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Qui m’aime me suive !

Distribution TOP, scénario TOP, film TOP: il y a du Giono dans l'air...
De José Alcala
Avec Catherine Frot, Daniel Auteuil, Bernard Le Coq…

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Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 20 mar . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Voilà un film qui, parlant d'amour et d'amitié avec humour, sincérité et vérité, fait vraiment du bien. Et quel plaisir de partager le talent du trio Frot-Auteuil-Le Coq.

Thème

Dans leur petite maison d’un village du Sud de la France, Simone (Catherine Frot) et son mari  Gilbert, un ancien garagiste (Daniel Auteuil) vivent une retraite plutôt agitée. Financièrement, ils tirent le diable par la queue ; Gilbert est devenu râleur, grincheux et tatillon ; quant à Simone, qui n’a pas pu réaliser le rêve de sa vie -vendre des pizzas-, elle ne pense qu’à une chose : rejoindre, de l’autre côté de la rue,  Etienne, l’ami d’enfance de son mari,  devenu, depuis longtemps, son  tendre amant ( Bernard Le Coq).

Un beau jour, se sentant étouffer entre ces deux hommes dont aucun ne la comble vraiment, Simone décide  de prendre la poudre d’escampette pour aller respirer sa vie en toute liberté. Etienne et Gilbert, qui n’a jamais été dupe de la liaison de sa femme, vont oublier leurs différends et partir ensemble à la recherche de la fugueuse, reformant ainsi  leur duo «  à la vie, à l’amitié ! ».

Points forts

-Quel joli et tendre scénario pour évoquer  la génération de ces anciens  soixante-huitards qui  n’ont pas vu le temps passer, et qui, à l’aube de leur soixantaine, ayant  vécu comme des cigales,  se retrouvent coincés par les difficultés financières,  avec pour seules richesses, ces préceptes  de liberté et de fraternité qui les ont guidés toute leur existence. 

- Une  femme  entre deux hommes, quelle belle idée que ce trio de personnages ! Il donne lieu à des scènes  tour à tour hilarantes, cocasses et bouleversantes d’émotion. Car ils ont beau  se chamailler ces trois là,  s’engueuler  très fort, ou faire semblant de  se quitter, ils s’aiment, au fond, aussi éperdument qu’ils aiment éperdument la vie. Et nous, par ricochet, on les aime énormément aussi,  montrés qu’ils sont ici, tous les trois, dans la vérité  de leurs  sentiments, la beauté de leur humanisme, la gaité de leur sensualité, et la persévérance  de leur générosité.

-Pour jouer cet attendrissant trio, trois acteurs au sommet.  Et d’abord, (honneur aux dames !), Catherine Frot.  Dans son rôle de Simone la comédienne n’a jamais paru aussi libre, aussi sensuelle, aussi naturelle,  aussi ironique et  aussi… maternelle. Elle est à la fois femme, épouse et maitresse, mais également mère. Car mine de rien,  malgré ses comportements de chipie, elle les couve ses deux hommes ! Elle donne à sa Simone une solarité et une fantaisie peu communes.

 Dans le rôle de son mari,  tour à tour râleur, macho,  ou éperdu de jalousie, Daniel Auteuil touche comme sait  si bien le faire l’immense acteur qu’il est.

 Quant à Bernard Le Coq, il émerveille par sa grâce, son élégance, son flegme et son aisance à se couler dans son personnage d’amant  baba-cool mais un peu égoïste.

Points faibles

D’aucuns diront que ce scénario sur les péripéties d’un ménage à trois a   des accents de déjà vu.  On leur rappellera cette phrase de Françoise Sagan : «  Ce qui importe, ce n’est pas la nouveauté ou non de l’histoire, c’est la façon dont on la raconte ». Ici, elle est  relatée, comme rarement aujourd’hui sur les écrans,  sans une once de cynisme, avec une  tendresse communicative.

En deux mots ...

Une comédie douce-amère sur le temps qui passe, portée par un trio inédit d’acteurs aussi populaires que talentueux … On aurait tort de passer à côté de ce Qui m’aime me suive !  Tourné dans la splendeur de la campagne sétoise, il évoque par moments, par son humanisme, sa fraternité et  la faconde de ses personnages les  romans de Giono. Ce n’est pas un mince compliment.

Un extrait

« Pour employer une expression que je n’aime pourtant pas beaucoup, je dirais que Qui m’aime me suive ! est un « feel good movie », un film qui fait du bien. Il dégage un vrai humanisme, mais sans être gentillet, ce qui est un petit tour de force. Il déborde  autant de tendresse qu’il est bourré de cocasserie. On pourrait l’apparenter aux comédies sociales de Mike Leigh, ou à certaines comédies  à l’italienne ». ( Catherine Frot, comédienne).

Le réalisateur

José Alcala est l’un des cinéastes français les plus discrets de sa génération.  A son sujet, « discret »  ne sous-entend  ni transparence  dans ses œuvres, ni  longue absence de sa part sur les écrans. Simplement, José Alcala est un homme qui fuit les fracas médiatiques.  Depuis ses débuts dans le cinéma, au commencement des années 80, d’abord comme directeur de production puis  comme auteur-réalisateur de courts métrages,  ce réalisateur  solaire –  d’origine espagnole, il a grandi dans le sud-,  bienveillant et fraternel, n’a cessé d’alterner fictions et documentaires au rythme  qui est le sien. Celui d’un citoyen engagé, qui  observe et tient à ce que son cinéma, romanesque ou non, soit le reflet  de la France qui travaille, qui lutte et qui résiste. Parmi ses six documentaires, Molex, en 2010, une œuvre forte qui suivait la lutte des salariés de l’équipementier automobile pour conserver leur usine.  Qui m’aime me suive ! est son troisième film de fiction. Il y retrouve Catherine Frot qui en 2011, avait incarné dans son  Coup d’éclat, une capitaine de police au grand cœur.

Et aussi

-« Dernier amour » de Benoît Jacquot- Avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

A l’occasion de son vingt-cinquième long métrage, Benoit Jacquot (Sade, Le Journal  d’une femme de chambre, les Adieux à la Reine) revient au film d‘époque pour évoquer un des épisodes de la vie amoureuse de l’un des plus grands séducteurs de l’Histoire, Giacomo Casanova. Un épisode que l’impénitent libertin vénitien raconte dans  ses mémoires, écrits en français,  et qui furent  publiés  à titre  posthume, en 1852, sous le titre Histoire de ma vie.

Casanova y conte son amour malheureux pour une catin anglaise de haut vol, Marianne de Charpillon, qui se refusa  obstinément à lui (d’ailleurs, de manière assez incompréhensible...)  malgré tous les charmes que l’aventurier  déploya. C’est Vincent Lindon qui endosse ici les habits du séducteur italien. Il les habite avec délicatesse, charme, intelligence et  élégance. Faisant oublier  ses rôles précédents dans les films si contemporains  de Brizé et de Giannoli, le comédien  restitue avec sobriété, pudeur et subtilité,  les tourments et la douleur d’un homme du XVIII° siècle sincèrement épris d’une femme qui n’en veut pas.

Dommage que cette femme soit interprétée par une comédienne  qui manque d’un p’tit «  je ne sais quoi » (Sex-appeal ? Présence ? Epaisseur ?  Eclat ? Coquetterie ?) pour que ses face à face  avec Vincent Lindon pétillent, emportent, subjuguent, autant que subjuguent, ici, les décors, les costumes, la lumière(Christophe Beaucarne) et les cadres. Car  indéniablement, « Dernier amour » flatte l’œil. Sa munificence et son faste s’accordent à la douce mélancolie et au profond désenchantement qu’il véhicule.

Recommandation : bon.

 

-« Cómprame un revólver »- de Julio Hernández Cordón-  Avec Matilde Hernandez Guinéa, Rogelio Sosa…

 Plantée aux abords d’un terrain de base-ball dans un Mexique tombé sous la coupe des cartels de drogue, une  caravane. C’est là que vivent une petite fille prénommée Huck et son père, un junkie qui est gardien de ce terrain de sport. Le père, dont la femme et sa fille ainée ont déjà été assassinées, a peur pour Huk. Dans la journée, pour qu’elle ne soit pas enlevée – car on raconte que, dans le pays, les filles disparaissent-, il lui impose de camoufler sa féminité.  Huk se balade donc le visage caché sous un masque et habillée en garçon…

Avec sa bande de copains, la petite fille décide un jour d’éliminer le chef des narcos qui terrorisent la région. Ce sera le jour de la fête organisée pour l’anniversaire du caïd…

Réalisé par un cinéaste inconnu en France, mais qui a du métier, puisqu’il en est à son septième long métrage, Cómprame un revolver décrit un Mexique de fiction assez terrifiant  où, surtout pour les femmes et les enfants, il ne ferait pas bon vivre.  Bien que  sous haute tension d’un bout à l’autre, ce film n’est pas que violence et terreur. Il est aussi  teinté d’humour, de tendresse, de burlesque, d’amour et d’amitié. Les explosions n’y sont pas que meurtrières, elles peuvent être aussi  celles de feux d’artifice. On est à la fois dans la réalité supposée du Mexique de demain et dans un conte  onirique. C’est ce mélange qui fait le charme et l’intérêt de ce film un peu foutraque, qui avait été projeté en mai dernier à la Quinzaine de la Critique.

Recommandation : bon

 

-« Sunset » de László Nemes- Avec Suzanne Wuest, Vlad Ivanov, Björn Freiberg…

Quatre ans après le Fils de Saul (une plongée dans le cœur d’Auschwitz à travers le regard d’un prisonnier juif)  qui lui avait valu le Grand Prix à Cannes et, à Hollywood, l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, le réalisateur hongrois László Nemes revient sur les écrans. Pour son second long métrage, il nous emmène, dans le Budapest de l’été 1913. En cette veille de la première guerre  mondiale, et malgré son calme apparent, la capitale hongroise commence à gronder de mouvements révolutionnaires souterrains. Une jeune fille, Irisz, y revient, en toute inconscience. Elle est seulement déterminée à connaître les dessous de la faillite qui coûtèrent à ses parents  juifs, désormais décédés, leur  célèbre chapellerie. Elle veut aussi essayer d’en savoir plus sur ses origines et sur son frère qui a disparu. Les bases d’un polar sont posées…Il sera labyrinthique et nébuleux,

 Car, faute d’un propos abouti, on va  souvent se perdre  dans ce film aux allures de polar historico-familial .

Bizarrement, au bout du compte, on va pardonner à ce Sunset ses  manques de  clarté et de rigueur scénaristique tant on aura été fasciné par lui. Beauté de la lumière, élégance  des décors et costumes, perfection des cadres, agilité de la caméra… il  aura été impossible de quitter l’écran des yeux. On  aura été  comme hypnotisé par cet O.V.N.I .  Si Nemes voulait nous offrir une leçon d’histoire, c’est raté, mais  en revanche, quelle leçon de cinéma !

Recommandation : bon.

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