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Le Traître

Avec ce portrait du mafieux Tommaso Buscetta, l’un des plus célèbres repentis de Sicile, Marco Bellochio, signe à 79 ans, ce qui est sans doute son plus grand film. Impressionnant !
De Marco Bellochio
Avec Marco Bellochio. Avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cãndido, Fabrizio Ferracane…

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 30 oct . 2019

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Il s’agit de faits et de personnages réels…

Au début des années 80, la guerre des clans fait rage au sein de la  Cosa Nostra. Profitant d’une trêve fragile avec son chef le plus sanguinaire, le corléanais Totò Riina, le parrain du district historique de Palerme, Tommaso Buscetta, s’exile au Brésil avec sa nouvelle femme. Mais deux de ses fils restés en Sicile, sont assassinés, victimes de la guerre des mafieux qui a repris de plus belle dans l’île italienne. Capturé et torturé par la police brésilienne, Buscetta n’avoue rien et demande son extradition en Italie. Son objectif : se confier au juge Falcone, un magistrat incorruptible qui lutte contre la mafia. L’ancien parrain n’accepte pas que ses successeurs aient trahi leur code d’honneur en se lançant dans le trafic d’héroïne et en s’attaquant désormais aveuglément aux femmes et aux enfants.

 Les révélations de celui qui n’acceptera pourtant jamais d’être traité de « repenti » vont permettre près de 500 arrestations, ce qui restera  - encore à ce jour- le plus grand coup de filet jamais réalisé chez les mafieux, et aboutira à un ubuesque maxi-procès qui s’étendra sur plusieurs années. 

A travers le portrait intime de Buscetta, ce sont quinze ans de l’histoire  sanglante et mouvementée de la Mafia sicilienne qui nous sont racontées là.

Points forts

D’abord ce qui est toujours à l’origine d’un bon film : le scénario. Il a fallu du souffle, de la psychologie, un regard d’historien et un bel esprit de synthèse à Marco Bellochio pour écrire ce film-fresque qui emprunte à plusieurs genres (portrait intime, saga, thriller, film noir..) avec une maestria époustouflante. De la première séquence à la dernière, tout est tenu, maîtrisé, subtil, signifiant, sans « gras » ni superflu.

On sait qu’en matière de mise en scène, le réalisateur de Vincere et de Buongiorno, notte est un maître. Mais à 79 ans, il s’est surpassé. Délaissant tout effet spectaculaire, Le Traître est d’une fluidité et d’une virtuosité qui laissent pantois.

La distribution est évidemment à la hauteur de l’ambition du film, et donc cinq  étoiles. Mention spéciale à PierFrancesco Favino. Par son jeu d’une retenue et d’une subtilité impressionnantes le comédien italien, qui est de tous les plans ou presque, donne à comprendre, la complexité de la personnalité de Buscetta. Mention spéciale aussi à Nicola Calì qui campe avec une férocité butée l’impitoyable et sanglant Totò Riina.

Points faibles

Aucun

En deux mots ...

« La trahison est un thème récurrent et inlassablement exploré au cinéma justement parce qu’il propose une réflexion sur le changement. Un homme, au cours de sa vie, peut-il réellement et profondément changer, ou n’est-ce que simulacre ? Le changement est-il un moyen de guérir ou de se repentir ? Buscetta, qui refusa toute sa vie l’appellation de « repenti », s’est-il inscrit dans cette démarche de guérison, de rédemption afin de devenir un homme nouveau ? Ou a-t-il créé sa propre justice ? » ( Marco Bellochio, réalisateur).

Un extrait

Il y avait eu le Parrain de Francis Ford Coppola, Casino de Martin Scorsese. Il y a désormais , sur la plus haute marche du podium des meilleurs films de gangsters mafieux, Le Traître. Tension, souffle, violence, poésie, rythme, ampleur, interprétation aussi… S’il y avait eu une logique, ce film magnifique, à la fois tragique, mélancolique et jubilatoire, n’aurait pas dû repartir bredouille du Festival de Cannes où il avait été présenté en Compétition officielle. Espérons que le jury des Oscars où il concourt dans la catégorie du meilleur film étranger, saura le célébrer avec toute la reconnaissance qu’il mérite.

Le réalisateur

Né le 9 novembre 1939 à Bobbio en Italie, Marco Bellochio quitte l’Université pour intégrer l’Académie d’Art dramatique de Milan avant de passer par le Centre Expérimental de Cinéma de Rome et l’École des Beaux Arts de Londres. Après quelques courts métrages, il se lance dans le long, en 1965, avec Les Poings dans les poches, remarqué par la critique. Rompant avec le néoréalisme qui prévaut alors sur les écrans de son pays, il crée des œuvres baroques et engagées qui passent au vitriol les fondamentaux de la société italienne : la religion, avec, en 1971, Au nom du père ; la famille, avec en 1979, Le Saut dans le vide, qui vaudra à chacun de ses deux interprètes principaux, Anouk Aimée et Michel Piccoli, un Prix d’Interprétation à Cannes ;  et l’armée, avec, en 1976, La Marche triomphale.

A partir de 1980, le cinéaste change et adopte une approche moins provocatrices de ses personnages. Ce seront Les Yeux, la Bouche en 1982, ou encore Henri IV, le roi fou en 1984. Sagesse passagère puisque la plupart de ses films suivants créeront des polémiques. Par exemple, en 20O2, Le Sourire de ma mère sur l’Eglise catholique  avec Sergio Castellitto, va s’attirer les foudres du Vatican. Deux ans plus tard, son Buongiorno, notte, qui revient sur l’assassinat d’Aldo Moro fera trembler un pays encore marqué par les « Années de plomb ».

L’âge n’assagit pas le réalisateur italien. Pour preuve, notamment, en 2010, Vincere, un biopic sur la  maîtresse de Mussolini ,en 2012, La Belle Endormie, un drame qui traite du problème de l’euthanasie, et cette année, ce Traître, une tragédie sanglante qui fait revivre la fin d’une époque pour la Mafia.

Et aussi

 

« Mon Chien stupide » de Yvan Attal. Avec Charlotte Gainsbourg, Yvan Attal, Pascale Arbillot…
 

Henri, jadis écrivain à succès n’a plus rien écrit de bon depuis 25 ans. Dans sa belle maison de la côte basque, il vivote, désabusé, de scripts, bâclés, pour la télé.  Devenu atrabilaire, d’une mauvaise foi crasse et d’un égotisme sévère, il impute son manque d’inspiration et son désenchantement à sa famille, à sa femme dépressive et qui l’ignore, et à ses enfants, qu’il trouve insupportables. Et voilà qu’un jour un chien, un mâtin de Naples va débarquer chez lui. Il pue, bave, ronfle, est priapique, mais Henri succombe… Cette cohabitation canine, souhaitée, assumée et même revendiquée, va être l’occasion, pour lui, de faire le point  sur l’état de ses relations avec sa femme et ses enfants et pour nous, d’assister à une comédie au vitriol sur le couple et la famille.

Pour son sixième long métrage, Yvan Attal a choisi d’adapter le roman culte de l’Américain John Fante, paru en France dans les années 80, et qui traite de l’usure et des dérives des vies conjugale et familiale… Le cinéaste a-t-il connu les mêmes tourments, lui qui est marié avec Charlotte Gainsbourg  depuis 28 ans ? En tous cas, il s’est mis aussi devant la caméra avec son épouse. Bien malin sera celui qui saura démêler les parts de la fiction et de la réalité dans cette comédie aussi drôle que grinçante, cruelle par moments, tendre à d’autres. En sortant de ce film, on n’aura qu’une certitude : Henri aime sa femme et vice versa. 

Recommandation : excellent.

 

« Oleg » de Juris Kursietis. Avec Valentin Novopolskij, Dawid Ogrodnik, Anna Prochniak

Parti de Riga en Lettonie pour venir travailler dans un pays de la communauté européenne  de l’Ouest, Oleg, boucher de profession, finit par trouver un job dans une usine à viande de Bruxelles. Un jour, il se voit accusé à tort d’avoir provoqué un accident. Une de ses connaissances polonaises lui propose  alors de l’aider à retrouver un emploi. Pour le jeune letton, c’est le début d’un engrenage : le Polonais en question est en fait un mafieux qui va lui confisquer ses papiers et le réduire à moins que rien. Encore plus handicapé par le fait qu’il ne parle que sa langue natale, Oleg va tout faire pour sortir de ce calvaire…

Quel film ! Dès les premières minutes, transplanté dans l’envers du décor du rêve européen pour ces immigrés qui débarquent sans papiers, on sait qu’on va assister à une implacable descente aux enfers. Avec la caméra arrimée à son épaule pour capter au plus près le désespoir, la misère et l’enfermement de son anti-héros, le réalisateur letton Juris Kersietis transforme le spectateur en témoin impuissant d’un exemple de ce qu’il faut bien appeler l’esclavagisme des temps modernes. Inspirée d’une histoire vraie, la démonstration du cinéaste, très réaliste, est implacable. La scène finale, magnifique, sauve du désespoir, et le héros du film, et le spectateur. Au dernier festival de Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs, Oleg avait impressionné le public, comme la critique.

Recommandation : excellent.

 

« Retour à Zombieland » de Ruben Fleisher. Avec Woody Harrelson, Emma Stone, Jesse Eisenberg, Abigail Breslin…

 Coucou les revoilou ! Dix ans après nous avoir souhaité la Bienvenue à Zombieland où ils “dessoudaient” du zombie à tout va, Tallahassee, Columbus, Wichita et Little Rock ont repris du service. Chic ! cette  bande des quatre n’a pas pris une ride. Toujours aussi déjantée et inventive, elle enchaîne les gags et les actions, à la vitesse grand V. Pour qui aime l’horreur et l’épouvante, les purées de cervelle et autres joyeusetés, cette suite est jubilatoire. Derrière la caméra, Ruben Fleisher est en pleine forme. Devant, les acteurs, aussi. Si vous aimez le gore et le fun vous serez comblé. Un régal !

Recommandation : excellent.

 

« Un Monde plus grand » de Fabienne Berthaud. Avec Cécile de France,  Ludivine Sagnier, Arieh Worthalter…

Inconsolable de la mort de son mari, Corinne ( Cécile de France) décide de partir pour la Mongolie afin d’enregistrer des chants traditionnels. Arrivée dans le pays de Gengis Khan, elle apprend par une chamane qu’elle a un don. Commence alors pour la jeune femme une longue initiation qui va l’aider à faire enfin son deuil, et surtout lui faire découvrir qu’elle possède des pouvoirs surnaturels…

Inspiré par l’histoire vraie de Corinne Sombrun – une Française formée à la transe par une femme membre de la tribu des Tsaatan –  ce film, tourné au milieu des cerfs, dans la steppe mongole, se regarde comme une fable contemporaine sur la résilience. Qu’on croit, ou pas, à l’efficacité thérapeutique des rites mis en scène ici, on est fasciné par l’engagement physique de Cécile de France. Quelle actrice ! 

Recommandation : bon

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