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Cinéma/Séries TV

PLAYLIST

Dans un noir et blanc glamour et coloré… le portrait, swing, marrant et triste d’une trentenaire paumée
De NINE ANTICO
Avec SARA FORESTIER, LAETITIA DOSCH, PIERRE LOTTIN…

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 02 juin . 2021

Recommandation

3,0ExcellentExcellent

Thème

Sophie a 28 ans. 

Elle aimerait être dessinatrice, mais voilà, elle n’a pas suivi d’école d’art, et, pour tout dire, elle manque un peu de persévérance.

Elle aimerait aussi rencontrer l’amour, le grand, le vrai, celui qui enflamme, mais elle ne rencontre que des types, qui, comment dire, sont plutôt, ternes, ou barrés, ou très infidèles.

Alors, elle va, elle vient, tour-à-tour serveuse et secrétaire, prend des coups, toujours soutenue, quoiqu’il lui arrive,  par sa copine Julia, qui, pour sa part, ne réussit guère mieux.

Heureusement, il y a les cocasseries de la vie, ses petits accidents rigolos et aussi, la musique, les musiques, qu’elle trimballe dans sa petite playlist personnelle…

Points forts

Quelle jolie idée que ce portrait de trentenaire paumée qui se cherche, se cogne partout -aux gens et aux emplois- et accumule les déconvenues aussi bien amoureuses que professionnelles. Il en dit beaucoup sur cette génération souvent perdue, qui, à force de rêver, a du mal à se fixer et trouver sa place.

Entre réalisme et fiction, le film est formidable. Dans un sublime noir et blanc, soutenu par un récit en voix of dit par le chanteur Bertrand Belin, il enchaine des scènes tour à tour, drôles et nostalgiques, voire carrément hilarantes ou loufoques. Il ne s’agit pas d’une juxtaposition aléatoire. Toutes ces scènes ont un sens et s'emboîtent selon  la logique, fantaisiste mais très réfléchie, de leur réalisatrice, Nine Antico. 

Cette dernière vient de la BD, et cela lui a donné le sens du cadre, de l’image et du découpage.  Sur le plan formel son film est un petit bijou. Sur le plan musical aussi. Ce n’est pas par hasard qu’elle l’a intitulé Playlist. Les musiques structurent  le scénario, donnent aux scènes  leur rythme et leur tonalité. De True love will find in the end de Daniel Johnston à Les Yeux pour pleurer de Nana Mouskouri, l’oreille se régale.

Et puis, et puis, il y a l’interprétation de Sophie, l’héroïne, par Sara Forestier. La comédienne « magnétise »non seulement parce qu’elle ne laisse échapper aucune des « nuances » de son rôle, mais parce qu’elle joue avec son corps comme personne. Son engagement physique est impressionnant. A ses côtés, l’ultra-douée Laetitia Dosch, est bluffante elle aussi de naturel, d’humour et de justesse. Dans un rôle de cuisinier sexy et surexcité, Pierre Lottin ( le fils niais de la famille Tuche) fait lui aussi des merveilles. 

Points faibles

Le film est par moments à l’image de la trentenaire dont il fait le portrait, un peu chaotique et foutraque. On peut aussi trouver  - c’est mon cas- que ces légers « désordres » ajoutent à son charme.

Un extrait

« Playlist n’est pas un film autobiographique, c’est un patchwork de choses que j’ai vécues ou observées. Aucun des personnages du film ne représente littéralement une personne que j’ai connue. J’ai mélangé des éléments des uns et des autres. Le parcours de Sophie ressemble par moments à ce que j’ai vécu, mais il y a des péripéties totalement inventées, et je ne veux pas démêler le vrai du faux » (Nine Antico, réalisatrice).

Le réalisateur

 Avant de débuter comme auteur de BD, Nine Antico, née à Aubervilliers en 1981, a développé un goût très affirmé pour le 7ème Art, grâce à son père qui en était fan. Elle fait même un an de fac de cinéma à Saint-Denis. Mais comme on n’y propose pas de faire des films, et que, parallèlement, elle adore dessiner, elle se lance dans la BD.

Elle débute dans le 9ème Art en créant un fanzine, Rock this way en dessinant notamment des saynètes autobiographiques. Bientôt, son trait s’affine et elle collabore notamment avec Disco Label, Nova Magazine, Trax et Rendez-vous Magazine. Sa première BD sort en 2008. C'est Le Goût du Paradis (Les Requins Marteaux) qui retrace son adolescence dans les années 90. En 2013, entre deux BD  (Tonight et I love Alice), elle réalise son premier court-métrage, Tonite, adapté d’une de ses BD éponyme. Le cinéma la « cerne » de plus en plus. En 2019, elle écrit le scénario d’Il était 2 fois Arthur. En 2021, le producteur Thomas Verhaeghe la contacte, cette fois pour réaliser un film. C’est Playlist. Coup d’essai, coup de maître : il fait l’unanimité de la critique.

Et aussi

 

- BILLIE HOLIDAY-UNE AFFAIRE D’ÉTAT de Lee DANIELS- Avec Andra DAY, Trevante RHODES, Garrett HEDLUND…

Elle fut l’une des icônes les plus fascinantes du jazz. Mais derrière la star, se cachait une femme qui allait combattre pour la justice, toute sa vie, avec l’arme qui était la sienne, sa voix déchirante… 

En 1939 Billie Holiday, déjà vedette du jazz new-yorkais, décide de mettre à son répertoire, Strange fruit, une complainte poignante sur les lynchage de noirs perpétrés par le Ku Klux Klan . La chanson déclenche une telle controverse que le gouvernement américain intime à Billie de cesser de la chanter. Elle refuse et devient, dès lors, une cible à abattre. Pour essayer de la  museler, le FBI va utiliser son addiction à la drogue. L’Institution envoie un de ses agents  pour infiltrer les cercles où la chanteuse évolue et réunir des preuves contre elle. Mais son charme est tel que l’agent infiltré en tombe amoureux d’elle. Le FBI ne la lâche pas pour autant. Billie mourra dans un lit d’hôpital, enchainée comme une meurtrière…

Dans ce biopic, la réalisatrice Lee Daniels ( Lee Majordome) a choisi de dévoiler l’enfer que vécut Lady Day sur la fin de sa vie. Si elle ne minimise ni la toxicomanie de la chanteuse ni son goût pour les « bad boys », elle révèle à quel point  le gouvernement américain et le FBI utilisèrent ses addictions pour tenter de l’empêcher de chanter…Son Billie Holiday est bouleversant. D’autant plus qu’Andra Day, la comédienne qui incarne la chanteuse est ici époustouflante de sincérité et d’engagement. Son interprétation de Strange fruit- c’est vraiment elle qui chante- est bluffante. Elle en arrive même à nous faire oublier Diana Ross qui fut la première interprète de Billie. C’est tout dire !

 Recommandation : Excellent.

 

-Des HOMMES de LUCAS BELVAUX- Avec Gérard  DEPARDIEU, Jean-Pierre DARROUSSIN, Catherine FROT…

Bernard,  surnommé Feu-de-bois (Gérard Depardieu, magistral) vient perturber une réunion d’anniversaire dans la salle des fêtes d’une petite commune rurale française. Il est violent, raciste  et alcoolique notoire. Dans son village, tout le monde le déteste… On va vite comprendre qu’il est un ancien appelé de la Guerre d’Algérie qui n’a pas trouvé d’autres solutions que la haine et la violence pour tenter d’effacer les horreurs qu’il a vues et vécues…

Dans son adaptation du roman éponyme de Laurent Mauvignier, Des Hommes, le cinéaste belge Lucas Belvaux ( Pas son genre) revient sur les conséquences de la guerre d’Algérie. Il a scindé son film en deux parties qui s’entrechoquent l’une l’autre. L’une qui se déroule aujourd’hui et qui montre les séquelles psychologiques du conflit sur des hommes  qui n’avaient pas été préparés à l’horreur, et l’autre, qui se passe dans les années 60 et qui montre ces mêmes hommes, dans la fragilité de leur jeunesse, obligés de subir l’enfer et les exactions ignobles de cette guerre…

Porté par un casting formidable ( Gérard Depardieu, mais aussi Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin, exceptionnels eux aussi),  Des Hommes touche, par sa profondeur et sa sensibilité. Belvaux a échappé au film militant, mais pas au film politique. Des Hommes interroge et émeut . On en sort déboussolé et bouleversé. Ce film puissant et poignant, qui fait appel à une voix off et aux flash-back, avait obtenu l’année dernière le Label Cannes 2020.

Recommandation : Excellent.

 

- VILLA CAPRICE de BERNARD STORA- Avec Niels ARESTRUP, Patrick BRUEL, Michel BOUQUET…

Avocat célèbre et redouté, Luc Germon (Niels Arestrup) pense avoir atteint la consécration. Gilles Fontaine, l’un des patrons les plus puissants de France (Patrick Bruel) lui a demandé de prendre sa défense dans une histoire trouble : il est soupçonné d’avoir acquis une magnifique propriété sur la Côte d’Azur, la Villa Caprice, dans des conditions douteuses. Fontaine compte sur l’habileté de Germon pour le tirer de ce mauvais pas. Les deux hommes devraient faire la paire. Certes, l’un est arrogant et manipulateur, l’autre, blasé et revenu de tout. Mais tous les deux, pourtant si différents, ont des failles. Fontaine a une femme suicidaire et dominatrice ; et Germon, un vieux père sarcastique et cruel (Michel Bouquet), et aussi, probablement, un faible, bien caché, pour les garçons… Sous le vernis policé de leurs conversations, un duel sans merci s’engage entre les deux hommes. Pour le pouvoir, bien sûr. Dans ces milieux où le fric tient lieu de vertu, tous les coups sont permis et tant pis pour le perdant ! Malgré ses apparences de crocodil insubmersible, Germon va perdre la partie et mettre fin à ses jours.

Vous souvenez-vous du très riche et très célèbre avocat Olivier Metzner?  Au faîte de sa gloire et de sa puissance, sans que rien ne le laisse prévoir,  il s’était suicidé en 2013. Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au Monde avait pensé qu’il y avait matière à un film sur ce mystère d’un personnage puissant qui met fin à ses jours…

Le voici, réalisé par Bernard Stora. Pour cette fiction, tout a été réinventé, les personnages, les lieux ( Le Morbihan a laissé place à la Méditerranée), les faits, les motifs…Tout, sauf les jeux de pouvoir, leurs mécanismes et leurs faux semblants. Villa Caprice, qui les dévoile, fascine. D’autant qu’il est porté par deux acteurs au magnétisme puissant, Niels Arestrup et Patrick Bruel. A voir aussi pour Michel Bouquet, jubilatoire dans son rôle de père aigri et abusif, pour l’image, qui est magnifique, pour les dialogues, aussi, d’une rare pertinence.

Recommandation : Excellent.

 

- MISSION PARADIS de RICHARD WONG- Avec Grant ROSENMEYER, Hayden SZETO, Ravi PATEL…

Trois jeunes adultes américains décident de partir à Montréal pour perdre leur pucelage dans une maison close…Faire 3000 kilomètres et passer une frontière, rien que pour ça ? C’est pas un peu exagéré? Pour ces  trois copains, non !  Étant chacun dans une situation de handicap - l’un est paraplégique, l’autre tétraplégique et le troisième, non voyant- , il leur a été jusque-là impossible  de trouver l’amour, même tarifé.  Alors, lorsqu’il ont découvert que la maison Château Paradis accepte les « clients » tels qu’ils sont, sans aucune discrimination, ni une, ni deux, ils ont décidé de foncer ! Forcément leur voyage va s’avérer rocambolesque..

Remake du film belge Hasta la Vista tiré d’une histoire vraie et sorti sur nos écrans en 2012, Mission Paradis est une comédie sacrément gonflée, qui aborde avec un humour fou et un sens aigu de la dérision, le problème du sexe chez les handicapés. On rit et on s’amuse, car les trois  héros du film sont de sacrés « loustics », qui en font des tonnes pour, en fait, cacher leur désespoir ! Si les dialogues sont parfois très crus et certaines situations « border line », ils ne tombent jamais dans le graveleux. A mi-chemin de la comédie sociale et du road movie, Mission Paradis est, oui, on le répète, un sacré film !  On le regarde avec un plaisir d’autant plus jubilatoire qu’il est formidablement interprété ! Un régal !

Recommandation : Excellent.

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