Tropique de la violence

Rude, vrai, violent, superbement écrit
De
Nathacha Appanah
Editions Gallimard - 192 pages
Notre recommandation
4/5

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Lu / Vu par Culture-Tops

Thème

Une île nichée dans le canal du Mozambique : Mayotte, le 101èmedépartement français, là où la romancière mauricienne Nathacha Appanah a passé deux ans, de 2008 à 2010. Ce séjour lui a donné matière à ce roman, Tropique de la violence. Un texte magnifique pour une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même. Le pays est enchanteur, sauvage, au bord du chaos. Il est le théâtre et le décor de cinq destins qui, inévitablement, vont se croiser dans la violence du quotidien. Cinq personnages qui se prénomment Marie, l’infirmière qui n’a pas pu avoir d’enfant, Moïse et Bruce, Olivier le flic et Stéphane l’humanitaire. Une nuit à l’hôpital, une femme abandonne à Marie son enfant: il porte malheur car il a un œil noir et l’autre vert...

Points forts

- Une fois encore, Nathacha Appanah confirme qu’elle est maîtresse en narration, usant toujours à bon escient d’une plume violentée.

- La construction du roman, qui n’a rien d’artificiel. L’auteure sait parfaitement décrire et raconter la montée lente mais inévitable de la violence chez ses personnages. Une montée de violences racontée en monologues percutants.

- Depuis son premier roman, et encore plus dans ce « Tropique de la violence », Nathacha Appanah tente de saisir la vie dans ses moindres détails, dans ses moindres aspérités. Et elle y parvient à tout coup.

- Une écriture simple et fluide, une langue aride et envoûtante, aussi éblouissante que les paysages de Mayotte.

Quelques réserves

Le flou un peu trop attendu et caricatural du roman entre la réalité et les légendes ou encore la politique et la poésie.

Encore un mot...

Avec « Tropique de la violence », Nathacha Appanah propose unepolyphonie pour un focus sur Mayotte. Avec cinq monologues pour autant de personnages, un texte qui attrape le lecteur, qui éblouit par sa violence, sa rudesse et aussi sa dose d’espoir(s)...

Une phrase

- « Depuis le temps que ça gonfle cette violence, cette onde destructrice, cette énergie brûlante qui sort d’on ne sait où ; tous ces morts dans le lagon qui vont se réveiller aujourd’hui et nous hurler à la face jusqu’à ce qu’on devienne fou. Depuis le temps qu’on prédit la guerre, qu’on guette le bruit des armes à feu et les cris des bêtes sauvages »

- « De là où je vous parle, les mensonges et les faux-semblants ne servent à rien. Quand je regarde le fond de la mer, je vois des hommes et des femmes nager avec des dugongs et des cœlacanthes, je vois des rêves accrochés aux algues et des bébés dormir au creux des bénitiers. De là où je vous parle, ce pays ressemble à une poussière incandescente et je sais qu’il suffira d’un rien pour qu’il s’embrase ».

L'auteur

Née le 24 mai 1973 à Mahébourg (île Maurice), Nathacha Devi Pathareddy Appanah a grandi dans une famille descendant d'« engagés » indiens immigrés à Maurice et a, pour langue maternelle, le créole mauricien. Journaliste, elle a travaillé pour le quotidien « Le Mauricien » et « Week-End Scope ». En 1998, elle vient en métropole et poursuit ses collaborations avec la presse écrite (« Géo », « Air France Magazine »,…) et la radio (RFI, FranceCulture,…). En 2003, Nathacha Appanah publie son premier roman, « Les Rochers de Poudre d’or ». Suivront « Blue Bay Palace » (2004), « La Noce d’Anna » (2005), « Le Dernier Frère » (2007) et « En attendant demain » (2015). « Tropique de la violence », son 6ème roman, aura été l’un des romans les plus remarqués de cette dernière rentrée littéraire.

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