Cinéma/Séries TV

Les parfums

Une comédie dramatique aux fragrances et aux émotions délicates…
De Grégory Magne
Avec Emmanuelle Devos, Grégory Montel, Gustave Kervern...

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 01 juil . 2020

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Grâce à son talent exceptionnel  Anne Walberg ( Emmanuelle Devos) a été une célébrité dans le petit monde des créateurs de parfums. Mais est-ce son tempérament de vieille fille sèche et bougonne? Ou sa façon de vivre en diva égoïste et autoritaire ? En tout cas, l’ex-star des fragrances subit une sorte de traversée de désert. Pour tenter d’en sortir, elle va accepter une mission en province pour laquelle elle embauche un chauffeur. Mais ce dernier ( Grégory Montel) n’est pas décidé à supporter sans broncher les caprices et les mauvaises humeurs de sa nouvelle patronne… Au fil de leur road movie, ces deux êtres, que exceptée leur solitude, tout oppose, vont se dévoiler. Une mise à nu qui leur permettra de retrouver leur confiance en eux…

Points forts

– Le scénario. Explorer une relation entre un homme et une femme où pour une fois, l’amour n’entre pas en ligne de compte… Quelle jolie idée ! Elle permet au réalisateur de rappeler, avec une indéniable élégance stylistique, que la solidarité n’est pas une affaire de classe sociale mais d’êtres humains. Autre atout de cette histoire: elle lève un voile sur le métier de « nez », une profession rarement évoquée à l’écran et dont on découvre ici à quel point elle requiert non seulement de l’odorat, mais de la subtilité, de l’audace, de l’intuition, de la passion et un sacré savoir-faire en matière de dosages.

– La distribution. Dans son rôle de « nez », Emmanuelle Devos joue les stars, en apparence exécrables, avec la subtilité qu’on lui connaît. Dès le début du film, sous ses allures de femme hautaine et asociale, elle laisse percevoir la femme délicate et sensible qu’elle se défend d’être. Grégory Montel est pour sa part plus que parfait dans son personnage contradictoire de chauffeur râleur et de père désespéré. Ces deux comédiens  font la paire, mal assortis au début, mais qui vont si bien se trouver. Dans des seconds rôles, Gustave Kervern et Jérémy Lopez sont, eux aussi, aussi justes que réjouissants.

Points faibles

Certains pourront reprocher à ce film son classicisme. Mais d’autres trouveront au contraire que ce classicisme sert le propos du film, qu’il accompagne son élégance.

En deux mots ...

Bâtir un film sur un duo de personnages contraires qui doivent se supporter… L’idée n’est pas nouvelle. Mais l’intérêt de ce film est ailleurs, dans la délicatesse de ses dialogues, dans ses couleurs, dans son rythme, faussement nonchalant, et surtout dans ce qu’il génère d’émotions chez celui qui le regarde. Car on rit et on pleure tour à tour devant ses personnages qui cachent leurs blessures comme ils peuvent, pour elle,  derrière une apparence hautaine, pour lui  sous une fausse insolence. Les Parfums exhale une fragrance têtue et délicate qui persiste longtemps.  

Un extrait

« Il ne s’agissait pas de faire un film savant sur les « nez »… Mais il fallait être réaliste et précis dans la terminologie comme dans la manière de le jouer. Une fois le film écrit, je l’ai donc fait lire à plusieurs « nez » qui m’ont apporté des précisions… Même si cette profession évolue, il y a encore assez peu de femmes. C’est pourtant l’une d’elles, Christine Nagel, le « nez » d'Hermès, qui a conseillé Emmanuelle Devos. Elle lui a ouvert son atelier et lui a proposé de composer son propre parfum, ce qui lui a permis d’apprendre tous les gestes, toutes les habitudes ». (Grégory Magne, réalisateur).

Le réalisateur

Originaire de Saint-Florentin, Grégory Magne a grandi dans l’Yonne. Après ses études secondaires, il s’amourache de la mer et de la voile. En 2007, il part traverser l’Atlantique en solitaire de La Rochelle à Salvador de Bahia au Brésil. Il s’en va sans aucun moyen de communication, mais il embarque à son bord -un voilier de 6m50- une caméra avec laquelle il va filmer son quotidien. Il en tirera l’année suivante son premier film Vingt quatre heures par jour de mer. Le jeune réalisateur navigue ensuite  entre documentaires et fictions, scénarios et réalisations. En 2012, il écrit et réalise avec Stéphane Viard son premier long métrage de fiction, L’air de rien, une comédie grinçante dans laquelle Michel Delpech incarne un…Michel Delpech criblé de dettes. Ce film révèle Grégory Montel dans son premier rôle. C’est ce comédien que Grégory Magne a choisi de retrouver pour son deuxième film, qui arrive enfin sur les écrans - sa sortie était initialement prévue le 25 mars -, auréolé du très joli succès qu’il avait remporté au dernier festival de Sarlat.

Et aussi

 

« IRRÉSISTIBLE » DE JON STEWART – AVEC STEVE CARELL, ROSE BYRNE, MACKENZIE DAVIS, CHRIS COOPER…

Consultant démocrate n’ayant pas digéré la victoire de Trump à l’élection présidentielle, Gary Zimmer (Steve Carell) se réjouit : ayant vu, dans une vidéo amateur, un ancien colonel des marines en retraite du nom de Jack Hastings prendre la défense des droits des travailleurs sans papiers de la petite ville de Deerlaken, il croit avoir trouvé la solution pour arriver à faire basculer l’électorat du Wisconsin dans l’escarcelle démocrate : il va se rendre à la ferme de l’ancien militaire et tenter de convaincre ce dernier de se présenter aux élections municipales sous la bannière du parti qu’il défend. «  Look républicain, mais idées démocrates ». Et au début, ça marche ! Mais le buzz de cette candidature inattendue grossissant, le camp ennemi va réagir en envoyant sur le terrain une de ses meilleures stratèges. La bataille politique née dans une petite commune rurale va devenir nationale… Bienvenue dans le marigot politique américain !

A quatre mois des élections américaines où Donald Trump, sauf surprise, devrait remettre son titre en jeu, voilà une comédie qui tombe à pic ! Menée par un Steve Carell au meilleur de sa forme, elle dissèque les tactiques crapuleuses des « chargés de com » des partis et montre les dessous du cirque médiatique qui en résulte. Cette critique satirique du système politique américain fait rire autant qu’elle glace. Bien qu’un peu linéaire, elle est édifiante et hilarante.

Recommandation : (presque) excellent.

 

« MIDNIGHT RUNNER » DE HANNES BAUMGARTNER – AVEC MAX HUBACHER, SYLVIE ROHRER…

Jonas Widmer est un des meilleurs coureurs de fond de Suisse. Pour réaliser son rêve d’être sélectionné pour le marathon des Jeux Olympiques, il s'entraîne dur, sans jamais se plaindre. Parallèlement, il gagne sa vie comme cuisinier et emménage avec sa petite amie Simone. Parce qu’il a l’existence saine et bien réglée d’un sportif de haut niveau, personne, pas même son coach, ne peut soupçonner que Jonas est incapable d’exprimer la moindre souffrance émotionnelle et qu’il a des pulsions meurtrières…

C’est à l’observation de la psyché de cet athlète et à celle de la montée de sa violence, que nous invite ce film captivant inspiré de l’histoire vraie de Mischa Ebner, celui que, dans sa Suisse natale, on avait surnommé « Le tueur de minuit ». C’était un agresseur multirécidiviste qui s’attaquait violemment à des femmes seules la nuit et qui finit par en tuer une, avant d’être arrêté.

Si Midnight Runner captive autant c’est parce que son réalisateur propose une observation presque clinique de son héros. Il n’y a ici ni jugement ni non plus recherche de justification pour les actes commis. Il y a juste une « traque » qui ne dit pas son nom, et à la fin, la panique d’un criminel qui se sent pris au collet. Max Hubacher, le comédien qui joue Jonas est sensationnel de détachement et de froideur.

Recommandation : excellent.

 

« BROOKLYN SECRET » – D’ISABEL SANDOVAL – AVEC ISABEL SANDOVAL, EAMON FARREN, LYNN COHEN…

Olivia, transsexuelle, travaille comme aide-soignante auprès d’Olga, une grand-mère russe ashkénaze de Brighton Beach à Brooklyn. Fragilisée par sa situation d’immigrante philippine sans papiers dans l’Amérique de Trump, elle paie secrètement un Américain pour qu’il lui arrange un mariage blanc. Au moment où ce dernier se rétracte, elle fait heureusement  la connaissance du petit fils d’Olga. Avec lui, elle va enfin oser vivre une vraie histoire d’amour…

Pour son troisième film la réalisatrice Isabel Sandoval revient une fois encore sur « le féminin ». Mais Brooklyn secret a une résonance particulière : sa réalisatrice, philippine  vivant, comme son héroïne, aux États-Unis (mais avec une Green Card), l’a écrit juste après sa propre « transition ». On comprend pourquoi son film qui dénonce la condition des immigrées aux Etats Unis et aussi celle des « trans » dégage de bout en bout une sincérité et une sensibilité bouleversantes. Elle joue elle-même Olivia, victime, combattante, à fleur de peau.

Recommandation : bon.

 

« FILLES DE JOIE » D’ANNE PAULICEVICH ET FRÉDERIC FONTEYNE – AVEC SARA FORESTIER, NOÉMIE LVOVSKY, ANNABELLE LENGRONNE…

Axelle, Dominique et Conso partagent un secret. Elles mènent une double vie. Tous les jours, elles se retrouvent sur le parking de leur cité de la banlieue de Roubaix pour prendre la route et aller travailler en Belgique, dans une maison close. Là, perchées sur des talons aiguilles et enrubannées de froufrous, elles se transforment en Belles de jour

sous les prénoms d’Athéna, Circé et Hera. On les retrouve aussi, après, le soir, quand elles abandonnent leurs tenues de séductrices et reprennent leurs vraies vies, mère de famille célibataire pour l’une, infirmière sous le joug d’un mari pour l’autre, maîtresse d’un homme marié pour la troisième. Ce sont des héroïnes de ces quotidiens précaires comme des millions d’autres femmes en subissent. Sauf qu’elles n’acceptent pas cette vie et ont pour elles d’être solidaires. Quand l’une flanche ou est en danger, les deux autres accourent…

Filles de joie est à la fois une histoire de précarité mais aussi de solidarité féminine dans le monde des maisons closes. Il n’a rien à voir avec l’Apollonide. Là où le film de Bertrand Bonello n’était qu’esthétisme et sophistication, celui d’Anne Paulicevich et Frédéric Fonteyne n'est que réalisme brut, tenant presque, par moments, du reportage. C’est un parti pris intéressant. Dommage que le scénario manque de tenue et de cohérence. Ce bémol est compensé par les trois actrices du film, formidables de naturel, de complexité et de culot.

Recommandation : bon.

 

« JUMBO » DE ZOE WITTOCK – AVEC NOÉMIE MERLANT, EMMANUELLE BERCOT…

Jeanne, jeune femme introvertie et névrosée vit une relation fusionnelle avec sa mère, l’extravagante et envahissante Margarette. Alors qu’aucun homme ne parvient à l’approcher, elle va développer d’étranges sentiments pour le manège star du parc d’attractions où elle travaille la nuit comme femme de ménage et qu’elle a drôlement baptisé Jumbo. Cela, sous le regard ébahi de sa mère et celui de son boss qui en devient jaloux…

Prendre « l’objectophilie » comme thème central d’un film… Le moins qu’on puisse dire est que pour son entrée dans la réalisation de longs métrages, la belge Zoé Wittock n’a pas eu peur de s’aventurer hors des sentiers rebattus des traditionnelles comédies sentimentales entre deux êtres humains, du même sexe, ou non. Dans le genre histoire d’amour hors-norme, il y avait eu l’année dernière Yves, le film de Benoît Forgeard où Doria Tillier tombait amoureuse d’un frigo. Mais l’histoire était traitée sur un mode loufoque. Zoé Wittock donne à la sienne un ton plus dramatique, plus psychanalytique. Si Jeanne la solitaire aime Jumbo, c’est parce qu’en réalité, les contacts charnels avec les humains la terrifient. Ce parti-pris donne beaucoup d’émotion au film. Dans le rôle de Jeanne, Noémie Merland ( Portrait de la Jeune fille en feu) est magnifique, à la fois sauvage et enfantine. Aux côtés d’Emmanuelle Bercot qui joue sa mère avec une belle alacrité, la comédienne réussit à faire oublier les faiblesses du scénario. C’est un beau compliment!

Recommandation: bon.

Commentaires

Anonyme
Le 08 juil. 2020
à 13h18

Si tout est "excellent" ou "bon", à quoi... bon des chroniques?

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