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Mon Cousin

L’enfant terrible du cinéma français s’est amusé à « lifter » les codes des films de duos à la Francis Veber. Aux manettes de son tandem, un Vincent Lindon survolté et un François Damiens très perché..Pour le meilleur, pour le rire, et pour l’émotion…
De Jan Kounen
Avec Vincent Lindon, François Damiens, Pascale Arbillot…

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 30 sep . 2020

Recommandation

3,0ExcellentExcellent

Thème

Patron survolté et stressé d’un grand groupe familial de spiritueux, Pierre (Vincent Lindon) est sur  le point de signer le contrat du siècle. Il lui reste un dernier obstacle à franchir : obtenir la signature de son cousin Adrien (François Damiens), qui détient plus de 50% des parts de la société. Seulement, voilà ! Adrien est un doux-dingue farfelu et gaffeur, qui ne rêve que d’une chose :  intégrer la société dont il est majoritaire pour ne plus quitter Pierre qu’il admire à la… folie.

Et selon lui, la seule solution pour y arriver, est de retarder sa signature. Coincé, Pierre ne va va pouvoir faire autrement que d’embarquer son embarrassant cousin dans son voyage d’affaires… Quand un PDG électrique et battant se voit affublé d’un acolyte à la fois baba cool et perché, forcément, rien ne peut marcher comme prévu. Ça déborde, ça déraille, ça s’engueule et.. ça pleure…

Points forts

- Pour une surprise, c’en est une belle ! Après  dix ans d’absence sur le grand écran et une filmographie constituée d'œuvres  plutôt « trublionesques », sinon punk, du moins mystiques ou violentes, l’un des enfants les plus terribles du cinéma français fait son come back avec une comédie familiale qui s’inscrit dans la lignée de celles, si enchanteresses, de Francis Veber. Tout y est : le tandem désassorti, les péripéties rocambolesques, une fin heureuse et morale, des scènes aussi tordantes que spectaculaires et d’autres, de pure émotion.
Mais la comparaison s’arrête là. Ce qui singularise Mon Cousin, c’est son traitement visuel dû à la patte, si graphique, de Kounen. Parce qu’il connaît sur le bout des doigts toutes les subtilités du langage cinématographique. Cet ancien des arts déco donne ici, une fois encore, du chic, du style et de la force à ses images, parvenant à faire surgir de l’onirisme ou du surréalisme là où parfois, il n’y en a pas. Avec Kounen, l’œil écoute et l’oreille imagine !

- Le cinéaste, on le sait, aime diriger les grands acteurs, ceux qui sont capables de balayer, le temps d’un clin d’oeil, tout le champ des émotions. Avec, sur son plateau, Vincent Lindon et François Damiens dans les deux rôles principaux, il a dû se régaler. A mille lieues de ses personnages sociaux chez Stéphane  Brizé, Vincent Lindon s’amuse visiblement comme un fou à jouer les  patrons volcaniques et cyniques. Quant à François Damiens, sa poésie fait merveille dans ce rôle de neuneu gentiment déglingué. Dans leurs différences, ces deux  acteurs-là font une paire sensationnelle de drôlerie et d’émotion. Et puis, quel abattage ! C’est un bonheur de les regarder! Dans le rôle de la femme, violoniste, de Lindon, Pascale Arbillot est impressionnante de justesse et de féminité.

- Autre atout majeur du film, sa beauté formelle. Bien que respectant les règles traditionnelles du genre (car ces règles en font le sel !), il a une esthétique très contemporaine. Kounen n’a pas eu peur, ni de pratiquer l’ellipse, ni d’en prendre à son aise avec les rythmes des séquences. L’audace de ses tempos ajoutée au culot de sa narration visuelle fait de Mon Cousin une comédie résolument contemporaine.

Points faibles

D’aucuns pourront trouver que, par moments, le scénario, signé Fabrice Roger-Lacan, est cousu de fil blanc et qu’à d’autres, il est plus sentimental que « gaguesque ». Mais c’est affaire de goût et de sensibilité. On rappellera juste que, clairement affiché « comédie familiale »,  Mon Cousin  a le droit ( le devoir?) de se « barrer » dans des « ailleurs » fantaisistes et fantasmagoriques.

En deux mots ...

Une comédie sur la cohabitation  forcée d’un tandem antinomique? Depuis La Chèvre  et Les Compères on sait que la formule peut marcher. Mais n’est pas Francis Veber qui veut et la comédie "buddy movie » a souvent fait flop, pour cause de scénario bancal ou de réalisation sans imagination. Rien de tout cela dans Mon Cousin. Le scénario est solide, les dialogues, finement ciselés et la réalisation, impeccable, qui se met autant au service de l’émotion que de la drôlerie. Portée par un Vincent Lindon engagé et intense et par un François Damiens hilarant  et perché, cette comédie familiale a tout pour toucher et amuser le spectateur.

Un extrait

« Le film n’est pas une comédie pure où chaque ouverture de porte doit être assortie d’un gag. C’est une comédie sentimentale où, tout en restant drôle, on doit surtout « accompagner » ses personnages. Ce sont les scènes les plus lentes qui donnent le plus de fil à retordre. Elles doivent être à la fois rythmées et incarnées. Où mettre la lenteur et comment ré-accélérer sans provoquer d’à-coup? Il faut être sûr de soi. Ni trop vite, ni trop lentement. Dans un plan séquence, il ne faut pas se dire qu’on règlera le problème au montage, parce qu’on ne le pourra pas. ( Jan Kounen, réalisateur).

Le réalisateur

Né le 2 mai 1964 à Utrecht aux Pays Bas, Jan Kounen fait des études à l’Ecole des Arts Décoratifs de Nice où il tourne ses premiers courts métrages.Son diplôme en poche, il se lance dans la réalisation de vidéoclips et de documentaires, mais c’est avec le court-métrage Gisèle Kérozène qu’il va se faire un nom, en 1989, puisqu’il obtient grâce à lui le Grand Prix de la catégorie au Festival du film fantastique d’Avoriaz. Après un détour par la publicité et deux courts-métrages de nouveaux très remarqués, il signe en 1996 son premier long, Doberman avec Vincent Cassel. Devant la controverse que  déclenche ce film excentrique et violent, il part au Mexique et au Pérou, s’immerge dans la culture chamane et en revient en 2004 avec le western Blueberry, une adaptation de la bande dessinée du même nom  qui sera encensée par la critique.

En 2007, après un documentaire sur le chamanisme, il change complètement d’univers et met en scène 99 Francs, une satire féroce du monde de la pub adapté du roman éponyme de Frédéric Beigbeder. Deux ans après, il surprend de nouveau avec Coco Chanel & Igor Stravinsky. Ce film qui évoque la liaison passionnée que la couturière française  et le compositeur russe entretinrent pendant des années, fera la clôture du Festival de Cannes 2009. Après une incursion à la télévision pour Le Vol des cigognes, une série pour Canal +, puis un documentaire sur  la cigarette électronique, Vape Wave et un autre sur la mer et la naissance, The Journey, Kounen revient à la fiction en abordant pour la première fois le registre de la comédie de tandem. Avec ce réjouissant Mon cousin, il met dans le mille!.

Et aussi

 

-« A CŒUR BATTANT » DE KEREN BEN RAFAEL-AVEC JUDITH CHEMLA, ARIEH WORTHALTER…

Le film s’ouvre sur une séquence où un couple fait l’amour. C’est très sensuel. Un bébé pleure, la femme  se lève … On découvre qu’en réalité le couple dialogue et se caresse par écrans interposés. Elle, Julie, architecte, est à Paris. Lui, Yuval, photographe, est à Tel Aviv. Pour une histoire de papiers administratifs, il n’a pas pu la rejoindre en France. Ces deu- là s’aiment, c’est sûr, mais l’amour peut-il résister à l’absence? Au fil des mois, la jalousie s’insinue, des désaccords surgissent, les chipotages se muent en disputes de plus en plus violentes…

Pour son deuxième long métrage, la cinéaste Keren Ben Rafael choisit de raconter une histoire d’amour « en fuite », par le truchement d’une webcam. Le procédé, inédit au cinéma, était culotté, mais il marche et tient même en haleine, renvoyant, de ce couple virtuel, une image de réalité. L’illusion d’accéder au plus intime de leur relation est tellement parfaite qu’on a même par moments l’impression d’être transformés en… voyeurs. Les deux acteurs qui jouent ce couple en perdition, la délicate Judith Chemla et le très magnétique Arieh Worthalter sont sensationnels de naturel.

A l’heure de la Covid, ce romanesque et audacieux A coeur battant prend une résonance particulière. Les trentenaires adoreront. Les cinéphiles aussi.

 Recommandation: Excellent.

 

-« KAJILLIONAIRE » DE MIRANDA JULY-AVEC EVAN RACHEL WOOD, RICHARD JENKINS, DEBRA WINGER…

Cheveux trop longs et jogging trop grand, une jeune femme maigre et hâve attend le signal de ses parents pour s’élancer en roulé boulé vers la porte d’entrée d’une poste où elle va aller piquer des enveloppes dont elle espère qu’elles contiendront des chèques. Cette acrobate amateur, qui s’apprête à passer son vingt sixième anniversaire,  s’appelle Old Dollio. En réalité, elle vit  sous la coupe de ses parents, des escrocs à la petite semaine, qui ne vivent que d’expédients minables et sont incapables de la moindre empathie envers elle. L’arrivée fortuite d’une jeune et tendre trentenaire dans le trio familial va chambouler le quotidien d’Old Dollio…

Il y a plus de dix ans qu’on n’avait pas vu sur les écrans la très talentueuse et si singulière Miranda July. Les années ont passé, mais cette figure du cinéma américain indépendant, qui, avait raflé en 2006  à Cannes la Caméra d’Or avec Moi, toi et tous les autres revient telle qu’en elle même avec cette comédie grinçante sur ces gens qui restent en marge de la société américaine.

Très poétique, son film, est porté par un trio d’acteurs savoureux.  Debra Winger et Richard Jenkins incarnent  les parents, avec un cynisme faussement naïf. Evan Rachel Wood est magnifique de vérité dans le rôle de leur fille, soumise, malheureuse et pourtant si dévouée. Miranda July les filment avec un minimalisme bienvenu, qui laisse toute sa place aux sentiments, les pires comme les plus touchants. Si vous avez aimé Little Miss Sunshine ou La Famille Tennenbaum, ce Kajillionaire est pour vous.

Recommandation: Excellent.

 

-« BILLIE » DE JAMES ERSKINE- DOCUMENTAIRE

Elle nait  Eleanora Harris Fagan, en 1915, à Baltimore, mais c’est sous le nom de Billie Holiday qu’elle choisit de commencer à chanter, à l’âge de 14 ans pour échapper à l’emprise de sa mère. Quand elle meurt à 44 ans seulement, en pleine déchéance physique et financière, après une vie mouvementée, laminée par les coups durs, la drogue, le racisme et la prostitution, Billie, a eu le temps d’écrire, de sa voix si rauque, si lancinante et si sensuelle  parmi les plus grandes pages de l’histoire du jazz.

 Au début des années 70, en vue d’une biographie, une journaliste new-yorkaise, Linda Kuehl  avait commencé à rassembler des documents sonores  sur cette chanteuse hors norme. Elle avait interrogé ceux qui avaient croisé la route de Lady Day. Sa moisson avait été fructueuse. De Sarah Vaughan  et Louis Armstrong à Count Basie et Artie Shaw, en passant aussi par nombre des intimes, amants, maris, producteurs, proxénètes et autres de la chanteuse, tous avaient joué le jeu, dévoilant sur elle des vérités parfois sulfureuses. En 1978, Linda Kuehl meurt brutalement, dans des circonstances qui restent obscures. Son travail reste dans les placards. Quarante ans après, le producteur et réalisateur James Erskine décide de reprendre les enregistrements, et il les monte en y mêlant des images d’archives. Cela donne ce portrait sombre et éclaté d’une femme devenue une légende du jazz, qui paya cher son besoin  viscéral de liberté et son engagement sans faille pour l’égalité des Noirs américains. Bouleversant et passionnant.

Recommandation: Excellent.

 

-« LES HÉROS NE MEURENT JAMAIS » D’AUDE-LÉA RAPIN- AVEC ADÈLE HAENEL, JONATHAN COUZINIÉ…

On ne meurt pas toujours qu’une fois…Ébranlé par un clochard qui croit reconnaître en lui un soldat mort en Bosnie le 21 août 1983, Joachim, né précisément  le 21 août  de cette même année, s’interroge. Pourrait-il être la réincarnation de ce combattant qui s’appelait Zoran. Il décide de partir à Sarajevo. Pour ce road-trip, il embarque deux amies, Alice, une documentariste et Virginie, une preneuse de son. Leur voyage sera filmé par Paul, un cameraman, qu’on ne verra jamais puisqu’il filme le trio et leurs interlocuteurs. Dans un pays toujours hanté par les fantômes de la guerre, il ne va pas s’avérer facile de retrouver les preuves de l’existence d’un homme disparu…

Pour son premier long métrage de fiction, la réalisatrice Aude-Léa Rapin n’a pas choisi la facilité. Comment ancrer dans le réel la recherche d’un fantôme? Heureusement, il y a, en l’occurrence ici, l’idée de situer cette recherche dans un pays qui porte encore les stigmates de la guerre. La  caméra a de quoi filmer, qui s’accroche aux visage d’habitants encore meurtris et aux paysages pas encore reconstruits. Il y a aussi la présence, formidable, d’Adèle Haenel et celle, très forte aussi de Jonathan Couzinié…Ce voyage pas comme les autres donne lieu, souvent, à des situations dont la cocasserie fait sourire. Il arrive aussi qu’au détour de certaines séquences, on soit très ému. Mais, malgré tout, cela reste, presque tout le temps assez déroutant.

Recommandation : Bon

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