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LES MISÉRABLES

AVEC LES MISÉRABLES, RÉCOMPENSÉ AU DERNIER FESTIVAL DE CANNES, LE RÉALISATEUR LADJ LY CASSE LA BARAQUE
De LADJ LY
Avec AVEC DAMIEN BONNARD, ALEXIS MANENTI, DJEBRIL DIDIER ZONGA…

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 20 nov . 2019

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

C’est par une liesse collective que démarre le film.  Nous sommes le 15 juillet 2018. L’équipe de France vient de gagner la Coupe du monde de football.

 Maquillées de bleu-blanc-rouge, toutes les villes de l’Hexagone dansent à l’unisson sur la Marseillaise.

 En Seine Saint-Denis, Montfermeil aussi est de la fête. C’est le jour où Stéphane, (Damien Bonnard) arrive dans la cité. Tout juste débarqué de Cherbourg, il vient prendre son poste à la brigade anti-criminalité où il rencontre ses nouveaux coéquipiers, Chris (Alex Manenti) et Gwada (Djebril Zonga), deux flics chevronnés qui sont très différents.

 Le premier est raciste, bavard et brutal, le second, plus calme,  plus diplomate et plus taiseux. Il va suffire d’une seule « tournée » pour que Stéphane découvre les tensions entre les différents clans et bandes du quartier.

 Quelques jours après, alors qu’ils se trouvent débordés dans une interpellation consécutive au vol d’un lionceau appartenant aux gitans d’un cirque voisin, l’un d’eux touche un gamin d’un tir de Flash-Ball en plein visage. Parce qu’un drone l’a filmée, la bavure met le feu aux poudres. Flics, voyous… La ville entière va s’embraser.

Points forts

– Né d’un fait divers (en 2008, le tabassage injustifié d’un gamin noir par un flic de Montfermeil), nourri des expériences personnelles de son réalisateur (de l’histoire du drone à celle du vol du lionceau, en passant  par l’arrivée du nouveau flic dans le quartier, cet enfant du 9-3 a tout vécu), Les Misérables est une fiction qui a la force d’un documentaire.

– Cette fiction, qui dresse le portrait d’une banlieue en ébullition, est d’autant plus formidable qu’elle a su échapper à la pire des chausse-trappes, celle du manichéisme. Adultes ou jeunes, flics ou voyous, les personnages sont filmés sans  aucun parti pris. Selon les situations, ils sont tour à tour sympas, dégueulasses, attendrissants, brutaux, sentimentaux, etc. C’est leur complexité individuelle qui donne sa richesse au film, sa vérité, sa sincérité et aussi son humanisme. 

– Ici Ladj Ly ne juge pas les individus. Il dénonce un système dont tout le monde finit par être victime, policiers comme hors-la-loi. C’est d’ailleurs en cela que l’on peut dire que son film est très politique.

- Sur le plan purement formel, Les Misérables est un petit chef d’œuvre. Cadres d’une efficacité impressionnante, photo  d’une grande beauté, direction d’acteurs d’une précision horlogère, montage du même tonneau.  Difficile de trouver des comparaisons. Le style, virtuose, de Ladj Ly n’appartient qu’à lui même. Pour un premier film, c’est exceptionnel.

Points faibles

 A part l’étonnement suscité par l’absence de femmes dans le film,  aucun.

En deux mots ...

Après avoir créé le choc au dernier Festival de Cannes dont il est reparti avec le Prix du Jury, Les Misérables, qui sort cette semaine sur 450 écrans  a été choisi pour représenter la France aux Oscars. Il a parallèlement été déjà vendu dans 36 pays. C’est dire  l’intérêt qu’il suscite dans le constat qu’il fait de la France des banlieues.

Un extrait

« Les Misérables n’est ni « pro-caillera », ni « pro-keuf ». J’ai essayé d’être le plus juste possible. La première fois que je me suis fait contrôler, j’avais dix ans, c’est dire si je connais bien les flics, si j’ai vécu à côté d’eux… Je me suis dit que je pouvais me mettre dans la peau d’un flic et raconter un bout du film de leur point de vue » (Ladj Ly, réalisateur).

Le réalisateur

Né en 1980, l’année où ses parents maliens viennent s’installer en France, Ladj Ly a grandi à Montfermeil entre son père éboueur à la Mairie de Paris et sa mère, femme au foyer. 

C’est là qu’il rencontre Kim Chapiron, le fils de Kiki Picasso. Quand, en 1995, ce dernier crée le collectif Kourtrajmé avec Romain Gavras (le fils du réalisateur Costa-Gavras), le jeune Ladj Ly devient  d’abord acteur, avant de s’initier au cinéma en tant que réalisateur en 1997 avec un premier court-métrage Montfermeil Les Bosquets.

 En 2004, alors que parallèlement il tourne des making of, il s’associe au photographe JR  pour coécrire le documentaire 28 Millimètres.

Après les émeutes de 2005 déclenchées par la mort de deux jeunes dans un transformateur électrique à Clichy-sous-Bois, il décide de filmer son quartier pendant un an et d’en faire un documentaire. Ce dernier sort en 2007 sous le titre 365 jours à Clichy-Montfermeil.

 En 2014, il part au Mali pour témoigner d’une région où milices et Touaregs se préparent à la guerre. Ce sera 365 jours au Mali.

En 2017, de retour à Montfermeil, il revient au court métrage : Les Misérables sera nommé aux César 2018. La même année, le cinéaste co-réalise avec Stéphane de Freitas  A Voix Haute. Ce documentaire sur les concours d’éloquence en Seine Saint-Denis sera aussi nommé aux César. Dans la foulée, Ladj Ly décide de transformer Les Misérables en long métrage. C’est le premier film de fiction qu’il réalise en solo.

Et aussi

 

– « LES ÉBLOUIS » DE SARAH SUCO – AVEC CAMILLE COTTIN, ERIC CARAVACA, JEAN-PIERRE DARROUSSIN, CÉLESTE BRUNQUELL…

Camille 16 ans, passionnée de cirque est l’ainée d’une famille nombreuse. Un jour ses parents, catholiques pratiquants intègrent une communauté religieuse officiellement basée sur le partage et la solidarité, en réalité, pratiquant un mode de vie intégriste. Petit à petit, Camille va devoir se soumettre à un nouveau mode de vie, qui va la priver de sa liberté et la plonger dans l’enfer de l’embrigadement. Elle va  finir par se rebeller pour qu’elle et ses frères et sœurs échappent à cet environnement destructeur et liberticide.

A 35 ans, l’actrice Sarah Suco, repérée notamment dans Discount et les Invisibles, est passée derrière la caméra pour explorer et dénoncer le phénomène des dérives sectaires. Un phénomène qu’elle connaît  bien puisqu’elle-même a vécu dans une communauté charismatique avec ses parents et ses frères et sœurs, pendant dix ans. Elle mène ici son récit sans pathos ni cliché, avec une simplicité et une efficacité qui laissent pantois.

 Il faut dire qu’en plus d’avoir un sens scénaristique aigu, elle a su s’entourer d’acteurs dont la sincérité de jeu force l’admiration, notamment Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean-Pierre Darroussin, et surtout Céleste Brunquell, éblouissante dans le rôle principal. 

Il faut retenir le nom de cette jeune comédienne car on n’a sûrement pas fini d’entendre parler.

Recommandation : excellent

 

– «  VIVRE ET CHANTER » DE JOHNNY MA – AVEC ZHAO XIAOLI, GAN GUIDAN, YAN XIHU…

Dans la banlieue de Chengdu, une petite troupe d’opéra traditionnel du Sichuan essaie de survivre envers et contre tout et tous. Non seulement son public vieillit et se raréfie, mais le quartier où est implanté son théâtre est condamné à plus ou moins long terme à la démolition.

 Quand elle reçoit l’avis définitif de l’arrivée des bulldozers, sa directrice, l’énergique et entêtée Zhao Li, cache la nouvelle et décide de se battre pour que  la Compagnie trouve un autre lieu où elle pourra continuer de « vivre et de chanter ». S’engage alors une lutte pour la survie de son art.

Cela pourrait être triste et pesant, c’est captivant et drôle, même si, par moments, affleure la nostalgie. Le filmage est formidable et la photo, soignée et magnifique. On est à la fois au théâtre et dans la vraie vie, et parfois les deux se confondent. La sincérité des acteurs est d’autant plus bouleversante que, pour la plupart, ils jouent leur propre rôle… Empruntant à la fois aux Herbes flottantes de Ozu et aux Chaussons rouges de Pressburger et Powell, ce film, dû au réalisateur chinois Johnny Ma, avait été une des jolies surprises de la Quinzaine des Réalisateurs au  dernier festival de Cannes.

Recommandation : excellent.

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