Les conflits d'une mère, Marie-Thérèse d'Autriche et ses enfants

Comment élever 16 enfants tout en régnant sur un immense empire ? Une mère, certes imparfaite mais qui incarne un tournant dans l’histoire de la maternité. Un portrait captivant.
De
Elisabeth Badinter
Flammarion -
263 p. - 20,90 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Elisabeth Badinter signe, ici, son second livre sur Marie-Thérèse d'Autriche. Dans son essai précédent, paru en 2016, (Le pouvoir au féminin. Marie-Thérèse d'Autriche,1717-1780. L'impératrice-reine), Elisabeth Badinter avait tracé le portrait de cette femme politique hors norme, souveraine la plus puissante d'Europe au milieu du XVIIIe siècle, épouse de son bien-aimé François-Etienne de Lorraine et mère de 16 enfants. Elisabeth Badinter s'était, alors, étonnée de «son implication maternelle auprès de sa ribambelle d'enfants. D'abord le souci des enfants n'était guère à la mode en son temps et dans son milieu, mais aussi comment avait-elle fait pour concilier tous ses rôles ? ».

C'est pour répondre à cette question qu'Elisabeth Badinter s'est lancée dans la rédaction de ce nouvel essai, paru en novembre 2020, sur Marie-Thérèse et le sentiment maternel. Quel genre de mère fut-elle ? Comment a-t-elle élevé ses enfants ? Comment s'est-elle comportée avec chacun d’eux ? Quels furent les conflits entre la mère et l'impératrice ? En quoi son tempérament dépressif qui s'accentue avec les années et sa fonction de souveraine ont-ils eu une influence sur la mère qu'elle est devenue et sur ses enfants ?

Marie-Thérèse eut cinq fils et onze filles dont Marie-Antoinette, reine de France. Trois petites filles étant mortes dès leur tendre enfance, elle veilla sur l'éducation des treize autres, en adaptant ses consignes éducatives à la personnalité de chacun d'eux.

Elle a incarné un tournant dans l'histoire de la maternité car elle fut, pour son époque, une mère moderne, «une tendre mère» ; c'est à dire « une mère qui se souciait de ses enfants et non la mère caressante, à l'écoute de ceux-ci » comme les mères des XX° et XXI° siècles, depuis l'apparition de la psychanalyse et de l'enfant-roi. En se démarquant des usages de la haute aristocratie, Marie-Thérèse a annoncé une maternité nouvelle : intimité familiale, surveillance personnelle en cas de maladie, pleurs à la mort d'un enfant et prise de conscience de sa responsabilité de mère. Elle se pose des questions, nouvelles pour le XVIII° siècle : suis-je une bonne mère ? Ai-je été une bonne mère ?

Cela dit, malgré ses bonnes intentions et ses moments de tendresse, elle fut une mère autoritaire, trop dure d'après son mari, ses intimes, les gouvernants et les gouvernantes des enfants. En fait, les enfants craignaient leur mère. Enfin pas tous. Elle avait ses préférés. Et en distillant le « poison de la jalousie », ses injustices provoquèrent l'éclatement de la fratrie. Mais quelle mère au monde ne fait pas d’erreurs ? En fait, Marie-Thérèse fut « une vraie mère en quelque sorte et non une mère de parade.»

Points forts

- Une étude unique en son genre dans les familles royales du XVIII° siècle.
- Un portrait détaillé et très documenté qui se lit facilement sous une plume subtile et nuancée.
- Une édition soignée et des annexes nombreuses et bienvenues : le tableau de la famille impériale ; les détails du même tableau avec les noms, les dates de chacun des seize enfants ; l'arbre généalogique ; l'origine des sources ; la bibliographie très fournie ; l'index des noms propres.
- Les archives inédites : les confidences des gouvernantes et les correspondances des intimes de Marie-Thérèse.
- La présentation de chaque enfant, leur caractère, leurs rapports avec leur mère, leurs rivalités.
- Le passage sur la surveillance à distance opérée par Marie-Thérèse auprès de Marie-Antoinette. Dauphine puis reine de France, Marie-Antoinette n'a jamais soupçonné que sa mère la faisait espionner par les deux hommes en qui elle avait mis toute sa confiance à Versailles.

Quelques réserves

Je n'en vois aucun.

Encore un mot...

Évidemment, on a compris. Elisabeth Badinter est fascinée par le personnage de Marie-Thérèse, à juste titre bien sûr. Et les deux ouvrages qu'elle lui a dédiés sont passionnants.

Mais, personnellement, cette mère-impératrice dont la première règle pour qu'un de ses enfants se fasse aimer d'elle est « de ne pas la contredire », ne m’a totalement séduite.

Une phrase

« Si Marie-Thérèse n'a pas réussi à réaliser son vœu de laisser une famille unie, elle en est certes responsable, mais pas condamnable. Elle s'est occupée comme nulle autre de son époque et de son statut de tous ses enfants, inaugurant le modèle d'une maternité active qui triomphera dans les siècles suivants. Certes, elle fut trop sévère, trop autoritaire, trop méfiante. En ne cachant pas ses préférences, sources d'injustices, elle n'a pas été une mère parfaite. Mais qui peut se targuer d'en être une ? Laissons-lui le dernier mot pour sa défense : ''L'éducation de mes enfants a été toujours mon grand et le plus cher objet. Si, tout n'a pas été fait d'après mes instructions, ordres et conformément aux soins que je me suis donnés, il n'y a pas de ma faute, mais c'est l'effet de mille circonstances qui, dans ce monde, ne nous laissent arriver à rien de parfait, et qui sont attachés à notre perverse et malheureuse humanité ''. Nombre de mères aujourd'hui pourraient en dire autant. » (p.236)

L'auteur

Historienne du XVIII° siècle, philosophe et féministe, Elisabeth Badinter a écrit de nombreux essais sur l’histoire des femmes et des mères :

 L’Amour en plus. Histoire de l’amour maternel (XVII°-XX° siècle), Flammarion, 1980 ;  Émilie, Émilie, L'ambition féminine au XVIIIe siècle, Flammarion, 1983, rééd. augmentée sous le titre Madame du Châtelet, Madame d’Epinay ou l’ambition féminine au XVIII° siècle, Flammarion, 2006 ; L'Un est l'autre. Des relations entre hommes et femmes, Odile Jacob, 1986 ; Condorcet. Un intellectuel en politique,avec Robert Badinter, Fayard, 1988 ; XY, de l’identité masculine, Odile Jacob, 1992 ; Les Passions intellectuelles, tome 1 : Désirs de gloire (1735-1751), Fayard, 1999 ; Les Passions intellectuelles, tome 2 : L'exigence de dignité (1751-1762), Fayard, 2002 ; Fausse route : Réflexions sur 30 années de féminisme, Odile Jacob, 2003 ; Les Passions intellectuelles, tome 3 : Volonté de pouvoir (1762-1778), 2007, prix Eugène-Colas, Fayard, 2007 ; Le conflit, la femme et la mère, Flammarion, 2010 ; Le Pouvoir au féminin, Marie-Thérèse d'Autriche, 1717-1780. L'impératrice-reine, Flammarion, 2016.

Commentaires

Rachdi houda
sam 25/09/2021 - 18:52

Être mère de 13 enfants et impératrice n'est pas donné à toutes les femmes .j'ai hâte de lire ce livre passionnant.

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