L’Enfer pour Aube, Tome 1, Paris Apache

Parce que la ville prenait tout et ne rendait rien
De
Philippe Pelaez, Tiburce Oger
Editions Soleil
64 p.
15,95 €
Notre recommandation
5/5

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Lu / Vu par

Thème

Paris, janvier 1903. Le tronçon aérien de la ligne 2 du métro vient d’être mis en service. Les travaux de la ligne 3 qui vont éventrer le quartier de l’Opéra sont sur le point de débuter. Ducoroy et Dauger, représentants de la Compagnie Nord-Sud, empruntent le tronçon fraîchement inauguré en compagnie de Berry, représentant de la nouvelle municipalité parisienne grâce auquel leur compagnie a obtenu la réalisation du chantier. 

A peine lancée, leur rame est attaquée par un mystérieux personnage vêtu de noir, coiffé d’un chapeau à larges bords, le visage masqué par une écharpe rouge, qui les exécute froidement. Chargé de l’enquête, l’inspecteur Gosselin retrouve un louis d’or à l’effigie de Napoléon III dans la bouche des trois cadavres. Bientôt, un avocat et un banquier d’affaires sont également assassinés par le mystérieux homme en noir. Les mêmes pièces d’or seront retrouvées dans leurs bouches ...

Points forts

Une magnifique promenade au cœur du Paris de la belle époque, le Paris de l’urbanisme du baron Haussmann, du mobilier urbain de Gabriel Davioud, de la construction du métro, des grands magasins, des Apaches, des quartiers populaires de Belleville, Charonne, Ménilmontant… Mais aussi de la misère et de la violence, du travail des enfants et de l’exploitation des ouvriers, des fortifs’ et de la zone… 

Une histoire de vengeance à l’intrigue si dense et serrée qu’on se croirait dans un polar de La Noire de Gallimard. Le scénario repose sur une question centrale : Que s’est-il passé pendant La Commune de Paris ? Quel inavouable crime a pu être commis, et par qui, pour déclencher 30 ans plus tard une telle vengeance ? En parsemant régulièrement le suivi de l’enquête menée en 1903 de retours en 1871 pendant La Commune, le scénario maintient un niveau de tension constant tout en démêlant peu à peu l’écheveau de l’intrigue. 

Le bonheur indicible de plonger à nouveau dans le dessin de Tiburce Oger. On y retrouve ce trait si caractéristique qui a fait le succès de ses derniers ouvrages dont les superbes : Go West Young Man, éd. Grand Angle, 2021 ; Ma guerre, de La Rochelle à Dachau, éd. Rue de Sèvres, 2017 ; Buffalo Runner, éd. Rue de Sèvres, 2015. Fluide et tremblant, délicat et énergique, il est pour moi parcouru d’une extrême sensibilité qui irradie de chaque personnage et magnifie les situations les plus sombres.

Le noir et blanc, ou devrais-je dire, les noirs, gris et blancs presque aquarelles qui colorent intégralement l’album à l’exception de quelques tâches de rouge venant souligner la colère, la révolte, la souffrance et la violence. Cousinage en forme d’hommage à la splendide adaptation par Tardi du roman de Jean Vautrin sur La Commune de Paris Le Cri du Peuple éd. Casterman, 2001-2005 ?

Quelques réserves

La lecture de LEnfer pour Aube donne le sentiment de passer comme un coup de vent dont la rapidité nous laisserait désarmés au moment de devoir, déjà, refermer l’album. Mais peut-on honnêtement tenir rigueur aux auteurs d’avoir réussi à nous captiver à ce point ?

Encore un mot...

L’Enfer pour Aube regorge d’une galerie de personnages incroyablement bien campés. Il y a tout d’abord le vengeur mystérieux auquel on ne peut manquer de trouver des airs de Fantômas ou du Tanâtos de Jean-Yves Delitte, éd. Glénat, 2007-2011 ; l’élégant et iconoclaste inspecteur Gosselin rongé par un mal mystérieux ; l’ironiquement irrévérencieux Eugène Flaquier, ancien Apache reconverti dans la police et fidèle adjoint de l’Inspecteur ; les notables exécutés les uns après les autres - industriels, banquiers, politiciens, avocats, propriétaires de grands magasins… - qui forment une galerie de portraits de la grande bourgeoisie triomphante sûre de son bon droit que Zola n’aurait pas reniée ; Gabriel Jourdan, voltigeur défiguré et ancien communard dont le rôle est moins que limpide…

La narration de L’Enfer pour Aube est rythmée, peut-être devrait-on dire scandée, par une sorte de voix-off qui prend directement à partie le lecteur pour lui dévoiler l’envers du décor de la ville lumière et la réalité de sang, de douleur et de misère sur laquelle elle est construite. Magnifiquement écrites, très certainement inspirées par le poème de Hugo dont est tiré le nom de l’album, les cases où le lecteur est ainsi interpellé donnent une profondeur, une poésie et une puissance incroyables à l’album. 

Une illustration

L'auteur

Dès l’âge de 12 ans, Tiburce Oger a affirmé qu’il ferait de la BD. Promesse tenue après un Bac arts plastiques, une formation à l'école des Beaux-Arts d'Angoulême complétée par apprentissage dans un studio de dessins animés. 1992 est l’année de son arrivée dans le monde de la BD avec la publication du premier tome de la série Gorn aux éditions Vents d'Ouest. Il rencontre ensuite Denis-Pierre Filippi avec qui il réalise la série Orull, le faiseur de nuages, 1998-2004, éd. Delcourt. Parmi les succès de ce passionné de western, on peut également citer, en plus des œuvres mentionnées dans le corps de la chronique, Auberge du bout du monde, 2004-2007, éd. Casterman puis France Loisirs et le très beau Canoë Bay, 2009, éd. Daniel Maghen, dont il signe le scenario pour Patrick Prugne.

Professeur d'anglais vivant sur l'île de la Réunion, Philippe Pelaez, publie sa première bande dessinée en 2015, Gaultier de Châlus, dans la maison d'édition réunionnaise Des Bulles dans l'Océan. En quelques années, il réalise une abondante et très belle production marquée par la variété des thèmes abordés (histoire, policier, chronique sociale…). Je vous invite notamment à découvrir Puisqu'il faut des hommes, 2020, éd. Grand Angle sur un dessin de Victor Pinel ; Dans mon village on mangeait des chats, 2020, éd. Grand Angle avec Francis Porcel au pinceau ; Le Bossu de Montfaucon, 2022, éd. Grand Angle, en collaboration avec Eric Stalner. 

Commentaires

godart marc
jeu 19/05/2022 - 13:33

on est perdu dans la ville un peu comme les personnages et le mystère se dévoile lentement
il faut savoir prendre son temps et lire en compagnie des illustrations du petit journal

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