La Trilogie Berlinoise, l'été de cristal (T1)

Un roman culte, une transposition réussie
De
Scénario : Pierre Boisserie, Dessins : François Warzala, Couleur : Marie Galopin d’après Philip Kerr
Editions Les Arènes BD
Octobre 2021
140 p.
20 €
Notre recommandation
3/5

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Thème

La Trilogie Berlinoise est une série de trois romans policiers de l'écrivain Philippe Kerr, devenus cultes, publiés entre 1993 et 1995. Ils se déroulent entre 1936 et 1947 et mettent en scène un inspecteur désabusé, Bernie Gunther, tiraillé entre son passé, ses convictions anti fascistes, ses talents d'enquêteur et les tourments du nazisme grandissant. 

Cette adaptation en roman graphique de l'Eté de cristal, présente donc la première aventure de Bernie Gunther. Elle se situe en 1936, alors qu'Hitler, les chemises brunes et autres syndicats exercent une dictature idéologique de plus en plus marquée, bien que volontairement estompée en raison de l'organisation des Jeux Olympiques à Berlin cet été là, laissant aux libertés politiques et religieuses la plus fine épaisseur et l'absolue fragilité du cristal! 

Bernie Gunther est appelé à élucider le meurtre de la fille et du gendre d'un riche industriel. Enquête sensible, qui le mènera auprès d'Hermann Göring, de syndicats louches, de la pègre berlinoise, des chemises brunes et autres pièges dont on ne sait trop qui en tire les ficelles.

Adapté par Pierre Boisserie, scénariste très expert dans les récits à forte imprégnation historique, ce roman graphique présente dans un graphisme "factuel" et assez cinématographique dans son esprit, cette aventure complexe et passionnante.

Points forts

Cela est sans doute subjectif, mais le grand fan de Philippe Kerr qu'est votre serviteur, a retrouvé dans ce roman graphique l'ambiance acide du roman : pressions idéologiques du Reich naissant, personnages ambigus, coups de "théâtre", héros à la marginalité discrète, rencontres improbables et substrat historique intelligemment restitué.

Le dessin est simple, à mi chemin entre la ligne claire de la BD belge traditionnelle et la caricature outrancière - laissant au lecteur averti, un espace entre un imaginaire romanesque et une traduction visuelle plus libre, ici celle du dessinateur François Warzala. 

A noter une mise en couleur réussie, dont les dominantes noir, ocres et brunes (mais les pages sont toutes en couleur) ne sont pas sans révéler l'emprise du national socialisme sur l'ensemble de l'aventure. 

Et en conclusion de ce tome, un portrait croisé - hors bande dessinée - de Philippe Kerr/Bernie Gunther, esquissé par la critique littéraire et auteur Macha Sery, du journal Le Monde.

Quelques réserves

Peu de réserves sur ce Tome 1, si ce n'est le constat de l'abondance des textes contextuels, assez nombreux et utiles, de la nécessité de les lire attentivement autant que les phylactères, car l'intrigue ne pourra être comprise sans cette discipline.

Encore un mot...

Ce premier essai de transposition du roman de Philippe Kerr est plutôt une réussite, tant sur le plan formel que sur l'interprétation du scénario en roman graphique.

A noter que les Arènes BD ont "façonné" un bel album, avec un dos entoilé, un papier et une impression de belles qualité.  Et on appréciera l'hommage rendu à l'auteur en fin d'album. Voici à nouveau une initiative qui pose un pont entre le 9ème et le 5ème art - la littérature. A chacun de choisir le sens dans lequel il le traverse !!

Une illustration

L'auteur

La consonance de son nom de famille et le cadre des aventures de Bernie Gunther sont trompeurs. Philip Kerr n’est pas allemand mais écossais. Diplômé de droit et de philosophie, il travaille dans la publicité et le journalisme avant de se lancer dans l’écriture de romans policiers. Ses romans ont pour décor principal l'Allemagne des années 30 à la fin des années 50, avec quelques passages en Amérique du Sud, en Suisse et en France. Il en maîtrise les acteurs et les secrets, qu'il distille tel un historien. Son héros emblématique est un policier, Bernard (dit Bernie) Gunther, que sa fameuse Trilogie Berlinoise mettra en scène dans des intrigues politiques, militaires et policières. Auteur d'une trentaine de romans, Philippe Kerr est décédé en 2018.

Pierre Boisserie est scénariste de bandes dessinées. D'abord kinésithérapeute, il se lance dans le scénario de BD à 35 ans ! Il en écrit un nombre impressionnants, dont le substrat historique est soigné (La Banque, La Croix de Cazenac, Les banquiers du Reich..), faisant de ce parti pris réaliste une marque de son identité. A lire, la chronique de l'Or de Belges, de Dominique Clausse, dont Pierre Boisserie est aussi le scénariste.

François Warzala est dessinateur et illustrateur. Il a notamment dessiné un Historique de la Vème République (2018) et Monsieur Bertrand ou la vraie vie du Maire de Paris (2008).

Marie Galopin est coloriste - un talent qu'elle exerce aussi pour des architectes et des designers !

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BD
L’Or des Belges
De
Scénario : Pierre Boisserie & Philippe Guillaume, Dessins : Stéphane Brangier