Sa guerre

Une quête irrépressible et bouleversante, au cœur de l’actualité. Une mère, sa fille et le djihadisme…
De
Laurent Benegui
Éditions Mialet-Barrault
Parution le 1er Octobre 2025
288 pages
20 Euros - 14,99 Euros en téléchargement
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Sa guerre s’ouvre sur une disparition : celle de Manon, partie en Syrie, laissant sa mère face à un vide qui devient le cœur même de l’histoire. Hélène Dompierre, cardiologue de renom, refuse d’admettre que sa fille ait pu se convertir à l’Islam ou se mêler à des attentats. Peu à peu, elle sombre dans l’angoisse puis l’obsession, quitte sa vie aisée et se lance dans une longue traque qui, au bout de neuf ans, la mène jusqu’au camp d’Al-Hol, en Syrie, où Manon est retenue avec d’autres anciens djihadistes.

Points forts

  • Un sujet brûlant : ce livre s’inscrit dans les fractures géopolitiques des années 2015-2025, un monde secoué par les attentats, la guerre syrienne et l’existence des camps. À l’heure où la radicalisation devient un terrain miné, parfois contourné ou déformé, Laurent Bénégui choisit de nommer les choses sans détour. Son regard ne cède ni à l’aveuglement ni à la simplification : il affronte la réalité dans toute sa complexité, sans l’édulcorer, mais sans jamais la réduire à un slogan ou à une posture idéologique.
  • Un personnage bouleversant : médecin rationnelle, femme d’action, Hélène Dompierre est animée par une foi qui n’a rien de religieux : une foi absolue dans l’amour qu’elle porte à sa fille. Cette certitude, inébranlable, devient son moteur comme sa faille. Manon, quant à elle, demeure longtemps en creux du récit, silhouette fuyante, presque irréelle. Absente et pourtant omniprésente, elle tient du personnage de l’Arlésienne : on la cherche, on l’évoque, on l’espère, sans jamais la saisir pleinement. Ce silence nourrit la tension dramatique et donne à la quête maternelle toute sa profondeur tragique. 
  • Un style remarquable : l’écriture est maîtrisée, précise, d’une tenue littéraire indéniable, sans jamais céder à l’emphase. Travaillée, parfois exigeante mais jamais gratuite, elle reste constamment au service du récit. Chaque phrase avance, éclaire, creuse. Cette langue retenue, presque pudique, donne à l’ouvrage sa force, laissant l’émotion affleurer sans jamais la forcer.

Quelques réserves

  • Un regret néanmoins : l’auteur, pourtant reconnu pour son humour, l’une des qualités les plus rares aujourd’hui, fait ici l’impasse sur ce pas de côté. Cet esprit plein de finesse qui traversait ses premiers textes, Le jour où j’ai voté pour Chirac (Julliard, 2007), ou plus récemment Le mari de la harpiste (Julliard, 2019), s’est effacé au profit d’une gravité constante. Cette disparition n’est pas totalement nouvelle : elle s’annonçait déjà dans Les Étoiles doubles (Julliard, 2023). On peut comprendre ce choix au regard du sujet. Reste que le fidèle lecteur que je suis ne peut s’empêcher d’espérer un retour à ces exquises comédies, désormais trop isolées dans le paysage littéraire.

Encore un mot...

Sa guerre s’inscrit dans la grande tradition romanesque du XIXᵉ siècle. On pense à Alexandre Dumas, à cette manière de conjuguer souffle épique et efficacité narrative : un style ample et maîtrisé, une intrigue qui tient le lecteur en haleine, des rebondissements savamment dosés, et surtout un véritable courage dans la prise de position sur le délicat sujet de l’extrémisme religieux. 

Une phrase

“Autour de moi, les cœurs battaient faux. Ils déraillaient et se mettaient en pause. Ici, un enfant était fauché en pleine course. Là, un sportif s’effondrait sur la pelouse d’un stade. Ailleurs, une adolescente succombait en dansant. La mort subite les avait emportés, elle assassinerait les survivants à petit feu. Les familles incriminaient Dieu, le sort, ou la marche bancale du monde.”  P.13

L'auteur

Né en 1959, le docteur Bénégui se consacre à une œuvre exigeante et éclectique. Publié notamment chez Julliard, il est l’auteur d’une quinzaine de romans où reviennent régulièrement les thèmes de la recherche médicale et de la paternité, à nouveau au cœur de Sa guerreLa Paresse de Dieu (Julliard, 1998), a été couronné par le Grand prix de littérature policière, La Part des anges (Julliard, 2017), a été récompensé par le prix de l’Académie Rabelais, Au Petit Marguery (Julliard, 1991) et SMS (Julliard, 2009), ont connu une adaptation cinématographique.

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