques du monde tout proche des vivants.
Le grand corbeau, la fourmi « compagne de cordée », le lichen orange, Xanthoria elegans, mélange d’algue et de champignon, le Tichodrome Echelette, un tout petit oiseau gris et rouge, les vautours fauves, la roche calcaire, ses arrêtes et ses gratons, la fissure, le papillon isabelle, l’air et ses thermiques, tous composent un monde visuel et sonore, vertical et naturel, plein de surprises et de beautés, qui exalte la vitalité.
Ce jeu sur les points de vue et le changement d’échelle, du très petit au très grand, du tout près au très lointain, est rendu sensible par l’utilisation des marionnettes et les doubles tableaux qui, dans un clair-obscur poétique où la lumière dessine les scènes, mettent en regard la comédienne et son double, marionnette.
Plans larges, gros plans et split screens inspirés du cinéma permettent d’embrasser dans un même coup d’œil l’immensité et la verticalité de la montagne et les plus minuscules et discrètes des vies sauvages.
Quelques réserves
On peut déplorer un problème de rythme dû, notamment, aux manipulations de modules dont les multiples transformations permettent certes de créer des perspectives horizontales et verticales, mais, en scandant lourdement le récit, le ralentissent à l’excès.
De la même façon, le “corps-paysage“ et ses postures corporelles étranges censées évoquer l’organicité de la montagne ne sont pas très convaincants.
Ces deux faiblesses donnent au spectacle une tonalité un peu lourde et parfois inaboutie, quand on voudrait respirer à pleins poumons l’air des cimes.
Encore un mot...
Au-delà de l’anecdote de départ - événement réel dont s’est inspirée la dramaturge - il faut insister sur l’originalité de ce propos sur les sports extrêmes et sur le défi que représente la mise en théâtre de ces expériences.
- L’escalade en libre, le base jump (ou saut extrême), le vol en wingsuit (ou vol en combinaison ailée) invitent à établir un autre rapport au monde, parce qu’ils témoignent, en même temps qu’ils la provoquent, d’une relation étroite et complice avec la mort et, bien sûr, la vie.
Une phrase
« Je veux m’oublier sur cette roche. Je me lance ! »
« Je pousse. Je suis dans les airs à présent. Mes yeux ne quittent pas la prise.
Le temps se distord et c’est au ralenti que je vois ma main rater la prise.
Glisser sur la prise. Rater la prise.
Glisser sur la prise.
Comme une boucle incompréhensible. Une boucle impossible. »
L'auteur
L’œuvre de Faustine Noguès, autrice et metteuse en scène, est articulée sur des sujets sociaux et politiques contemporains. Elle propose donc un théâtre quasi documentaire : l’accession au pouvoir d’un humoriste punk (Surprise parti), une grève aux méthodes originales et radicales dans un abattoir de bovins (Les Essentielles), la lutte contre les discriminations aux Etats-Unis (Angela Davis, une histoire des Etats-Unis), la difficulté de ne penser à rien (Moi c’est Talia), le délit de solidarité (Grand pays), le commerce clandestin de carburant frelaté en Afrique de l'Ouest (Impulsion), l’usage des tests ADN récréatifs (ADN – Histoires de famille).
Directrice artistique de la compagnie Madie Bergson, au sein de laquelle elle met en scène ses textes, elle mène par ailleurs avec le circassien Rafael de Paula une exploration du métissage cirque-théâtre.
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