Cinéma/Séries TV

Antoinette dans les Cévennes

Le haut de l’affiche sied à merveille à Laure Calamy… drôle, sensible, enthousiasmante dans cette délicieuse balade sur les chemins de la Corrèze avec un âne pour compagnon
De Caroline Vignal
Avec Acteurs Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte…

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 16 sep . 2020

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Il y a des mois qu’Antoinette, institutrice enthousiaste (Laure Calamy) attend les vacances d’été pour partir une semaine en escapade avec son amoureux, Vladimir (Benjamin Lavernhe), comme il le lui a promis. Mais au dernier moment, sous le prétexte que sa femme (Laurence Côte) a prévu une randonnée en famille dans les Cévennes avec un âne, ce dernier annule ! Après un bref moment de désespoir, Antoinette décide de partir, elle aussi, sur les chemins escarpés de cette région. Au départ de son périple, qui sera semé d’embûches, pas de Vladimir, mais un certain Patrick, un âne récalcitrant qui va l’accompagner…

Points forts

– En 1878, pour tenter d’oublier un chagrin d’amour, l’Ecossais Robert Louis Stevenson était parti suivre, en compagnie d’un âne, les 200 km du GR 70 qui traverse les Cévennes. L’écrivain avait consigné son périple dans un livre qu’il avait intitulé Voyage avec un âne dans les Cévennes… C’est après avoir lu ce récit et avoir emprunté, à son tour, ce même GR, également en compagnie d’un âne, que Caroline Vignal a eu l’idée d’en faire le sujet d’un film. Son scénario est un petit bijou, qui tient du buddy movie en mêlant, en vrac, balade, récit initiatique, vaudeville et comédie romantique. Tout cela ? Oui, tout cela ! Et le plus étonnant c’est que ce scénario mille-feuilles est d’une fluidité confondante.

– Dans le personnage d’Antoinette, l’amoureuse délaissée, Laure Calamy irradie. De tous les plans ou presque, la comédienne, qui tient enfin son premier grand rôle au cinéma, déploie une palette de jeu impressionnante avec un naturel fou. Pour l’avoir vue toujours très juste dans des emplois et des textes très différents, on se doutait qu’aucun rôle ne pouvait lui « résister ». Avec celui-ci, qui exige une vitalité de tous les diables et un sens aigu de l’autodérision, on en a la preuve éclatante : Laure Calamy est de ces rares comédiennes qui peuvent se réinventer à chaque instant. Son aisance est époustouflante.

– Dans son genre, Patrick, son équidé de partenaire n’est pas mal non plus. Tour à tour tendre, attentif, docile et, bien sûr, têtu, il est craquant à souhait. On ose à peine dévoiler qu’en réalité, ils sont deux à tenir le rôle. L’un avait en charge les scènes d’émotion, l’autre, celles des cascades. Lequel est lequel ? On vous met au défi de les distinguer, tant ils sont à la fois semblables et complémentaires.

– Les amoureux des Cévennes ne seront pas déçus. Caroline Vignal a su filmer ce massif à la fois austère et flamboyant dans toute sa magnificence, son charme et son mystère.

Points faibles

Aucun.

En deux mots ...

Tonique, rafraîchissante, stimulante, drôlissime, d’une belle sensibilité, mais dépourvue de toute sensiblerie, voici la comédie la plus délicieuse et la plus futée de la rentrée. On l’aime d’autant plus qu’elle propose le portrait d’une femme irrésistible et met en lumière une comédienne qui ne l’est pas moins, Laure Calamy. Surtout abonnée jusqu’à présent aux seconds rôles qu’elle habitait formidablement, au théâtre (privé et subventionné), comme au ciné et à la télé (La secrétaire amoureuse de son patron dans la série Dix pour cent ! c’est elle !), cette interprète de 45 ans, à la fois solaire et terrienne, juste et précise, dotée, qui plus est, d’un humour ravageur, ne devrait plus quitter le haut de l’affiche.

Un extrait

« J’ai lu le scénario d’une traite, et je me suis dit : « Ce n’est pas possible ! C’est pour moi ! ». Je n’en croyais pas mes yeux : c’est comme si ce projet m’était destiné…Tout me donnait envie d’y aller, à commencer par la marche, que j’adore, les ânes, cette histoire si singulière… J’avais la larme à l’œil à la fin de ma lecture. Et j’étais très impressionnée par la qualité d’écriture de Caroline Vignal! » (Laure Calamy, comédienne).

Le réalisateur

Les cinéphiles se souviennent peut-être du long métrage, Les Autres Filles. C’était le premier film de Caroline Vignal, qui en avait également signé le scénario. La carrière de ce joli récit initiatique paraissait bien démarrer puisqu’il avait été sélectionné haut la main pour la Semaine de la Critique à Cannes. Las ! Le film avait fait un flop. C’était en l’an 2000. Depuis, chat échaudé craignant l’eau froide, Caroline Vignal ne s’était plus risquée à la réalisation et elle était retournée à son métier premier, l’écriture de scénarios, pour la radio, la télé et le ciné. Vingt ans après, elle a décidé de « remonter en selle » et de porter sur grand écran Antoinette dans les Cévennes, un scénario qui lui a été inspiré par une balade qu’elle fit un été dans cette région, escortée d’un âne prénommé, lui aussi,… Patrick. Le résultat est cette comédie qui, après avoir été en sélection officielle du Festival de Cannes, a récemment enthousiasmé les spectateurs du Festival d’Angoulême. Un petit doigt nous dit que Caroline Vignal ne va plus nous laisser 20 ans sans nouvelles. De toute façon, on connaît l’adage : jamais deux sans trois…

Et aussi

 

– LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT  D’EMMANUEL MOURET – AVEC NIELS SCHNEIDER, CAMÉLIA JORDANA, VINCENT MACAIGNE, EMILIE DEQUENNE…

Depuis son premier film, en 1999, Promène-toi donc tout nu, un divertissement romanesque aussi drôle que léger, le réalisateur marseillais Emmanuel Mouret ne cesse d’explorer les chemins du marivaudage. De Un Baiser, s’il vous plaît ! à Mademoiselle de Joncquières, tous ses films ont traité des jeux de l’amour et du hasard, et ils ont mis en scène des chassés croisés amoureux, tendres parfois, mais le plus souvent, délicieusement cruels. Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait est de cette veine… De quoi s’agit-il ?

Enceinte de trois mois, Daphné doit accueillir Maxime, le cousin de son compagnon, François, qui a dû s’absenter pour son travail. Daphné et Maxime ne se connaissent pas… Et pourtant, pendant les quatre jours que va durer leur tête à tête, ces deux-là vont se raconter leurs histoires d’amour, d’hier et d’aujourd’hui, nous embarquant dans un récit construit selon un schéma cher au réalisateur, celui des poupées russes. Chacun des chapitres de son histoire va s’emboîter dans le précédent, avec une précision assez époustouflante. Comme d’habitude chez lui, les dialogues sont ciselés, la mise en scène, raffinée, la photo, élégante, et les acteurs, parfaitement dirigés. Dans leurs façons, pourtant si différentes de raconter leurs émois, leurs élans, leurs chagrins et leurs souffrances, tous sont sensationnels de retenue et d’intensité. Mention spéciale pour Emilie Dequenne, extraordinaire de naturel, d’intériorité et de dignité dans son rôle d’amoureuse bafouée.

A la fois drôle et désenchanté, tragique et romantique, simple et sophistiqué, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait est sans aucun doute le film le plus abouti de son auteur. Ce « polar sentimental au lyrisme romanesque » arrive sur les écrans auréolé du label Cannes 2020. Ce n’est pas rien.

Recommandation : en priorité

 

 J’IRAI MOURIR DANS LES CARPATES  DE ANTOINE DE MAXIMY– AVEC ANTOINE DE MAXIMY, ALICE POL, MAX BOUBLIL…

Douze ans après J’irai dormir à Hollywood, Antoine de Maximy, le créateur et présentateur de l’émission à succès J’irai dormir chez vous, retrouve le grand écran, mais pour la première fois, avec une fiction. Pour J’irai dormir dans les Carpates, ce routard aussi sympathique qu’invétéré, a concocté un film qui ne tient pas des hasards de rencontres (comme dans ses émissions de télé), mais qui relève d’un jeu de piste bien organisé. Parce qu’on ne change pas une formule qui gagne, le réalisateur a, bien sûr, de nouveau enfilé sa célèbre chemise rouge et il a repris l’essentiel du dispositif qui a fait sa notoriété et sa popularité : un filmage à trois caméras, dont l’une est braquée sur son visage. La nouveauté est qu’ici, tout est faux… Le film s’ouvre sur l’accident de la voiture de Maximy dans les montagnes des Carpates. Parce que son corps reste introuvable, décision est prise de rapatrier son matériel à Paris, où, en son hommage, son assistante (Alice Pol) va décider de monter les vidéos récupérées. Mais le doute survient : certains détails des images laissent supposer que l’accident pourrait avoir maquillé un assassinat. Un policier (Max Boublil) se pointe, l’enquête démarre… A l’arrivée, J’irai dormir dans les Carpates donne un film qui relève de la comédie, mais une comédie cocasse et décalée, qui aurait flirté à la fois avec le documentaire, le thriller et même le fantastique. Lors de la tournée hexagonale qui a précédé sa sortie en salles, ce long métrage singulier et fantaisiste a cartonné. Il faut dire que dans son genre, la docu-fiction, il est très divertissant.

Recommandation : excellent

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