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Cinéma/Séries TV

L’HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI

Réédition restaurée du chef-d'œuvre longtemps introuvable de John Huston, qui offrit à Sean Connery l’un de ses plus grands rôles…
De John Huston
En DVD et BLU-RAY, version restaurée, édition collector ( 2000 exemplaires) avec un livret illustré de photos de Samuel Blumenfeld - WILD SIDE VIDEO-
Avec Sean Connery, Michael Caine, Christopher Plummer…

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 23 déc . 2020

Recommandation

4,0En prioritéEn priorité

Thème

 Les Indes, fin du XIX° siècle. Peachy Carnehan (Michael Caine) et Daniel Dravot (Sean Connery), deux anciens sergents de l’armée britannique et francs-maçons se lient d’amitié avec un autre frère Trois Points, le journaliste et écrivain Rudyard Kipling (Christopher Plummer). Mi-canailles et  mi-aventuriers, les deux compères en mal d’action et de sensations fortes annoncent qu’ils veulent rejoindre le Kafiristan, un pays situé derrière l’Afghanistan qu’aucun occidental n’a foulé depuis Alexandre le Grand. Ils ont comme projet d’en devenir les souverains et de faire fortune …Ils entament alors leur périple, qui va s’avérer à la fois grandiose, terrible et parsemé de chausse-trappes. L’épopée se conclura  par le succès de leur entreprise (Dravot sera intronisé roi), mais cette victoire sera de courte durée…

Points forts

-L’incandescence de la rencontre entre un écrivain et un réalisateur. A l’origine du film de Huston, il y eut d’abord la passion qu’éprouve un enfant prénommé John (qui ne sait pas encore qu’il sera réalisateur) pour un auteur qui le fait rêver, notamment avec son ouvrage intitulé Le livre de la jungle. Et puis, en 1952, par ce petit garçon devenu cinéaste, il y eut la découverte d’une nouvelle de son auteur fétiche intitulée L’homme qui voulut être roi. Le choc est tel que John pense immédiatement l’adapter pour le grand écran. «  Je suis dingue de la nouvelle de Kipling » écrit-il à l’époque. Il lui faudra pourtant 23 ans pour parvenir à ses fins. Mais quand il y arrive enfin, en 1975, sa passion est demeurée intacte.C’est elle qui porte le film. Elle est présente dans chaque plan et chaque réplique. Et c’est magnifique.

-La  justesse de la distribution. Au début du projet, Huston pense à Gable et Bogart pour Peachy Carnehan et Daniel Dravot, les deux rôles principaux. Mais les années passent…Ces rôles seront dévolus à Mitchum et de nouveau à Gable, puis à Newman et à Redford. Mais Redford, qui pense - à juste titre- qu’il faut des acteurs britanniques pour les jouer, suggère Caine et Connery. Vendu!  Ce seront donc ces deux interprètes-là, qui seront, chacun dans leur personnage, sensationnels. Face à eux, Christopher Plummer composera un Kipling plus intense que nature.

-Le  double culot de la narration. Non seulement Huston introduit le personnage de Kipling à l’intérieur de son récit, mais il déroule son récit selon un long retour en arrière, qu’il fait raconter par l’un des deux aventuriers, en l'occurrence Carnehan. Une trouvaille formidable qui dope le scénario, le vivifie sans cesse.

-La splendeur des décors, magnifiés par l’inventivité sans limite d’un décorateur magicien nommé Trauner.

Points faibles

Aucun, évidemment.

En deux mots ...

Sorti sur les écrans en 1976, trentième environ de la quarantaine des films de John Huston, L’homme qui voulut être roi, était devenu introuvable. Le voici qui ressort, en version restaurée, dans une des éditions  DVD, BLU-RAY les plus somptueuses de l’année, une édition, qui plus est, limitée.

Ce film d’aventures qui avait bénéficié d’un budget généreux pour son époque (8 millions de dollars de 1975, ce qui équivaudrait à 20 d’aujourd’hui) mérite l’écrin « royal  » que lui a façonné Wild Side vidéo. Car dans le genre « fresque épique » -qu’affectionnait tant le grand David Lean-, L’homme qui voulut être roi est en effet un petit bijou. Construit sur un scénario ambitieux écrit par le réalisateur « himself » d’après une nouvelle de l’un des écrivains britanniques les plus flamboyants de la fin du XIX° siècle,  réalisé dans des décors splendides (Alexandre Trauner), porté par une musique grandiose (signée Maurice Jarre)  et interprété par des comédiens inoubliables (Sean Connery raflera même un Oscar pour son rôle de Dunot), il coupe le souffle du spectateur en même temps qu’il le tient en haleine et le fait tour à tour rire et suffoquer de peur. Les bonus sont à la hauteur de l’ambition du film, d’une grande richesse, passionnants et émouvants. Le livre  (grand format) de Samuel Blumenfeld qui accompagne le tout et raconte, entre autres, les coulisses du tournage, est, pour sa part aussi, très intéressant.

Un extrait

qui seront trois : 

« Le secret de ma longévité réside ici : j’ai besoin d’argent, il faut que je travaille. En attendant, j’ai bien rigolé, bien plus que tous les poussahs hollywoodiens » ( John Huston, réalisateur).

« Les comédiens et l’équipe, je les dirige le moins possible, je les écoute le plus possible » ( John Huston, réalisateur).

« Huston avait l’instinct du dompteur et aimait entrer dans la cage aux lions. Il était surtout capable de gérer les gens les moins évidents, de façon à éviter l’explosion » ( Eric Lac, historien du cinéma).

Le réalisateur

Il fut l’un des artistes les plus anticonformistes et les plus polyvalents d’Hollywood, un touche-à-tout impénitent qui s’essaya - le plus souvent avec brio - aux métiers les plus créatifs du cinéma: monteur, acteur, dialoguiste, scénariste, réalisateur et producteur. Comment cet éclectique forcené, trouva-t-il encore du temps pour s’adonner à des activités aussi diverses que : séduire les actrices, monter à cheval, boxer, peindre, collectionner les œuvres d’art, fumer le cigare, voyager, jouer au poker et s’enivrer jusqu’à plus soif… C’est le mystère, si fascinant, de John Huston. Un mystère qui commence dès son enfance. Car qui aurait pu prédire une vie aussi riche et aussi exubérante à un petit garçon souffreteux, chez lequel, à l’âge de 12 ans, on détecta une insuffisance rénale chronique ?

Né le 5 août 1906 au Nevada dans le Missouri d’un père comédien et d’une mère journaliste, John Huston n’a pas quinze ans quand, pour braver le mal qui l’affecte depuis sa naissance  (la maladie de Bright) et le condamne à mener une existence étriquée, il plonge dans un fleuve glacé.  Il peut en mourir… il s’en retrouve guéri et en gardera toute sa vie une passion inextinguible pour les jeux de cartes et de hasard.

 A peine débarrassé de sa maladie, John l’impatient commence par entrer dans une école militaire, puis il rejoint une autre école où il apprend la boxe. En 1921, il fait volte-face : il décide de gagner sa vie et cesse toute scolarité.

Après avoir vagabondé pendant 10 ans, il devient scénariste  pour Samuel Goldwyn (Law and order), puis il participe à l’écriture d’une dizaine de films dont L’Insoumise de William Wyler.

En 1941, il signe son premier film en tant que metteur en scène. C’est Le Faucon maltais.

Il en réalisera une quarantaine d’autres, de registres différents, dont la grande majorité sont considérés aujourd’hui comme des œuvres majeures (Le Trésor de la Sierra Madre, Les Désaxés, La Nuit de l’Iguane, etc.). Quelques-uns, comme  L’Homme qui voulut être roi accèderont même  au rang de chef d’œuvre.

Créateur hors norme, n’en n’ayant  jamais fait qu’à sa tête, John Huston le magnifique mourra d’une pneumonie, le 28 août 1987. Déjà très malade (il était atteint d’emphysème sévère), il venait d’achever une de ses plus belles réussites, les Gens de Dublin.

Bonus : Entretien avec Angela Allen, la scripte attitrée de John Huston, entretien avec le cinéaste Jean-Jacques Annaud, making of d’époque et entretien avec Danny Huston, le fils de John Huston.

Et aussi

 

COFFRET FORBIDDEN HOLLYWOOD -DIX FILMS TRANSGRESSIFS DES ANNÉES  1929-1934.

En 1929, après le krach boursier, l’Amérique tente de revivre. A Hollywood, l’industrie du cinéma suit le mouvement. Le parlant ayant fait son apparition, les scénaristes se mettent à concevoir et à écrire des histoires d’hommes, et surtout de femmes, qui essaient par tous les moyens, même les plus illicites, de sauver leur peau dans un pays devenu exsangue. Cette ère de permissivité sans limite où garces et malfrats vont s’arroger, sur grand écran, le droit de faire régner leur loi, va durer jusqu’à ce que des voix de l’Amérique puritaine imposent à Hollywood, en 1934, un guide de bonne conduite, qui portera le nom de son créateur, le code « Hays ». Dès lors, finis les scénarios qui bouchent loin le bouchon en matière de crimes, d’honneur et de sexualité. Ils ne seront pas moins inventifs, mais ils seront, dès lors, encadrés par la « morale ».

Cette ère entre 1929 et 1934  -qu’on appelle aujourd’hui ‘’pré-code’’- fut comme une « parenthèse  enchantée » dans l’histoire du cinéma américain : parce qu’ils  jouissaient donc alors  d’une liberté totale, aussi bien morale qu’esthétique, de nombreux cinéastes purent mettre en scène, sans aucun problème, une vision très subversive de leur pays. Et ils ne s’en privèrent pas! Leurs films sont aujourd’hui d’autant plus intéressants à (re)-découvrir, qu’ils étaient tournés avec ceux qui allaient devenir les grandes stars de l’âge d’or d’Hollywood, les Clark Gable, James Cagney, Barbara Stanwyck, John Wayne, Bette Davis, Jean Harlow…

Dix d’entre ces petits bijoux ont été réunis par Warner dans un coffret DVD, tous entièrement restaurés. C’est l’occasion rêvée de vérifier que, près de cent ans après leur sortie, ils n’ont rien perdu, ni de leur modernité, ni de leur liberté de ton.

 Sortie DVD.: L’ange blanc (1931), Âmes libres (1931), Blonde Crazy (1931), La Belle de Saïgon (1932), Red Headed Woman (1932), Jewell Robbery (1932), Babyface (1933), Female (1933), The Mind Reader (1933) et Employees’ Entrance (1933).

Bonus : pas de bonus.

Recommandation : excellent

 

- TENET  de CHRISTOPHER NOLAN- Avec JOHN DAVID WASHINGTON, ROBERT PATTINSON, ELIZABETH DEBICKI…

Trois ans après Dunkerque, le précédent opus de son réalisateur, Tenet avait débarqué sur les écrans français en plein mois d’août dernier. Sa mission : sortir le cinéma français de son marasme après une longue période de confinement dû à la crise sanitaire du covid-19. Il avait rempli cette mission au-delà des espérances puisqu’avec près de 2 500 000 entrées hexagonales, il s’était hissé à la première place du box-office français, devant le sublime 1917 de Sam Mendes.

Bonne nouvelle pour ceux qui l’avaient raté ou voudraient le revoir, le voilà qui sort aujourd’hui en 4K ULTRA HD  et en  BLU-RAY  chez Warner Bros.

Logiquement, avec ses scènes d’action spectaculaires, ses effets visuels époustouflants et son côté James Bond, ce film d’espionnage où un agent de  la C.I.A. (John David Washington, à tomber !) doit affronter un méchant oligarque russe -avec cet inconvénient « majeur » de devoir composer avec une inversion de temps- devrait faire un  nouveau carton dans cette version à regarder sur son canapé . Non initiés, attachez vos ceintures ! Bien qu’ayant été peaufinées par Christopher Nolan pendant sept ans, certaines séquences de ce blockbuster pourront  vous rester obscures. Un inconvénient  largement compensé par la splendeur et l’inventivité ébouriffante  de la réalisation

Sortie en 4K ULTRA HD et en BLU-RAY - WARNER BROS ( sortie le 24 décembre)

Bonus : « Voir le monde sous un nouvel angle : le making of de Tenet » (75 mn, VSTO), Teaser, 3 bandes-annonces.

Recommandation : excellent.

 

- BLUEBIRD de JEREMIE GUEZ- Avec ROLAND MØLLER, VEERLE BAETENS, LOLA LE LANN, LUBNA AZABAL…

C’est une histoire sombre, un peu mélo aussi, ce qui sous-entend que la violence qu’elle contient  ne prend jamais le pas sur l’humain, qui reste toujours en son centre…

Ancien taulard, Danny n’aspire plus qu’à une vie tranquille. Fatigué par ses années d’enfermement, il trouve refuge dans un hôtel dont la tenancière, Laurence, pour être elle-même l’épouse d’un homme en prison, connaît les difficultés de la réinsertion. Laurence a une fille, Clara, une belle adolescente un peu paumée, en recherche d’une figure paternelle. Un jour Clara se fait violer par un voyou. Témoin de la scène, Danny qui avait retrouvé un équilibre en faisant la plonge dans un minable restaurant chinois,  va sortir de ses gonds  et être ramené face à ses anciens démons…Évidemment, cela va mal se terminer…

Pour son premier film en tant que réalisateur, le jeune Jérémie Guez, 31 ans, (scénariste notamment de Yves Saint-Laurent et de Sparring) a choisi d’adapter L’homme de plonge, un thriller qui l’avait marqué à son adolescence pour la radicalité de son héros, son courage et même, au fond, sa morale, bien qu’il soit amené à tuer un petit voyou de 20 ans. Pour un coup d’essai, c’est presque un coup de maître. La photo de Bluebird est belle, sa réalisation soignée, et  son casting parfait ( en repris de justice taiseux, l’acteur danois, Roland Møllar magnétise ). On peut simplement regretter que Jérémie Guez ait pris un peu trop de temps pour faire démarrer son drame. Sinon, ensuite, la tension ne se relâche pas. Attention! A sa sortie en salles, Bluebird avait été estampillé: « interdit au moins de 12 ans ». Il est idéal pour une soirée entre copains (adultes).

Sortie DVD BLU RAY- THE JOKERS-

Bonus : « Du livre au film », entretien avec Jérémie Guez, entretien avec Lola Le Lann.

Recommandation : bon

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