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Sean sans James ou Connery sans Bond !

Sean, icône écossaise, se déchaîne, fait des pauses, excelle dans plusieurs chefs d’oeuvre même si certains films ne sont pas exempts de faiblesses…

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Lu / Vu par

Françoise Thibaut
Publié le 11 nov . 2020

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Déjà plus de 30 ans ? Au-delà de boulots temporaires, de figurations et contrats aléatoires, après l’armée, le bodybuilding et les concours de Monsieur Muscle, un assez beau gars, parfaitement inconnu fut sélectionné parmi plusieurs centaines de candidats pour devenir l’agent 007 dans l’adaptation à budget limité (d’où l’absence de star) d’un roman de Ian Fleming. Ce fut James Bond contre docteur No réalisé par Terence Young en 1962, produit par l’indestructible duo Saltzman/Broccoli, dont le succès planétaire doit beaucoup à Sean Connery et aussi au peu couvrant costume de bain de la sublime Ursula Andress.

Parfaite recette du film d’aventure à l’ancienne, mais persillé d’engins de science fiction et d’un peu de sexe libéré (Bond consomme des femmes de passage comme  un jukebox ses pièces de monnaie), ce premier opus fut suivi, en 63 et 64, d’un excellent Bons baisers de Russie (où Sean prend vraiment sa dimension) et du fracassant Goldfinger de Guy Hamilton.

La rente de confort est assurée, tout comme la notoriété. Mais Sean, cet écossais malin, a très vite compris qu’il ne devait pas se laisser complètement enfermer dans le personnage de James, certes agréable et bien fringué mais fort répétitif et à la longue encombrant. Donc, ces mêmes années, il essaie l’assistance psychologique avec Alfred Hitchcock dans Pas de printemps pour Marnie avec la pleurnicheuse Tippi Hedren, dans lequel il a l’air un peu empaillé, et surtout dans le fort cruel et viril La colline des hommes perdus de Sidney Lumet où il excelle.

Cette rencontre avec Lumet fut sans doute déterminante : La colline lui fit comprendre qu’il était définitivement destiné aux personnages d’action, aux rôles énergiques et plus profonds que l’élégant et superficiel 007. Joe Roberts qui essaie de mettre fin aux cruautés perpétrées au sein du camps disciplinaire de l’armée anglaise, à la fois pathétique, effrayant, reste le personnage qui fit entrer Sean dans la cour des grands.  Lumet fit de nouveau appel à lui (en tout 5 films) pour l’excellent Gang des Anderson en 71 et L’offense en 73.

L’affaire est ficelée. Les dollars continuent de pleuvoir avec les 3 numéros suivants de James Bond : en 1967  On ne vit que 2 fois, un des meilleurs, qui fit de lui l’idole des Japonaises ; en 68  Operation Tonnerre, et enfin Les diamants sont éternels en 71, tous deux assez ennuyeux. Le contrat se termine enfin, Roger Moore ayant assuré l’intérim, puis, après 2 essais pâlots, le joli Brosnan et le maigrelet Craig continuent la répétitive saga.

Points forts

Sean, alors, se déchaîne : d’abord avec le décoiffant Zardoz de John Boorman, en 73, où vêtu de haillons, il essaie  en 2293 de rétablir un semblant d’humanité sur une terre ravagée, mais où il séduit tout même  Charlotte Rampling. Les années suivantes révèlent, en compagnie de son copain Michael Caine, un chef d’oeuvre absolu de John Huston L’homme qui voulut être roi dont l’intrigue due à Rudyard Kipling mêle les thématiques préférées des récits d’aventures : exotisme, mystère, quête impossible, paysages magnifiques, guerres cruelles, humilité et orgueil...Le beau Lion dans le vent de John Milius, sensé évoquer un grand moment indépendantiste dans le Sahara de la fin du 19ème siècle : emmitouflé dans ses burnous, il est splendide, Candice Bergen aussi expressive qu’une endive. Il collabore à l’adaptation du Crime de l’Orient Express  de Lumet, au sein d’une distribution prestigieuse. C’est un peu mou. Mais en 77 et 79 il prend sa revanche en fringant général britannique coincé à Arnhem en 1944 dans  l’interminable Un pont trop loin  de Richard Attenborough et surtout en 79 avec La grande attaque du train de l’or de Michael Crichton, dans lequel il s’amuse beaucoup, se déguise avec son ami Sutherland, pour faucher l’or destiné à la solde des armées britanniques stationnées en Inde. Histoire véridique, un peu romancée, du premier hold up ferroviaire en 1855. Succès considérable.

Sean fait une pause.  Prend des vacances aux Bahamas. Il est riche, écossais et fier de l’être, connu du monde entier. Il attend la suite. Il n’est pas pressé, et doit, à bientôt 50 ans, faire de bons choix. L’opportunité, extravagante, se présente en 82 : au terme de laborieuses négociations, il accepte d’être (pour redorer son blason), d’incarner Bond 007 une ultime fois. Sous exigeantes conditions. Ce sera Jamais, plus jamais d’Irvin Kershner où il affronte Klaus Maria Brandauer et danse un inoubliable tango avec la sublime Kim Basinger. Irrésistible succès de 1983.

Sean tire sa révérence, enfin débarrassé d’un James satisfait. Désormais intouchable, il se fait icône de l’indépendance de l’Ecosse. La Reine, bonne fille, ne lui en veut pas et l’anoblit. Il devient Sir Sean Connery en kilt.

 Quelques années prodigieuses et 4 rôles inoubliables : En 1984, le folklorique Ramirez, couvert de pacotilles et de rubans, qui, dans Highlander  de Russell Mulcahy, apprend à Christophe Lambert (Mac Leod) à conserver son immortalité. Rôle très court mais qui enrichit considérablement l’originalité du récit. Ensuite Le nom de la Rose, de J.J. Annaud, d’après le livre d’Umberto Eco, où il est, en 1387, moine enquêteur sous le nom de Guillaume de Baskerville (clin d’oeil à Conan Doyle) sur une sale affaire dans une abbaye peu reluisante. En 1988, il obtient un Oscar de « meilleur second rôle » pour son interprétation de l’ex-flic Malone dans Les Incorruptibles de de Palma aux côtés de Costner et de Niro. Il est bien dommage qu’il meure si tôt dans le récit ; après sa disparition c’est beaucoup moins original. Enfin en 89/90 (tournage très long), il est le magnifique commandant Ramius d’A la poursuite d’Octobre rouge de John Mctiernan, avec un très bon Alec Baldwin et Sam Neill en touchant officier russe rêveur. La fin est très belle. Une inoubliable chasse sous-marine, menée avec subtilité.

Quatre films et quatre personnages qui sont peut-être les meilleurs de Sean, si judicieux, pour lesquels il continue de se déguiser et varier ses effets avec délectation.

Définitivement, il s’est spécialisé dans le film d’aventure, de quête, d’exploits improbables, où la sentimentalité est rare, les femmes très secondaires (Bond en a tellement consommé, on le comprend). Il enfonce le clou en 89 et accepte d’avoir vieilli en étant le père de Harrison Ford dans Indiana Jones et la dernière croisade de Spielberg.

Points faibles

Puis, il se fait plus rare, peut être saturé de tant d’exploits. Il y aura Rock de Michael Bay, une variante de « il faut sauver Alcatraz » ; en 1999 il accepte Haute Voltige qui l’amuse, et surtout parce qu’il est tourné en partie en Ecosse, avec Catherine Zeta Jones d’une vulgarité propre à décourager n’importe quel octogénaire un peu éduqué, et termine en 2003 avec l’assez médiocre Ligue des gentlemen extraordinaires...peut être pour s’acheter des clubs de golf en platine…

En deux mots ...

Un parcours  et une vie étonnants, traversés de multiples personnages, servis par une forme physique rare et de bonnes évaluations dans une carrière plutôt exceptionnelle. Ce dédoublement de personnalité a sans doute permis à Sean Connery une longévité peu fréquente dans le métier et une notoriété planétaire, tant ses registres furent variés.

Il y avait de quoi, vers 90 ans, perdre un peu la tête et s’endormir paisiblement dans son sommeil...sans pistolet sous l’oreiller.

Le réalisateur

Né le 25 août 1930 à Édimbourg, en Écosse, est mort le 31 octobre 2020 à Nassau, aux Bahamas. Il a été anobli par la reine Elizabeth II en 2000.

 Tous les films cités existent en DVD ou sur tout autre support, ainsi que sur les réseaux  de films à la demande .

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