Nautilus, tome 1, Le théâtre des ombres

Quand Rudyard Kipling et Jules Vernes rencontrent Blueberry et Lester Cockney !
De
Mathieu Mariolle, Guenael Grabowski
Ed. Glénat, 2021
55 p.
15,50 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

 

En 1899, « le Grand Jeu », guerre d’espionnage que se livre depuis plusieurs décennies la Couronne britannique et la Russie tsariste pour le contrôle de l’Inde, joyau de l’empire colonial anglais, ne cesse de gagner en intensité. Il suffirait d’une étincelle pour qu’éclate un affrontement armé entre les deux empires.

Kimball O’Hara, personnage crée par Rudyard Kipling dans son roman Kim, est devenu adulte et l’un des meilleurs agents des services secrets britanniques. Cet Irlandais né en Inde, orphelin élevé dans la rue, recueilli tout à tour par un voleur de chevaux, un lama bouddhiste et le colonel Creighton, se retrouve plongé au cœur de cette guerre secrète.

Un bateau est torpillé dans le port de Bombay à l’occasion du couronnement du nouveau Vice-Roi des Indes. Suspecté d’être l’auteur de l’attentat, traqué par son propre camp, Kim espère encore empêcher que la guerre n’éclate et démontrer son innocence. Seule solution : en récupérer les preuves au cœur de l’épave qui gît à une profondeur que personne ne peut atteindre. Il part donc à la recherche du seul homme qui pourrait l’aider dans cette entreprise en mettant à son service sa science du monde des profondeurs et le plus légendaire des sous-marins : le Nautilus.

Points forts

Ce récit d’aventure mené tambour battant au cœur de l’Asie Centrale repose sur trois jolies trouvailles.

Première trouvaille : faire du sous-marin mythique inventé par Jules Vernes à la fois le titre de cette nouvelle série et son personnage principal, tout en ne le faisant apparaître que très brièvement dans le prologue et à la dernière page de l’album. Celui-ci est donc porté par une double tension : celle née des aventures de Kim, et celle liée à l’attente de l’apparition du plus célèbre des sous-marins.

Deuxième trouvaille : faire se rencontrer les univers de deux auteurs géniaux, Rudyard Kipling et Jules Vernes, souvent catalogués à tort et de façon un peu condescendante d’auteurs pour enfants. Ce télescopage scénaristique en forme d’hommage se fait par l’intermédiaire de deux personnages emblématiques de leurs œuvres, tous deux originaires d’Inde, dont les auteurs prennent un savoureux plaisir à imaginer les nouvelles aventures : Kim et le Capitaine Nemo. Procéder ainsi permet également aux auteurs d’introduire en creux une réflexion sur les prémices de l’indépendance du continent indien.

Troisième trouvaille : assumer de recourir à des « classiques » scénaristiques en les modernisant par le rythme du scenario de Mathieu Mariolle et l’énergie du dessin de Guénaël Grabowski : héros sans peur et sans reproche qui seul peut « sauver le monde » mais que tout accuse et qui se retrouve « seul contre tous » ; son ennemi juré qui sous couvert de rendre la justice fera tout pour assouvir une vengeance personnelle ; surenchère romanesque des situations auxquelles est confronté le héros et dont il se sort toujours avec brio…

Quelques réserves

On pourrait justement trouver un peu excessive, voire irréaliste, la façon dont le Kim de Nautilus arrive à se tirer des aventures de plus en plus improbables dans lesquelles les auteurs le plongent avec jubilation, lui donnant ainsi des airs de James Bond du XIX° siècle.

On pourrait également se rappeler à la lecture de Nautilus qu’on n’a peut-être pas lu toute l’œuvre des deux géants que sont Kipling et Vernes, ou que les souvenirs que l’on en a sont devenus légèrement imprécis, et qu’il est potentiellement urgent de (re) découvrir quelques-uns de leurs classiques : Kim ; 20,000 lieues sous les mers ; L’île mystérieuse.

Encore un mot...

Nautilus, c’est un plaisir de lecture gourmand. Celui de suivre les aventures menées à toute allure d’un héros auquel il est impossible de s’identifier tant il est hors norme mais auquel on rêverait tous de ressembler.

C’est également celui de découvrir un dessin à l’énergie communicative dans lequel on retrouve l’influence du Colin Wilson de La Jeunesse de Blueberry, de Du plomb dans la tête ou de Nevada ou celle du Undertaker de Ralph Meyer.

Enfin, Inde, héros irlandais et XIX° siècle constituent un cocktail qui invite à replonger sans attendre dans les premiers albums de l’excellentissime série de Franz, Lester Cockney, éd. Le Lombard, 1982-2008 : Les fous de Kaboul, La neige était crissante, Une hongroise au Pendjab...

Une illustration

L'auteur

Commençons par le dessinateur, Guénaël Grabowski qui signe avec Nautilus son entrée en BD. Il s’agit en effet du premier album qu’il réalise seul grâce à l’invitation du scénariste, Mathieu Mariolle qui, ayant été membre de son jury de fin d’études, lui propose de le rejoindre sur ce projet. Baptême du feu est réussi pour ce Rochelais ayant obtenu un baccalauréat littéraire avant de suivre à Nantes les cours de l’école de dessin Pivaut.

Mathieu Mariolle doit sa passion de la BD à son père qui lui a fait découvrir très jeune Blueberry. En 2004, il scénarise ses premières séries : Pixie, série Fantasy en 4 tomes, éd. Delcourt ; De Sang Froid, éd. Bamboo. Après un crochet de quelques années dans ka traduction de jeu vidéo, il se dédié dorénavant totalement à la BD. On lui doit plusieurs jolies réussites : Dans la paume du diable, polar hollywoodien dans le Los Angeles de l’après-guerre, 2013-2016, éd. Glénat ; Smoke City, un polar fantastique, 2007-2020, éd. Delcourt.

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