Dernier Souffle

Vengeance muette au bout de la nuit !
De
Thierry Martin
Ed. Soleil, collection Noctambule, 2021
216 p.
26 €
Notre recommandation
5/5

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Thème

C’est l’histoire d’une nuit sans lune et sans espoir, d’une forêt blanche et froide, d’une traque acharnée et silencieuse, d’une vengeance inéluctable et sans pardon, d’une violence brutale et bestiale, d’un vengeur silencieux et sans pitié, d’un combat déterminé et désespéré… et d’une certaine idée de la fidélité aux siens.

Points forts

Un western muet, il fallait oser ! Oser aussi se lancer dans une aventure créative inédite : publier sur Instagram une vignette par jour, du 4 août 2018 au 15 mars 2019. Tenir l’exigence d’une publication quotidienne, ne plus pouvoir modifier la vignette une fois postée, accepter que l’histoire vous échappe et vous emmène dans des directions imprévues… voilà quelques-uns des défis que Thierry Martin a dû relever pour être à la hauteur de son singulier pari. 

Le résultat est magistral ! La puissance évocatrice du dessin est telle que l’absence de texte ne se fait jamais sentir. La tension de l’intrigue, les émotions des protagonistes, la violence des affrontements jaillissent littéralement des pages au point de rendre les mots inutiles. Le cadrage d’inspiration cinématographique, l’alternance de plans serrés et panoramiques, la palette de couleur limitée aux noir, blanc, bleu et le format très original de l’album « à l’italienne » servent magnifiquement l’objet du dessin. 

Dernier Souffle est également traversé par la présence obsédante et sanglante d’un couteau. Cette arme blanche à l’efficacité léthale, sorte d’hybride du ‘Bowie Knife’ conçu par Jim Bowie, compagnon de lutte de Davy Crockett superbement incarné par Richard Widmarck dans le Alamo réalisé par John Wayne en 1960, et du couteau de survie utilisé par Sylvester Stallone dans le premier Rambo (First Blood, 1982, Ted Kotcheff), devient une figure quasiment totémique du récit au point de parfois reléguer au second plan les « vrais » personnages.

Quelques réserves

Saluons à nouveau la réussite de ce projet ambitieux d’une BD muette portée par l’incomparable intensité du dessin de l’auteur. Si celui-ci restitue superbement les émotions des protagonistes plongés au cœur de ce déferlement de violence, on pourrait regretter qu’il n’ait été mis au service d’un scenario un peu plus « épais », qui ne se résumerait pas à la seule mise en scène de séquences de combat.

Encore un mot...

Dernier Souffle est une invitation à découvrir une approche inédite de la BD. Afin d’en apprécier toute la substance, le lecteur doit accepter d’oublier son attachement à la combinaison texte-dessin qui fait la force du 9° art pour se recentrer sur le seul dessin. Cela suppose un réel « effort » de concentration, et probablement plusieurs lectures, pour « entendre » la façon dont nous parlent les images silencieuses.

Au vu de la réussite de l’album, peut-on en conclure qu’il n’est finalement plus nécessaire d’associer texte et dessin et que la BD pourrait sans dommage emprunter un chemin inverse au cinéma en passant du « parlant » au « muet » ? Une telle conclusion serait probablement trop rapide et caricaturale en ce qu’elle oublierait notamment d’appréhender une dimension essentielle : toutes les histoires ne se prêtent pas à une telle expérimentation.

Une illustration

L'auteur

Thierry Martin est diplômé d'Art Graphique aux Beaux-Arts de Perpignan et de l’école Nationale des Beaux-Arts de Nancy. Ses sources d’inspiration sont Franquin, les Comics, Will Eisner, Moebius, Alfred Hitchcock, Terry Gilliam et Hayao Miyazaki. Il démarre sa carrière par la conception de de story-board dans l'animation, la TV et le cinéma d'animation. Après avoir publié sous un pseudonyme la série Le Pil, sa collaboration avec Jean-Marc Mathis sur Vincent, mon frère mort vivant, éd. Soleil, 2005, marque véritablement son entrée dans l’univers de la BD. Il enchaîne depuis les titres tels que Le Roman de Renart, éd. Delcourt, 2007-2009 ; Myrmidon, Les éditions de la Gouttière, 2013-2018 ; Une affaire d’Etat – Le juge Borrel, éd. Soleil Productions, 2017. 

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