Nettoyage à sec

Le cave tente de se rebiffer.
De
Scénario & Dessins : Joris Mertens
Ed. Rue de Sèvres
141 p.
25 €
Notre recommandation
4/5

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Lu / Vu par

Thème

Dans les années 70, quelque part dans une ville belge qui ne dit pas son nom, François tente de survivre à une existence solitaire et misérable. Certes, il gagne sa vie comme chauffeur dans une blanchisserie ; certes, il a son petit réseau de relations qu’il retrouve au café Monico ; mais cela ne semble pas suffisant pour le tirer de sa pauvre solitude. 

Il y a bien Maryvonne, qui lui vend chaque semaine sa grille de Lotto (oui, deux T, car on est en Belgique), et dont il rêve en secret de partager la vie. Là aussi, on a l’impression que ce désir secret est voué à le rester pour le restant des jours de François. Alors que cette vie semble rythmée comme une horloge languissante, voilà qu’un évènement va en bousculer le quotidien. 

Au cours d’une de ses livraisons, François va être confronté à une situation exceptionnelle qui va changer pour toujours la monotonie de sa vie.

Points forts

Nettoyage à sec est une magnifique BD d’ambiance. Mertens met en scène une ville belge improbable, qui ressemble tout autant à Bruxelles qu’à d’autres villes. Parfois, on a même l’impression d’être à Paris sur les bords de Seine. Mertens joue avec l’urbanisme si bien que sa ville ne semble pas être le reflet d’une réalité mais d’un fantasme de dessinateur. 

En effet, ce qui domine surtout, c’est le talent que cet auteur déploie dans ses pleines pages de décors urbains. L’ambiance est sombre, pluvieuse, les immeubles sont dévorés par les panneaux publicitaires, les lumières sont blafardes, les sexshops côtoient les palaces, et François, le héros de l’histoire, semble minuscule, comme écrasé par ces décors incroyables. Il faut lire cette BD, pour se faire porter par cette ambiance fantastique, et il faut prendre le temps de déguster les détails de chaque case. C’est du grand art !

Quelques réserves

En miroir de cette incontestable réussite graphique, on regrette un scénario un peu faiblard. On a le sentiment que Mertens a jeté tout son talent dans la création de l’ambiance de cette histoire et que l’intrigue ne devenait plus qu’un prétexte à exposer cette même ambiance. Le scénario du pauvre cave qui croit tenir l’occasion de sortir de sa vie minable a déjà été tellement joué et rejoué que la lecture de Nettoyage à Sec s’en trouve dénuée de tout effet de surprise.

Encore un mot...

LE BLANCHISSEUR EST LESSIVÉ

Nettoyage à Sec vous permettra de découvrir un grand auteur de Bande Dessinée, si, du moins, vous ne le connaissiez pas encore. Joris Mertens avait en effet déjà à son actif un premier album, Béatrice, que je ne connaissais pas et que je vais m’empresser d’acheter. 

Rarement, j’ai autant été conquis par un style graphique qui réussit à associer originalité et perfection du trait. Dommage, pour cet album en tous cas, que le scénario ne soit pas à la hauteur du talent graphique, car je n’aurais pas été loin d’en faire une des BD de l’année. Mais Joris Mertens est incontestablement un auteur à suivre.

Une illustration

L'auteur

Les Auteurs (d’après le site BD Gest)

Né en 1968 en Belgique, Joris Mertens a commencé à travailler pour le cinéma et la télévision en tant que Directeur artistique indépendant, graphiste pour accessoires, photographe et artiste storyboard. Habitué au monde de la narration visuelle, l’essentiel pour lui est de montrer plus que dire les choses. C’est donc tout naturellement qu’en parallèle de son activité il commence la peinture et le dessin. Les décors urbains et le cinéma sont d’ailleurs une grande source d’inspiration. Béatrice, imaginé à partir d’un vieil album photos trouvé dans une friche, est un projet qu’il a muri pendant des années avant d’oser se lancer. Il s’agit de son premier album. ll vit à Rumst en Belgique.

Commentaires

Arnaud
sam 10/09/2022 - 00:32

Ben pour le coup, la faiblesse du scénario a du bon ! Sinon quoi ? On se serait retrouvé dans la complexité habituelle d'un polar vu et revu... Alors certes on reste un peu sur notre faim, beaucoup d'indices et de pistes restent inexplorées, mais finalement ça se termine de manière assez inattendue, avec "ce qu'il faut mais pas trop" !
Ce n'est donc pas un scénario exceptionnel, l'ouvrage n'est pas une oeuvre magistrale, mais cela reste une belle petite pépite !

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