Un fil à la patte
Infos & réservation
Thème
Comment se débarrasser de sa maîtresse ? Pour pouvoir se marier avec une autre, Bois - d’Enghien doit absolument rompre avec sa maîtresse, Lucette Gauthier, une chanteuse de café-concert ; il est prêt à tout pour y parvenir. Mais rien n’est simple car Lucette est célèbre pour ses talents musicaux certes, mais aussi pour ses mœurs légères et son tempérament de feu.
Elle n’a pas qu’un amant - comme la chantait Brigitte Bardot de Sidonie - mais très amoureuse, elle s’accroche à Bois-d’Enghien (d’où le titre). Lui, il veut rompre le soir même, car il doit se marier avec un beau parti, Viviane, la fille de la baronne Duverger, laquelle Viviane n’a pas l’air très emballée, qui son « futur » plutôt insignifiant. Comme le hasard fait bien (ou mal) les choses, la baronne a eu l’idée saugrenue de faire appel à Lucette sans la connaître, afin d’animer la cérémonie du mariage et d’échange des alliances…
Le décor est planté et l’intrigue s’installe, entrecoupée de quiproquos incroyables de drôlerie et de péripéties à répétitions, d’autant que vont intervenir des nouveaux personnages contrastés : voici Bouzin, petit notaire ridicule et poète médiocre à l’occasion, qui ne comprend rien à rien, ou encore Fontanet, l’ami fidèle à l’haleine repoussante, sans compter le général Irrigua, imposant et sanguin, qui veut séduire à toute force Lucette, etc…
Points forts
- Une observation très fine et parfois cruelle des travers de la haute société de l’époque, et de la petite bourgeoisie qui rêve de la copier.
- Une mise en scène et une chorégraphie modernes (musique de boite de nuit branchée année 1990 qui électrise l’atmosphère), qui met de la folie dans l’air.
- Le jeu du petit notaire rabougri et carrément intrusif, d’un Bois-d’Enghien en séducteur (Stéphane Brel, toujours excellent), d’une Lucette effrontée et charmante, et de la moustache galonnée et batailleuse d’un sud-américain au sang chaud. Caramba ! Ils sont tous excellents !
- Les scènes devant l’appartement de Bois-d’Enghien, fermé inopinément, tandis que son occupant se retrouve planté sur le palier en tenue légère, donc émoi dans l’immeuble, police des mœurs, etc.
- Au final, une gaieté, une vitalité incroyables sur un texte qui n’a pas pris une ride.
Quelques réserves
- De grandes difficultés à en citer une !
Encore un mot...
- Certainement un des plus fins Fil à la patte qu’on ait jamais vu : bonne pioche au Ranelagh !
Une phrase
- Fernand de Bois-d’Enghien : « Je suis perdu… absolument perdu ! »
L'auteur
Georges Feydeau, roi du vaudeville (1862-1921), a écrit avec Un Fil à la patte sans doute son plus grand succès populaire, à égalité avec Tailleur pour dames. Il a donné, outre quelques 50 pièces, cet éloge merveilleux de la paresse : « Je suis devenu vaudevilliste par paresse cela vous étonne ? Vous ignorez donc que la paresse est la mère miraculeuse, féconde, du travail. Je dis miraculeuse parce que le père est totalement inconnu. »
Si l’on veut essayer de cerner l’homme sous l’habit de l’auteur et du comédien, lisons ces quelques lignes de Sacha Guitry, son ami, qui lui rend ici un vibrant hommage : « Je pense qu’aucun homme, jamais, ne fut plus favorisé par le destin. Il avait dans son jeu tous les atouts : la beauté, le charme, la distinction, le goût, le talent la fortune et l’esprit. Il eut ce pouvoir prodigieux de faire rire infailliblement, mathématiquement, à l’instant choisi par lui et pendant un nombre défini de secondes".
Une anecdote révélatrice pour finir : c’est le portrait de Feydeau « si beau, si fin, si français » que le dictionnaire Larousse avait choisi pour illustrer le mot “moustache“…
Ajouter un commentaire