Thêatre-Spectacles

Sonate d'Automne

De Ingmar Bergman
Mise en scène : Marie-Louise Bischofbrger
Avec Françoise Fabian, Rachida Brakni et Eric Caruso

Infos & réservation

Théâtre de l'Oeuvre
55 rue de Clichy
75009 Paris
Tél. : 0144538880
http://www.theatredeloeuvre.fr

Lu / Vu par

Jacques Paugam
Publié le 14 déc . 2013

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Même si cela peut vous paraître parfois un peu long...

Thème

Canevas de cette oeuvre, qui fut d'abord une pièce de théâtre avant de devenir un film célèbre: les retrouvailles dramatiques entre une pianiste virtuose et sa fille qu'elle n'a pas vue depuis sept ans, fille désespérée d'avoir perdu son enfant et, surtout, incapable de pardonner à sa mère le fait d'avoir fait passer sa carrière avant l'exigence d'une  présence vraiment maternelle auprès de ses deux enfants, son autre fille étant, de surcroît, handicapée.

Points forts

1 Comme toujours chez Bergman, une analyse spectrale de la complexité des êtres et de leurs blocages, sans jugement personnel sur les uns et les autres.

2 La mère, Charlotte, est un personnage particulièrement intéressant: fondamentalement égocentrique, incapable de changer de comportement, mais se connaissant très bien, très au fait de ses limites, fantaisiste et drôle, dans les moments où elle s'assume telle qu'elle est.

3 Les passionnés de musique apprécieront l'admirable analyse proposée de la démarche de Chopin, musicien "viril" et non "sentimental".

4 La mise en scène est sobre et efficace.

5 Le décor, moderne et minimaliste, merveilleusement mis en lumière, crée, très curieusement, au début du moins, une atmosphère qui fait penser aux peintres flamands.

Points faibles

1 Eva, la fille, a certes des raisons d'être malheureuse -l"abandon" de sa mère, la perte de son enfant de quatre ans-, mais cela suffit-il à expliquer qu'elle soit à cran, d'une manière aussi exaltée, à l'affût de tout ce qui pourra provoquer l'affrontement? Bergman ne charge-t-il pas un peu trop la barque, au point que celle qu'on devrait plaindre avec compassion, finit par nous donner surtout l'impression d'une pleurnicheuse perpétuelle et, pour être très clair, d'une fieffée "emmerdeuse".

2 Tout est admirable -texte, mise en scène, interprétation-, on trouve tout cela très bien fait, très intelligent, très profond, mais il y a un hic: on est certes content d'être là, mais on n'est pas pris aux tripes. Peut-être parce que tout cela nous semble plus pensé que vécu.

3 Et puis, le dénouement de la pièce est "plombé" par la thèse qui semble l'inspirer, à savoir que nous serions déterminés par notre enfance. Sommes-nous vraiment tous faits pour porter et transmettre indéfiniment les traumatismes de nos parents? Je suis de ceux qui pensent que les choses sont, Dieu merci -c'est le cas de le dire-, moins systématiques que cela.

En deux mots ...

Qui seront trois:

1 Cette pièce pose une sacrée question: y a-t-il un niveau de souffrance vécue, d'amertume, de rancoeur, à partir duquel il est impossible de pardonner, malgré la meilleure volonté du monde? Ne resterait que la grâce...

2 Il y a quelque chose de fascinant à voir que cinquante ans après "MA NUIT CHEZ MAUD", Françoise Fabian n'a, au fond, pas changé. A aucun moment elle ne donne l'impression d'une vieille femme. Mieux: avec le temps, elle a allégé son jeu, l'a débarrassé des scories de la recherche de la séduction. Il faut voir avec quel tact et quelle force elle arrive à faire passer muettement sa surprise et sa souffrance lorsque sa fille vide son sac. Du grand art.

3 J'ajouterai, au passage, que cette production a aussi le mérite d'attirer l'attention sur le fait que, dans son pays, la Suède, Ingmar Bergman est autant considéré, sinon plus, comme un homme de théâtre, à travers le grand metteur en scène et le grand directeur qu'il a été - à Malmö, puis à Stockholm-, que comme l'un des grands maîtres du cinéma.

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