Un petit jeu sans conséquence
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Thème
Un couple modèle après vingt ans de mariage, des amis de toujours et un déjeuner à la campagne : tous les ingrédients semblent réunis pour passer une journée tranquille. C’est précisément le moment choisi par Claire et François pour mettre un peu de piment dans leur existence. Pour plaisanter, ils annoncent à leur entourage qu’ils se séparent.
Un jeu, une provocation, rien de sérieux, enfin… en principe. Car la plaisanterie produit rapidement l’effet inverse de celui escompté. L’annonce ne provoque ni consternation ni incrédulité. Au contraire, elle semble réveiller chez les uns et les autres des sentiments, des désirs ou des rancœurs soigneusement dissimulés. Les langues se délient, les masques tombent, les certitudes s’effritent, et le déjeuner vire au règlement de comptes sentimental.
Derrière les quiproquos et les situations cocasses, les auteurs auscultent avec malice la fragilité du couple, mais aussi celle de l’amitié. Car finalement, qui connaît vraiment qui ? Et surtout, que savons-nous de ceux qui nous entourent ?
Points forts
Malgré ses vingt-quatre ans, la pièce n’a pas pris une ride. Créée en 2002, elle a reçu cinq Molières en 2003 et a même été adaptée au cinéma en 2004.
La mécanique de la pièce et son écriture sont redoutablement efficaces. Les dialogues fusent, les situations s’enchaînent et chaque révélation vient relancer la mécanique comique. Le rire naît moins des grosses ficelles que du décalage entre ce que les personnages prétendent être et ce qu’ils sont réellement.
C’est aussi une comédie sur les apparences. Le “couple idéal“ se révèle l’être beaucoup moins qu’il n’en a l’air, tandis que les amis fidèles ne sont pas toujours aussi désintéressés qu’ils voudraient le laisser croire.
La distribution actuelle se montre particulièrement à l’aise dans cette mécanique de boulevard contemporain. La mise en scène d’Arnaud Allain privilégie le rythme et l’énergie, indispensables à une pièce où chaque réplique peut provoquer un nouvel emballement.
Quelques réserves
Certaines situations sont prévisibles et certains personnages correspondent volontairement à des archétypes de comédie : le mari tranquille, l’épouse séduisante, l’ami intéressé, la copine ambiguë …Mais c’est aussi le principe du genre. Ceux qui attendent une dissection psychologique approfondie du couple resteront peut-être sur leur faim. Ici, la psychologie est avant tout un carburant pour faire avancer l’action et provoquer le rire.
La pièce assume d’ailleurs pleinement cette légèreté : elle préfère le marivaudage, les sous-entendus et les retournements de situation au grand drame sentimental.
Encore un mot...
Un petit jeu sans conséquence joue ainsi avec une idée aussi vieille que la comédie : faire rire d’une situation qui, dans la vraie vie, pourrait rapidement devenir catastrophique. Dès lors que l’on touche à l’amour, au désir et à la confiance, les conséquences peuvent être terribles.
C’est ce qui donne à cette comédie sa petite musique douce-amère. On rit des autres, mais il n’est pas impossible que l’on reconnaisse, au passage, quelques-uns de nos propres petits arrangements avec la vérité.
Une phrase
- Claire [à son mari François] : « Tu vois, c’est très instructif ce petit jeu. J’ai compris une chose sur Axel. Tu sais ce qu’elle fait depuis des années ? Elle attend son tour, comme un buse qui tourne autour de sa proie, à guetter notre séparation. »
L'auteur
Jean Dell, né en 1961, est à la fois comédien, scénariste et auteur de théâtre. Après des débuts à la radio, il s’est fait connaître à la télévision et au cinéma, notamment dans Le Juge est une femme et Clem. Il a également écrit plusieurs pièces avec Gérald Sibleyras, parmi lesquelles Le Béret de la tortue, Une heure et demie de retard, Vive Bouchon ! et Un petit jeu sans conséquence.
Gérald Sibleyras, également né en 1961, est dramaturge et scénariste. Ancien chroniqueur et auteur sur France Inter, il a construit une œuvre théâtrale abondante, avec notamment Le Vent des peupliers, L’Inscription, La Danse des albatros, Le Banc et Un avenir radieux. Il est également l’auteur d’adaptations à succès, dont Les 39 Marches, pièce pour laquelle il a reçu un Molière en 2010.
Leur association fonctionne particulièrement bien : chez eux, la réflexion sur les relations humaines passe toujours par le jeu, l’ironie et la vivacité du dialogue.
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