DUNE

Spectaculaire, flamboyante, titanesque et portée par un casting cinq étoiles, cette adaptation du roman culte de Frank Herbert est une réussite…
De
Denis VILLENEUVE
Avec
Timothée CHALAMET, Rebecca FERGUSON, Oscar ISAAC, Josh BROLIN…
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Thème

L’histoire débute en l’an 10191 dans un empire galactique lointain qui s’étend sur des centaines de mondes.

Âpre, désertique, mystérieuse, recouverte de dunes de sable, chauffée à blanc par une température de 80°C, la planète nommée Arrakis, est la seule de la galaxie à produire l’ « épice », une substance mystérieuse qui a la propriété de replier l’espace-temps ce qui permet des voyages sur des distances énormes. Cette substance, aux propriétés uniques, est la source d’immenses profits et de ce fait, est très convoitée. La famille Atréides, à la tête de laquelle le duc Leto (Oscar Isaac) et sa dame Jessica  (Rebecca Ferguson) vient d’accepter d’être gestionnaire d’Arrakis à la suite de son ennemi héréditaire, les terrifiants Harkonnen, qui, derechef, lui déclarent la guerre. Mais Paul, le dernier fils des Atréides (Timothée Chalamet) se révèle doté de pouvoirs de prescience qui vont lui permettre de vaincre les puissances hostiles.

Points forts

- Le culot de l’entreprise. Écrite entre 1965 et 1985, la saga littéraire de Frank Herbert – une des œuvres les plus emblématiques, mais aussi les plus touffues de la science-fiction – était réputée inadaptable au cinéma. On en voulait pour preuve le fiasco essuyé par les réalisateurs qui s’y étaient attelés, notamment, en 1975, Alejandro Jodorowsky (faute de fonds, le franco-chilien n’arriva pas à produire la version démesurée dont il rêvait) et en 1984, David Lynch (long de 210 minutes aussi interminables que confuses, le film qu’il en tira lui valut le plus grand « bide », critique et public, de sa carrière ). Trente sept ans plus tard, le canadien Denis Villeneuve a accepté de relever le gant. Il avait pour atouts de s’être essayé deux fois avec succès au genre film S.F. ( Premier Contact, en 2016 et Blade Runner 2049 en 2017 ) et aussi, depuis son adolescence, d’être un fan inconditionnel de l’œuvre. Une œuvre, dit-il, qui « propose un dépaysement total et un ailleurs plein de promesses, tout en étant portée par des thèmes d’une incroyable modernité, dont, entre autres, le féminisme, l’écologie et le fanatisme religieux ».

- La grandiose majesté visuelle du film. Dès les premières images, le cinéaste nous embarque dans un monde qui chamboule nos repères et nous transporte ailleurs. Les effets spéciaux sont étonnants, les cadrages, magnifiques, et les images, plus que somptueuses, à la fois poétiques et d’un hyperréalisme très inventif.

- La fluidité de la mise en scène, qui permet à l’émotion de surgir dans les scènes intimistes.

- La lisibilité du scénario, sa fidélité aussi au grand roman dont il est tiré. Nul besoin pourtant d’avoir lu ce dernier. Au fur et à mesure de son déroulement, Denis Villeneuve expose avec clarté les enjeux de l’histoire.

- Le prestige du casting. Il regroupe une équipe d’acteurs de choc, dont Oscar Isaac, Josh Brolin, Charlotte Rampling (méconnaissable), Javier Bardem, Zendaya et surtout, Timothée Chalamet. Silhouette gracile, traits juvéniles, charisme incroyable, tout en force et en fragilité mêlées, le jeune comédien - né le 27 décembre 1995 à New York d’une mère américaine et d’un père français- incarne un Paul Atréides extraordinaire de sensibilité.

Quelques réserves

On est parfois un tout petit peu gêné par les ellipses imposées, forcément, par l’adaptation, pour le grand écran, d’une saga qui se déroule sur six volumes. Mais précisons dans la foulée de cette remarque, qu’aucune des scènes-clés de l'œuvre de Frank Herbert ne manque à l’appel.

Encore un mot...

Un budget de 165 millions de dollars, un tournage pharaonique (qui s’est déroulé dans quatre pays différents : la Jordanie, la Hongrie, la Norvège et les Emirats Arabes Unis), une distribution cinq étoiles, et aussi une équipe composée des meilleurs techniciens ciné du monde ( son, image, effets spéciaux, décors, costumes et maquillage) : pour réussir son épopée attendue dans le monde entier par tous les fans de science-fiction, Denis Villeneuve avait mis tous les atouts de son côté. Il aurait pu, malgré tout, se planter. C’est tout le contraire qui s’est produit. Titanesque, flamboyant, onirique, magique et envoûtant, son Dune, présenté en première mondiale le 1er septembre dernier en ouverture de la Mostra de Venise, est d’une ambition qui laisse pantois.

Avis aux amateurs. Une suite est déjà en préparation.

Une phrase

« J’ai découvert le livre quand j’étais adolescent et j’ai été totalement fasciné par sa poésie et surtout son propos sur la nature. Car le vrai protagoniste de Dune, c’est la nature. A l’époque, j’étais étudiant en sciences et j’hésitais entre devenir réalisateur et biologiste. Du coup, l’approche de Frank Herbert de l’écologie m’a semblé nouvelle, riche et puissante ». ( Denis Villeneuve, réalisateur)

L'auteur

Pendant longtemps, malgré un long métrage retenu pour représenter le Canada aux Oscars dans la catégorie « Meilleur film en langue étrangère » (Un 32 août sur terre, en 1998), malgré aussi un second long sélectionné par une quarantaine de festivals (Maelström, réalisé en 2000), Denis Villeneuve, né le 3 octobre 1967 à Bécancour au Canada ne dit rien, ou à peu près rien, à personne. C’est avec son quatrième opus, Incendies – un drame adapté de la pièce à succès de Wajdi Mouawad – qu’on a commencé à voir en lui un réalisateur « qui compte ». Lorsque le New York Times considéra son film comme l’un des dix meilleurs de 2011.

Accueilli dès lors dans le cercle très fermé des réalisateurs stars d’Hollywood, Denis Villeneuve ne l’a plus quitté. En 2015, après les très remarqués Prisoners et Enemy (2013), son thriller d’action Sicario sur les cartels mexicains se retrouve en compétition pour la palme d’or à Cannes. En 2016, Premier contact, adapté d’une nouvelle de Ted Chiang, reçoit huit nominations aux Oscars. Et en 2017, il sort Blade Runner 2049, la suite du film culte inspiré du roman de Philippe K.Dick et réalisé par Ridley Scott en 1982. Malgré son succès mitigé, ce blockbuster vaudra au réalisateur d’être choisi par le Studio Legendary Pictures pour tourner Dune.

A moins que cette épopée titanesque (2h36) ne s’avère être un four, ce qui paraît impossible étant donné sa réussite si évidente Denis Villeneuve devrait s’attaquer en décembre à son second volet.

Et aussi

- LES AMOURS D’ANAÏS de Charline BOURGEOIS-TACQUET - Avec Anaïs DEMOUSTIERS, Valeria BRUNI-TEDESCHI, Bruno PODALYDÈS…

Elle court, elle court Anaïs (Anaïs Demoustiers, rayonnante )… Elle court après le temps, elle court après l’argent, elle court après elle-même… C’est qu’elle n’a pas de temps à perdre cette jeune trentenaire espiègle qui se cherche et veut jouir de la vie, sans perdre une miette des expériences qu’elle accumule au gré de sa fantaisie, de ses désirs et de sa curiosité. Quitte à s’emmêler les pinceaux et faire battre la chamade à son cœur. Alors qu’elle papillonne avec un éditeur beaucoup plus âgé qu’elle, mais beaucoup moins fantasque (Denis Podalydès), elle rencontre Emilie son épouse (Valeria Bruni-Tedeschi, magnifique de sensualité et de nostalgie) et en tombe follement amoureuse. Emilie, écrivaine de son métier, est, aussi, beaucoup plus âgée qu’elle ? Anaïs la frivole va s’en moquer, au nom du plaisir…

Cette histoire de triangle amoureux, comme écrite sur mesure pour Anaïs Demoustiers par la réalisatrice Charline Bourgeois-Taquet - dont c’est le premier long métrage - évoque les romances d’Eric Rohmer. Elle est légère et plus profonde qu’il n’y paraît. Révélés en juillet dernier à la Semaine de La Critique à Cannes, son charme romantique et son énergie folle ont fait, cet été, les délices des spectateurs du festival d’Angoulême.

Recommandation : 4 coeurs

 

- LE GENOU D’AHED de Nadav LAPID - Avec Avshalom POLLAK, Nur FIBAK…

C’est l’histoire d’un réalisateur israélien, prénommé Y, qui va profiter de son invitation à présenter son nouveau film dans un petit village du sud d’Israël pour, à la fois, jeter un cri d’amour d’enfant déboussolé par la mort récente de sa mère et hurler un cri de révolte à l’encontre de son pays natal qui selon lui, bafoue de plus en plus les règles les plus élémentaires du droit à la liberté. Le 7 juillet dernier,  au deuxième jour de la compétition du festival du film de Cannes, ce film en forme de coup de poing, d’une beauté et invention formelles renversantes, signé Nadav Lapid ( Ours d’Or à Berlin pour Synonymes), avait coupé le souffle des spectateurs. Hommage assumé au Genou de Claire d’Eric Rohmer (1970), Le Genou d’Ahed (prénom de l’adolescente palestinienne qui, en 2017, pour avoir osé gifler un des soldats israéliens venus perquisitionner sa maison, avait été hissée au rang de symbole de la résistance) était reparti de la Croisette auréolé du prix du Jury. Outre sa charge politique, ce drame explosif, âpre, sans concession, en grande partie autobiographique, vaut aussi par la stupéfiante prestation de son interprète principal, Avshalom Pollak, un danseur chorégraphe devenu comédien.

Recommandation : 4 coeurs

 

– L’ETAT DU TEXAS CONTRE MELISSA de SABRINA VAN TASSEL – DOCUMENTAIRE

Accusée d’avoir tué sa fille de deux ans après une enquête pour le moins expéditive, Melissa Lucio, pauvre, droguée et mère de quatorze enfants, fut en 2008, la première femme hispano-américaine condamnée à mort au Texas. Après treize années d’incarcération, malgré des compléments d’enquête qui penchèrent en sa faveur, et bien qu’elle n’ait jamais cessé de clamer son innocence, Melissa est toujours aujourd’hui sous la menace de la peine capitale…

Révélée en 2015 par La Cité muette (un documentaire bouleversant sur le camp de Drancy, transformé en cité HLM à la fin de la guerre), la réalisatrice franco-américaine Sabrina Van Tassel se penche aujourd’hui sur le cas d’une femme hâtivement condamnée pour meurtre par une des Cours de justice les plus conservatrices des Etats-Unis. Très bien construit, faisant intervenir de nombreux témoins en faveur de l’accusée mais aussi ceux de certains légistes ayant pris part au procès, L’Etat du Texas contre Mélissa captive. En arrière-plan, il dresse un portrait sans concession  du système judiciaire américain. Édifiant et aussi, terrifiant.

Recommandation : 4 coeurs

 

- L'ORIGINE DU MONDE de Laurent LAFITTE- Avec Karin VIARD, Laurent LAFITTE, Hélène VINCENT, VIncent MACAIGNE…

Un jour comme les autres, en rentrant chez lui, Jean-Louis ( Laurent Lafitte) réalise que son cœur s’est arrêté. Plus aucune pulsation, plus aucun pouls, plus rien qui, normalement, prouve qu’il est encore en vie. Et pourtant, il parle et est conscient. Ni Michel, son ami vétérinaire ( Vincent Macaigne), ni Valérie, son épouse ( Karin Viard) ne trouvent d’explication à cet étrange phénomène. Alors que Jean-Louis panique, Valérie se tourne vers sa coach de vie, Margaux, une femme très connectée aux forces occultes (Nicole Garcia). Cette dernière va prétendre que tout rentrera dans l’ordre si Jean-Louis ose photographier… le vagin de sa mère, mère à qui il n’a plus adressé la parole depuis des années.

Pour son premier film en tant que réalisateur, le comédien Laurent Lafitte s’attaque à l’un des tabous les moins transgressés du monde : le sexe de la mère. Et il le fait par le biais de cette comédie tirée de la pièce éponyme de Sébastien Thiéry, une pièce qui l’avait d’abord fait rire aux éclats, avant de le plonger dans des abîmes de réflexion : au delà de son sujet, L’origine du monde traite, mine de rien, des conséquences du mensonge et des secrets de famille sur le développement des individus. Entre le rire, qui surgit de l’incongruité de la situation (un homme qui va user de tous les subterfuges pour prendre en photo le sexe de sa mère !) et le drame (celui d’un homme dont le passé le fait cauchemarder), le primo réalisateur n’a pas choisi. Son film balance entre les deux, avec des moments de comédie trash, provoc, burlesque, délirante, et d’autres, plus sombres, plus tendres, plus émouvants. Le talentueux pensionnaire de la Comédie Française ne rate pas son entrée chez les cinéastes. Pas sûr toutefois que son film, drôlement culotté, ne fasse pas, ici ou là, grincer des dents.

Recommandation: 3 coeurs

 

 – SUMMERTIME de Carlos LÓPEZ ESTRADA – Avec Tyris WINTER, Maia MAYOR…

Inspiré par sa participation à un atelier de spoken word mené par vingt-cinq artistes venus des quatre coins de Los Angeles, le réalisateur américano-mexicain Carlos López Estrada – récompensé en 2018 au festival de Sundance pour Blind Spotting – nous convie ici à une exploration inédite de la Cité des Anges. A mi-chemin entre projet musical urbain et expérience sociologique, son film, où l’on voit les vies de ces 25 artistes s’entrecroiser le temps d’une belle journée d’été est aussi réjouissant qu’énergisant, d’une sincérité touchante aussi.

« Quand La La Land rencontre La Ronde… » a titré à son propos le magazine américain Variety…On ne saurait mieux dire de ce film qui dévoile un Los Angeles inconnu et bouillonnant. Présenté aussi à sa sortie en 2020 au Festival de Sundance, Summertime a remporté récemment le Prix du Public au Festival International du film de La Roche-Sur-Yon.

Recommandation:  3 coeurs

Commentaires

Anonyme
sam 18/09/2021 - 22:31

A propos de DUNE : un budget indécent pour un film assourdissant qui ne raconte à peu près rien. Tout repose sur déploiement de moyens et la force de frappe visuelle. Alors, peut-on vraiment considérer qu'il s'agit d'un bon film ? Non.

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