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QUEEN & SLIM

Dans l’Amérique d’aujourd’hui, la folle cavale de deux amants maudits...
De MELINA MATSOUKAS
Avec AVEC DANIEL KALUUYA , JODIE TURNER-SMITH, BOKEEM WOODBINE…

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 12 fév . 2020

Recommandation

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Thème

En Ohio, Queen, brillante avocate (Jodie Turner-Smith) et Slim, employé de magasin (Daniel Kaluuya), tous deux afro-américains, rentrent en voiture de leur premier rendez-vous amoureux. Slim est au volant. Une légère embardée provoquée par un geste maladroit, et les voilà arrêtés par un flic zélé et surtout, raciste. De manière aussi banale que tragique, la situation dégénère. En position de légitime défense, Slim abat le policier.

Désormais traqués par les forces de l’ordre, le jeune homme et sa passagère sont contraints à la fuite. Leur cavale, qui leur fera traverser l’Amérique, durera six jours.

Six jours pendant lesquels ils vont devenir les héros de la population noire qui va voir en eux le symbole de sa lutte contre les injustices dont elle est, quotidiennement, victime. Le pire sera pourtant au bout de leur chemin.

Points forts

-Il y avait longtemps que Melina Matsoukas, « clippeuse » de grand talent et fan de Spike Lee, voulait réaliser un vrai film. Elle attendait un projet fort. Lorsque la scénariste Lena Waithe (en 2017, la première femme noire à gagner un Emmy Award pour son travail sur la série Master of None) lui met entre les mains Queen & Slim, elle se lance. Dans le script tout lui plaît : le réalisme de l’histoire (un minuscule fait divers qui dérape en tragédie), son message (une dénonciation des injustices à l’encontre des noirs américains), et sa forme (une cavale amoureuse follement amoureuse).

-Avec un scénario aussi édifiant, la primo réalisatrice aurait pu forcer le trait… Son film est admirable de retenue et d’objectivité. Pas de scène de violence racoleuse, pas de montage « énervé », pas de vitupération revancharde. Mais au contraire une stylisation qui donne d’un bout à l’autre de l’élégance au propos, le rend indiscutable.

-Côté casting, c’est parfait. Dans le rôle de Slim le jeune Daniel Kaluuya (repéré en 2017 dans Get Out ) inspire la force, le respect, la sympathie et le courage. Certains voient en lui le Denzel Washington et le Sidney Poitier de la nouvelle génération. Quant à Jodie Turner-Smith, elle réussit à être une Queen à la fois flamboyante, perdue, sensible et inflexible. Elle est une révélation.

Points faibles

Sauf un léger essoufflement au milieu du film, il n’y en a pas .

En deux mots ...

Avec ce film, engagé, puissant, en forme de road movie, Melina Matsoukas, jusque-là réalisatrice réputée de clips, fait une entrée fracassante dans le monde du cinéma. Ce qui est vraiment magnifique est la sobriété avec laquelle la cinéaste débutante a choisi de dénoncer les discriminations et les intolérances dont les afro-américains continuent d’être les victimes sous l’ère Trump, malgré la loi de 1964 qui abolit la ségrégation raciale aux Etats Unis. Par sa radicalité, son dépouillement, sa tenue, sa beauté formelle, son écriture tirée au cordeau et son absence de manichéisme, Queen & Slim évoque les tragédies antiques. L’image de sa  fin, sacrificielle, provoque chez le spectateur une émotion d’une intensité rare. Dans le genre, Queen & Slim, porté par un sublime duo de comédiens (Daniel Kaluuya et Jodie Turner-Smith) est un petit chef d’oeuvre.

Un extrait

« J’avais envie de raconter l’histoire de deux personnes qui n’ont rien en commun à part leur couleur et qui, coincés ensemble dans une voiture, vont finir par tomber amoureux l’un de l’autre pendant que le monde se charge de construire autour d’eux la mythologie de leur épopée. C’est en fait l’histoire de la manière dont nous fabriquons des héros pour trouver l’espoir » (Lena Waithe, scénariste).

Le réalisateur

Inconnue jusqu’à maintenant dans le monde du cinéma, Melina Matsoukas, née en 1981 dans le Bronx d’une mère jamaïcaine et d’un père grec, est depuis longtemps une star dans le monde de l’industrie musicale. Elle doit le début de sa carrière à Beyoncé, qui, en 2007, lui demande de réaliser quatre clips pour son album B’Day. Depuis, elle est devenue la réalisatrice de clips la plus demandée à travers le monde. De Rihanna à Whitney Houston, en passant par Pharell Williams et Jennifer Lopez, les chanteurs les plus en vue ont fait appel à elle. La puissance de son imagination et son sens indéniable de l’esthétique lui ont valu aussi de travailler pour de grandes marques comme Nike, Adidas, Coca-Cola et Diesel. Avant d’affronter le grand écran, cette diplômée de la célèbre Tisch School of The Arts, récipiendaire de nombreux prix, a abordé la réalisation de fictions par le biais de séries à la télévision. 

Sorti en novembre dernier aux Etats Unis où il a fait un carton, Queen & Slim est le premier long métrage de cette artiste très engagée dans la lutte contre le racisme. 

Et aussi

– « UN DIVAN A TUNIS » DE MANELE LABIDI – AVEC GOLSHIFTEH FARAHANI, MAJD MASTOURA, HICHEM YACOUBI…

Après dix ans d’exercice à Paris, Selma, une psychanalyste trentenaire, décide d’aller s’installer à Tunis, dont elle est partie à l’âge de dix ans. Pleine de bonne volonté, en dépit des difficultés sociales et administratives qu’elle rencontre, elle ouvre un cabinet au dernier étage d’un immeuble familial situé dans la banlieue. Contre toute attente, les clients vont affluer. Mais entre ceux qui vont prendre Freud et sa barbe pour un frère musulman, ceux qui vont confondre séance tarifée et « prestations » tarifées, ceux qui vont venir juste pour déblatérer sur leurs voisins, ceux qui vont venir payer simplement pour tenter de comprendre à quoi peut bien servir une psychanalyste, les débuts tunisiens de Selma vont être mouvementés… Derrière les anecdotes, tour à  tour hilarantes, ubuesques ou pathétiques, va se dessiner le portrait d’un pays partagé entre tradition et modernité au lendemain du printemps arabe…

Parler de la Tunisie d’aujourd’hui à travers la pratique de la psychanalyse… Le sujet pouvait faire craindre un film plombant. Il donne lieu ici à une comédie délicieuse, dont la drôlerie apparente n’empêche pas la profondeur. Elle est due à Manele Labidi, une intrépide primo-réalisatrice franco-tunisienne qui aime autant son pays natal qu’il la fait rire, avec toutes ses contradictions et ses absurdités. En psychanaliste aussi subtile qu’entêtée, Golshifteh Farahani a un charme fou. Pas étonnant qu’à la Mostra de Venise en septembre dernier, ce Divan à Tunis ait reçu le Prix du Public.

Recommandation: excellent

 

– “LA FILLE AU BRACELET” DE STÉPHANE DEMOUSTIER – AVEC ANAÏS DEMOUSTIER, CHIARA MASTROIANNI, MELISSA GUERS…

Lise, dix-huit ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire avec ses parents et son petit frère. Elle vient d’avoir son bac. Calme et taiseuse, rien ne le distinguerait des autres filles de son âge, si ce n’est qu’elle porte un bracelet électronique et qu’elle est assignée à résidence. La raison? Elle est accusée d’avoir tué sa meilleure amie de plusieurs coups de couteaux, deux ans plus tôt, sans motif apparent. Son procès débute. Est-elle coupable ou innocente? Quelle personnalité cache-t-elle sous son impassibilité et sa froideur? Quel impact son mutisme a-t-il sur sa famille? Même si l’issue du procès pourrait la conduire à aller en prison pour de longues années, Lise ne va rien laisser transparaître de ses émotions, laissant, sans réponse, la question de sa culpabilité ou de son innocence…

Six ans après son premier film, Terre battue, Stéphane Demoustier poursuit son exploration des mystères de l’adolescence, avec ce portrait d’une jeune fille qui gardera son secret jusqu’à la fin et laissera les spectateurs, surtout ceux qui sont parents, face à cette interrogation : connaît-on vraiment ses enfants? Remarquablement scénarisé et mis en scène, La Fille au bracelet bénéficie aussi d’une belle distribution : Anaïs Demoustier, Chiara Mastroianni, Roschdy Zem et Melissa Guers. Cette dernière qui incarne Lise fait ses premiers pas devant la caméra. Au vu de son interprétation, bluffante, ils ne devraient pas être ses derniers! 

Recommandation : excellent

 

– « TU MOURRAS A 20 ANS » DE AMJAD ABU ALALA – AVEC MUSTAFA SHEHATA, ISLAM MUBARAK, BUNNA KHALID…

A sa naissance dans un village de la province soudanaise d’Aljazira, Muzamil a été frappé d’une malédiction. Un imam a prédit qu’il mourra à 20 ans. Incapable de supporter le poids de cette prophétie, son père s’est enfui. Sa mère, elle, s’est drapée de noir pour toujours, mais a choisi d’assumer. Elle élève seule son fils, en le couvrant de toutes ses attentions. Un jour, Muzamil a 19 ans. Malgré l’amour de la belle Namia, il n’arrive pas à oublier sa mort prochaine…

Premier film du réalisateur Amjad Abu Alala, Tu mourras à 20 ans dénonce 

le poids des traditions, de la religion et des croyances qui pèse sur le quotidien des populations rurales soudanaises. En contre point, il est aussi une invitation à la liberté de chacun de choisir son destin. 

Remarquablement écrit et mis en scène, ce drame d’aujourd’hui a reçu le Lion du futur au dernier festival de Venise. Désormais, Amjad Abu Alala, jusque là documentariste et dramaturge, est un cinéaste à suivre. 

Recommandation : excellent

 

– « LE PRINCE OUBLIÉ » DE MICHEL HAZAVANICIUS – AVEC OMAR SY, BÉRÉNICE BÉJO, FRANÇOIS DAMIENS…

Djibi, un père veuf (Omar Sy) élève seul Sofia, sa fille de huit ans à qui il raconte chaque soir des histoires. Des histoires – qu’on va voir se déployer à l’écran – dans lesquelles il joue le prince et sa petite fille, la princesse. Mais Sofia grandit, et plus elle prend de l’âge, plus elle se confronte au réalisme et moins elle a besoin de fantasmagorie. Un jour, Djibi doit se faire une raison. Sa fille étant devenue « ado», il doit quitter ses beaux habits de prince et se contenter de son costume de père…

Décidément Michel Hazanavicius apparaît toujours là où on ne l’attend pas, passant d’un genre à l’autre avec une belle maestria. Après, entre autres, deux polars hilarants (0SS 117 ), un mélo muet (The Artist, oscarisé ) et un biopic gonflé sur Jean-Luc Godard ( Le Redoutable ), le voici qui se lance dans le genre féerique à destination des enfants.

Sur le plan de la réalisation et de la distribution, c’est nickel. Les effets spéciaux en mettent plein la vue et Omar Sy, Bérénice Béjo et François Damiens forment un trio épatant. Mais pour rendre ce Prince oublié inoubliable, il aurait fallu lui insuffler un peu plus d’humour et le parer de couleurs plus éclatantes.

Recommandation : bon

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