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Au nom de la terre

Réaliste et poignant, inspiré d’une histoire vraie : un film fort qui fait prendre conscience de la détresse du monde paysan…
De Edouard Bergeon
Avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Samir Guesmi, Rufus…

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 25 sep . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire, sa fiancée (Veerle Baetens) et racheter la ferme familiale à son père (Rufus), Pierre (Guillaume Canet) a 25 ans et des projets plein la tête. Il est jeune, ambitieux et dans une forme éblouissante. 

Vingt ans plus tard, la famille s’est agrandie de deux enfants magnifiques, mais si l’exploitation familiale s’est diversifiée, l’horizon s’est obscurci. Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et celui de ses enfants, il sombre dans la dépression. Etranglé par les banques toujours plus promptes à financer des projets irréalisables qu’à accorder des crédits, ne trouvant plus de solution pour sortir de son surendettement,  il plonge dans l’alcool et la violence, se clochardise et finit par se suicider.

Points forts

- Le scénario, d’abord.  En forme de saga familiale, il se déroule sur trois générations et quarante années. On y voit croître les difficultés et la détresse du monde  paysan acculé, pour survivre, au productivisme à tout va. S’il émeut tant, c’est parce qu’il est tiré du vécu du réalisateur, descendant d’une longue lignée de paysans, et dont le père, à bout de forces et de ressources, finit par se suicider. 

- La grandiloquence et le mélo auraient pu venir affaiblir la solidité scénario. Il n’en est rien parce que Edouard Bergeon l’a écrit, non  pas pour faire pleurer, mais pour témoigner. Son film est une fiction, mais il a la force et le réalisme d’un documentaire.

- La distribution est impeccable. Dans le personnage du père, à mille lieues de la sensiblerie, transformé par une moustache et une calvitie pour ressembler au mieux à celui qu’il incarne, Guillaume Canet prend aux tripes. Fils d’un éleveur de chevaux, le comédien dit qu’il s’est beaucoup investi dans ce rôle. Cela se voit  physiquement, et cela se ressent.

- Dans le rôle de sa femme qui s’échine à maintenir la cohésion de la famille l’actrice belge Veerle Baetens impressionne elle aussi. Quand on la regarde, si indomptable et si aimante, on se dit qu’au théâtre, l’inoubliable interprète d’Alabama Monroë ferait une « Mère courage » exceptionnelle. Dans le rôle du fils, c’est-à-dire en fait, celui du réalisateur, Anthony Bajon livre également une interprétation bouleversante, qui lui a valu de remporter le prix d’interprétation masculine au dernier festival d’Angoulême. Une nouvelle consécration pour ce jeune acteur de 25 ans qui avait déjà raflé l’Ours du meilleur acteur à la Biennale de Berlin pour La Prière de Cédric Kahn. Il faudrait aussi citer Rufus, sensationnel en vieil agriculteur borné qui croit que le travail reste le remède miracle à tous les maux dont souffre le monde paysan.

Points faibles

Avec une mise en scène un peu plus audacieuse, le film aurait sans doute gagné encore en intensité.

En deux mots ...

Il  y a deux ans, il y avait eu Petit paysan. Aujourd’hui, il y a donc Au nom de la terre. Même si les films sur la détresse du monde paysan se comptent encore sur les doigts d’une seule main, le sujet commence à intéresser, enfin, le monde du cinéma.  Il est temps.

 Parce qu’il est un film  juste, poignant et terriblement humain, il faut aller voir Au nom de la terre. Le 29 septembre, un euro sera reversé à l’Association Solidarité Paysans, qui aide les familles en difficulté dans le milieu rural.

Un extrait

« A partir du moment où j’interprétais le rôle du père d’Edouard Bergeon, j’aurais trouvé bizarre de jouer avec ma tête habituelle. J’ai eu envie de lui ressembler le plus possible, de parler comme lui par exemple. Edouard m’a confié des vidéos où l’on voit son père s’exprimer. Je les ai beaucoup regardées. J’ai essayé d’attraper ses intonations… J’ai également tenu à vivre dans la ferme, en contact permanent avec les paysans d’alentour… Je me suis installé dans une caravane au milieu de la cour. J’ai adoré cette façon de vivre. Je ne sortais pas du personnage » (Guillaume Canet, comédien).

Le réalisateur

Edouard Bergeon a grandi dans une ferme près de Poitiers. Il a seize ans quand, après le suicide de son père, il se retrouve seul avec sa mère et sa sœur à la tête de l’exploitation familiale. Bac S en poche, il alterne entre le travail à la ferme, un travail de vendeur en jardinerie et des compétitions cyclistes.  A 21 ans, il entre à France télévisions comme journaliste, d’abord à France 3 Poitou-Charentes, puis au service société de la rédaction nationale de F2. Quelques années plus tard, il quitte le service public pour une agence de presse, où, caméra au poing, il tourne ses propres sujets. 

En 201O, il réalise son premier documentaire de création, Les Fils de la terre, qui dépeint la dure réalité du monde agricole et pour lequel il termine finaliste du prix Albert Londres.   

Pour son premier long métrage, il revient sur le mal-être des paysans. Inspiré de son histoire personnelle, Au nom de la terre retrace, sur trois générations, la saga d’une famille de paysans.

Ce réalisateur n’en a pourtant pas fini avec le métier d’agriculteur. Il vient de décrocher son brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole, cela, dans le but d’aider sa mère à gérer les terres familiales.

Et aussi

- « Un jour de pluie à New York » de Woody Allen- Avec Elle Fanning, Thimotée Chalamet, Jude  Law, etc...
Deux étudiants amoureux décident de passer un week-end à New York… Tout a beau avoir été planifié, rien ne va se passer comme prévu. Apprentie journaliste, la tourterelle va se laisser prendre au charme du réalisateur dépressif qu’elle doit interviewer, et par contrecoup, las d’attendre sa belle, le tourtereau délaissé va aller noyer sa désillusion en  s’adonnant à ses « vices » favoris, le poker et le piano bar…
Avec cette balade romantique, délicieuse, ironique et pleine de fantaisie, Woody Allen signe l’un de ses meilleurs films depuis longtemps. Verve, malice, rythme, humour, badinage, autodérision, direction d’acteurs  (Thimothée Chalamet, Elle Fanning et Jude Law, irrésistibles dans leur rôle respectif), décor aussi (Manhattan filmé comme peu souvent), tout y est de ce pourquoi on aime ce cinéaste depuis si longtemps. Placardisé aux Etats-Unis, Un jour de pluie à New York vient heureusement de sortir en France. Il faut s’y précipiter. Ne serait-ce que pour constater qu’en matière de gaieté, de malice et d’imagination, un réalisateur octogénaire peut encore en remontrer à moults de ses suivants. (Déjà sur les écrans)
Recommandation : en priorité

- « Port Authority » de Danielle Lessovitz- Avec Leyna Bloom, Fionn Whitehead, etc…
Quand, sortant de prison et sans un sou en poche, Paul (Fionn Whitehead, excellent) débarque un jour à Port Authority, le plus grand terminal de bus de New York,  il n’a pas d’autre solution que d’accepter le premier boulot  qui se présente à lui . Au cours de ses pérégrinations, il va rencontrer, dans un club gay et transsexuel, Wye, une jeune danseuse noire adepte du « voguing ». Fasciné par son charme, sa liberté d’être et… sa façon de bouger, il en tombe amoureux. Ses sentiments vont-ils changer quand il s’apercevra que Wye est une transsexuelle ?
Transposée dans l’univers des « ballrooms », voilà une histoire à la Roméo et Juliette qui n’aurait pas déplu au grand William Shakespeare, lui qui, dans ses pièces, aimait tant jouer, sur fond de violence, avec les travestissements,  les sens et les sentiments. Si on regrette que le scénario reste un peu trop extérieur au personnage de Wye, on ne peut qu’être fasciné par celle qui l’incarne, Leyna Bloom, l’icône newyorkaise de la culture LGBT. Ajouter que ce film, produit par Martin Scorcese fut présenté au dernier festival de  Cannes dans la catégorie Un Certain regard, ce qui est un signe de sa belle singularité.
Recommandation : bon

- « Downton Abbey » de Michael Engler - Avec Maggie Smith, Michelle Docker, etc…
Diffusée dans 250 pays, la vie de la famille Crawley et de ses domestiques à Downtown avait fait vibrer, pendant 55 heures d’horloge, le temps  de six saisons, des millions de téléspectateurs. Quatre ans après l’arrêt de cette série culte, en voici un nouvel épisode, décliné, cette fois en version cinématographique. L’action commence là où son créateur, Jullian Fellowes, l’avait laissée, à la fin des années 20… Dans son château bardé de tourelles, la famille Crawley est sur des charbons ardents : le roi George V, son épouse, la reine Mary, quelques uns de leurs proches et tous leurs serviteurs, ont annoncé leur arrivée. Dans le manoir, des salons d’apparat aux cuisines, c’est le branle bas de combat…
Rassurons tout de suite les fans ! Dans ce film réalisé par Michaël Engler, ils vont retrouver, à  l’exception de Lily James, tous les acteurs de leur série culte , de la ravissante Michelle Dockery à l’irrésistible et truculente Maggie  Smith. Beauté des images, fluidité de la réalisation, ironie des dialogues, bagarres domestiques… Les autres ingrédients qui avaient fait le succès de leur série fétiche sont là aussi. Mais attention, cette suite étant une vraie… suite, elle risque de passer au dessus de la tête de ceux qui avaient raté ses premiers épisodes.
Recommandation : bon

- « Les petits maitres du grand hôtel » de Jacques Deschamps- documentaire
Quand Jacques Deschamps arrive à l’hôtel Lesdiguières de Grenoble, il se rend vite compte que cet établissement n’est  pas tout à fait comme les autres : le personnel est jeune, sympathique, mais maladroit et, comme sans cesse surveillé… Quand il apprend que cet hôtel est ce qu’on appelle un « hôtel » d’application - des élèves  y apprennent les métiers du tourisme et de l’hôtellerie-, le sang de documentariste de Jacques Deschamps ne fait qu’un tour : il décide de réaliser un film. Dans cet hôtel pas comme les autres, ses caméras vont rester un an, le temps de voir ses débutants se transformer en véritables professionnels, au cours d’un apprentissage qui ne va pas être de tout repos. Le sujet risque d’être un peu trop austère ? Fan de jacques Demy, le cinéaste le tourne sous forme de comédie musicale… Le résultat est ce film, certes, un peu artificiel, mais charmant et drôle, et surtout très intéressant sur les conditions de formation de ces jeunes.
Recommandation : bon

- « Steve Bannon, le grand manipulateur » d’Alyson Klayman- Documentaire
Réputé pour avoir été le stratège de Donald Trump, Steve Bannon, pourtant remercié par le président américain depuis avril 2017, est toujours, à ce jour, la figure la plus emblématique de l’ultra-droite américaine.  Controversé en son pays, cet ancien banquier qui fut aussi cinéaste, exporte aujourd’hui son idéologie auprès des partis nationalistes européens…
Après avoir réalisé un documentaire sur l’artiste chinois dissident Ai Weiwei, la réalisatrice  Alison Klayman a suivi pendant plus d’un an ce curieux animal politique… Cela donne ce film, certes, passionnant et utile, mais dont on se demande si, au bout du compte, il ne sert pas plus Bannon qu’il ne le dessert et ne le dénonce, comme le souhaitait pourtant sa réalisatrice, démocrate convaincue.
Recommandation : bon

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