La République du Crâne

Les Pirates, sans fausses barbes (rouges ou noires)
De
Scénario : Vincent Brugeas, Dessins : Ronan Toulhoat
Ed. Dargaud
211 p.
25 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

La République du Crâne va vous emmener dans la vie quotidienne des Pirates, en vous faisant partager leurs valeurs et leurs doutes.

Dès le début du récit, on découvre leur chef charismatique, Sylla, grand gaillard à la longue chevelure blonde, combattant hors-pair et excellent orateur. A ses côtés, son second, Olivier De Vannes, marin de talent mais personnalité discrète. On comprend vite que ces deux-là vont passer le reste de l’histoire à s’aimer et à se détester. On découvre aussi rapidement l’univers de la Piraterie et ses règles démocratiques pour le moins surprenantes. Celui-ci s’avère âpre, peu flamboyant, rythmé par des prises de navires de commerce le plus souvent décevantes. Les perspectives des Pirates se résument à une lutte pour trouver de quoi se nourrir tout en tentant d’éviter de finir pendus par les représentants de l’Autorité, quelle que soit la couleur de son drapeau.

Lors de l’abordage d’un navire de commerce portugais, De Vannes et ses hommes se retrouvent face à Maryam, reine africaine accompagnée de ses guerriers. Destinés à être vendus comme esclaves dans les plantations caribéennes, ils se sont révoltés et ont massacré l’équipage de leur navire négrier pour en prendre le contrôle. Une étrange alliance va se nouer entre Maryam et les Pirates qui va les emmener vers un incroyable exploit, la prise d’une frégate de guerre anglaise. Ils la rebaptisent « La République du Crâne » et traversent l’Atlantique à son bord pour tenter une nouvelle aventure sur les côtes africaines. Mais nul n’échappe à son destin, un Pirate encore moins qu’un autre.

Points forts

Le premier mot qui vient en tête lorsqu’on lit cette BD, c’est : « efficace ». Efficace par son scénario, solide et très bien construit ; efficace par la maîtrise totale de l’univers graphique. Dit comme ça, cela peut ne pas paraître très original, mais cette BD mérite vraiment le détour.

Le scénario réussit à concilier trois vertus : il est palpitant, pédagogique mais aussi politique. Palpitant par les rebondissements qu’il propose ; pédagogique, par la vision très documentée de la Piraterie qu’il donne, bien loin des clichés de notre enfance (ah, les aventures de Barbe-Rouge) ; politique enfin, car ce que l’on imaginerait être une barbarie sanguinaire et anarchique se révèle être un univers démocratique où toutes les décisions importantes sont soumises au vote.

Le dessin est brillant, que ce soit dans la précision du trait pour restituer la complexité des navires à voile, la caractérisation des personnages (il y a quelque chose de Moebius dans la façon de rendre les visages) ou encore la densité et la force stupéfiantes des scènes de bataille.

Quelques réserves

Bien que le récit soit long, il compte plus de 200 pages, on regrette une fin un peu rapide. La partie Africaine du récit aurait notamment pu justifier un tome 2. Elle développe en effet la relation complexe entre la Reine Africaine, revenue dans son pays d’origine pour y reprendre à son compte la logique de l’esclavage entre tribus, et des Pirates toujours avides de liberté et rejetant toute forme d’asservissement. Ce débat-là est traité trop rapidement pour laisser place à l’inéluctable dénouement.

Encore un mot...

UNE REHABILITATION DE LA PIRATERIE

Les sauvages ne sont pas toujours ceux qu’on croit nous résument les auteurs dans la préface de leur ouvrage. Même si le procédé peut paraître un peu facile, ils sont très persuasifs dans leur façon de mettre en scène l’opposition entre ces Pirates épris de liberté et les cruels représentants de l’ordre. 

Au-delà de cette « facilité », il faut lire la documentation proposée en postface de ce récit qui nous éclaire sur la création de ces mouvements de Piraterie. Les premiers Pirates, français ou anglais, étaient des laissés-pour compte des guerres européennes. Marins, ne sachant faire que cela, ces combattants aguerris se recyclaient dans la marine marchande en période de paix, pour y être confrontés à un monde cruel d’asservissement et d’injustice, qu’on pourrait nommer, tiens donc, prémices du capitalisme. En effet, les armateurs n’avaient pour objectif que de s’enrichir et pour cela exploitaient leurs équipages bien au-delà du raisonnable. 

C’est bien le refus de cet asservissement qui occasionna les premières révoltes d’équipages et la naissance des premiers pirates. Et, parce qu’ils venaient de cet univers d’injustice et d’exploitation, ils se fixèrent entre eux des règles démocratiques afin de préserver la liberté de chacun.

Embarquer avec Sylla, c’est la garantie de la grande aventure, de combats héroïques, mais aussi la découverte d’un récit aux accents plus politiques dotés d’une résonnance contemporaine.

Une illustration

L'auteur

(D’après le site Dargaud)

Depuis son plus jeune âge, Vincent Brugeas est passionné d'Histoire et de littérature sous toutes ses formes. Après une maîtrise en Histoire contemporaine, il décide cependant de rompre avec une vieille tradition familiale, où les enseignants sont nombreux : non, il ne sera pas professeur d'Histoire. Il préfère narrer et raconter plutôt qu'enseigner. En effet, depuis toujours, il écrit des nouvelles, des bouts de roman, mais sa rencontre, au lycée, avec Ronan Toulhoat, illustrateur prometteur, l'amène à écrire des scénarios de B.D. En 2010, Vincent et Ronan publient aux éditions Akileos leur premier album, Block 109, une uchronie sur la Deuxième Guerre mondiale saluée tant par la critique que par les lecteurs. Désireux de développer la veine uchronique de leur univers, les deux compères réaliseront ensuite quatre albums dans l'univers de Block 109. Ils s'attaquent ensuite à une série d'anticipation, Chaos Team, et surtout au thriller médiéval avec Le Roy des Ribauds. En 2017, désormais uniquement scénariste, Vincent multiplie les collaborations diverses tout en continuant ses aventures graphiques avec Ronan, aux éditions Dargaud.

Après des études scientifiques, un bac d'ingénieur en poche, Ronan Toulhoat décide de se mettre à son compte pour dessiner, une décision grandement aidée par la signature, en septembre 2008, d'un premier contrat avec les éditions Akileos : le premier album de Block 109, écrit par Vincent Brugeas, est paru en 2010. Toujours aux éditions Akileos et toujours avec Vincent Brugeas au scénario, Ronan se lance dans un thriller médiéval, Le Roy des Ribauds, dont le livre III parait en septembre 2017. En 2018, Ronan Toulhoat publie les deux premiers tomes de Ira Dei chez Dargaud, sur un scénario de son comparse Vincent Brugeas. Le tome 3 de la série est prévu pour septembre 2019.

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