Madame l’Ambassadeur, de Pékin à Moscou, une vie de diplomate

40 années d’histoire diplomatique par la première femme ambassadeur de France
De
Sylvie Bermann
Tallandier
Octobre 2022
347 pages
21.90 euros,
Notre recommandation
4/5

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Madame Sylvie Bermann retrace sa carrière au Ministère des Affaires Etrangères. Admise au concours d’orient du Quai d’Orsay (1979), elle fut affectée au consulat général de France de Hong Kong. Dix huit mois après, elle rejoignit l’ambassade de France à Pékin où elle put observer le début des réformes introduites par Den Xiao Ping. Transférée en 1986 à Moscou, elle fut témoin des efforts de Gorbatchev pour moderniser l’URSS et sortir ce pays de la stagnation dans laquelle il se trouvait depuis plusieurs décennies. En mai 1989 elle revint au Quai d’Orsay avec le titre de sous-directeur de l’Asie du sud-est à la direction d’Asie. Elle prit une part active à la conférence organisée à Paris pour rétablir la paix au Cambodge.

L’expérience de la négociation multilatérale qu’elle avait acquise dans ce poste incita la direction du ministère à l’envoyer comme premier conseiller à la délégation auprès des Nations Unies à New York. Elle fut chargée, entre autres questions, du dossier des opérations de maintien de la paix et suivit les actions menées par l’ONU en Afrique (Angola, Mozambique, Rwanda, Congo). Au printemps de 1996 elle revint à Paris et prit la direction du service de la politique étrangère et de sécurité commune européenne. Elle participa à la négociation des traités d’Amsterdam (juin 1997) et de Nice (2000). Elle fut associée à l’élaboration de la politique étrangère européenne qui débutait et fit des missions dans les Balkans. En 2002 elle fut nommée ambassadeur, représentant permanent auprès du COPS (comité politique et de sécurité) créé par le traité de Nice et siégeant à Bruxelles.

A l’automne 2005 le ministre lui confia la direction des Nations Unies. Cette instance gérait les relations avec l’ONU et les autres institutions multilatérales et donnait des instructions aux chefs de délégation. Elle dut traiter des dossiers très divers tels que les guerres civiles en Afrique subsaharienne, la guerre au Liban, l’intervention russe en Géorgie, la lutte contre la piraterie, la réforme de l’ONU, les droits de l’homme, le changement climatique.

En mai 2011 elle fut nommée ambassadeur en Chine, un poste dont elle avait toujours rêvé.  Quand elle prit ses fonctions, les habitants de l’ancien Empire du Milieu jouissaient d’une relative liberté et elle pouvait rencontrer pratiquement qui elle voulait. Quand Xi Jinping fut élu secrétaire général du Parti Communiste (octobre 2012) puis président de la République, le régime se durcit et les libertés furent restreintes. Le mouvement insurrectionnel au Sinkiang fut sévèrement réprimé.

En août 2014 elle fut nommée ambassadeur auprès de la Cour de Saint-James. Elle trouva un pays paisible, prospère, avec des institutions solides et une monarchie que tout le monde respectait. Cette situation très favorable fut remise en cause par la tempête provoquée par le référendum sur le Brexit.

En septembre 2017 Mme Bermann prit l’ambassade à Moscou qui fut son dernier poste à l’étranger. Elle eut plusieurs occasions de rencontrer Vladimir Poutine sur lequel elle porte un jugement mitigé. D’après elle, il ne se console pas de la disparition de l’Union Soviétique qui fut, à ses yeux, la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle. Il accuse les Etats occidentaux de vouloir humilier la Russie et entend restaurer son prestige et sa puissance. La diplomate française qui est une observatrice aigüe, considère qu’il a commis « une erreur stratégique majeure » en attaquant l’Ukraine. Toutefois la Russie n’est pas totalement isolée et trouve des appuis dans ce que l’auteure appelle « the Global South ».

Dans son épilogue, Mme Bermann estime que les pays européens devraient rester en dehors des blocs et ne pas s’aligner systématiquement sur les positions des Etats Unis. Elle préconise la mise sur pied d’un système de défense autonome. Une autre tâche, pour les nations du vieux continent, serait de maintenir des liens avec les Etats du Tiers Monde et de trouver un modus vivendi avec la Russie et la Chine. A plus long terme, elles devront envisager d’édifier une architecture de sécurité en Europe, ce qui avait été le but des fondateurs de l’OSCE.

Points forts

Madame Bermann écrit dans un style alerte, clair et agréable. Elle décrit de façon vivante les scènes auxquelles elle a assisté, qu’il s’agisse de la conférence sur le Cambodge, des sessions du Conseil de Sécurité ou de la remise des lettres de créance à la Reine d’Angleterre. Elle dresse un portrait bien tracé des personnalités qu’elle a rencontrées, ministres, hommes politiques, diplomates. Elle observe avec sagacité l’atmosphère politique et psychologique qui règne dans les pays où elle est affectée, quel est l’état d’esprit des populations, quel jugement les citoyens portent sur leurs dirigeants. Dotée d’un esprit curieux, elle décrit avec pittoresque des pays qu’elle a parcourus, notamment de la Russie et de la Chine.

Quelques réserves

L’auteure rapporte parfois des épisodes mineurs sans grand intérêt. Par contre elle ne s’attarde pas avec suffisamment d’attention sur des évènements importants tels que la conférence sur le Cambodge, les opérations de la paix de l’ONU, les crises en Afrique ou au Moyen Orient, les négociations européennes.

Encore un mot...

Dans l’ensemble le livre est intéressant et mérite d’être lu. Il nous fait passer en revue quarante années d’histoire diplomatique qui ont connu bien des bouleversements. Dans son épilogue, il ouvre des perspectives éclairantes sur l’avenir.

L'auteur

Diplômée de Sciences Po  et en histoire, Sylvie Bermann étudia le mandarin d’abord à l’Ecole des langues orientales, puis à celle des langues étrangères de Pékin. Admise au concours d’orient, elle a fait toute sa carrière au Ministère des Affaires Etrangères. Elle a été représentante de la France auprès du COPS (Comité politique et de sécurité de l’UE), ambassadeur en Chine, en Angleterre et en Russie. Elle est actuellement présidente du conseil d’administration de l’IHEDN. Elle fut la première femme à être promue à la dignité d’ambassadeur de France. Elle est l’auteur de deux essais, La Chine aux eaux profondes (Stock 2017) et Goodbye Britannia, Le Royaume-Uni au défi du Brexit (Stock, 2021)

Commentaires

culture-tops
mer 07/12/2022 - 14:46

Ce livre, témoignage dans les coulisses du quai d’ Orsay, est d’autant plus précieux et bouleversant, que les Mémoires d’ambassadeurs restent rarissimes. Touchant aussi d'apprendre qu'elle a mis ses pas dans ceux de sa  grand-mère russe qui porte sans doute une large responsabilité dans sa vocation de diplomate. Un parcours exceptionnel de  diversité et  d’expériences, une immense culture imprégnée autant de la sensibilité asiatique que de l'anglo-saxonne.

Jean-Louis Chambon, Président du Cercle Turgot

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