Culture-Tops soutient nos amis les libraires

Cinéma/Séries TV

TOUT SIMPLEMENT NOIR

Une critique drôlissime, bon enfant et vacharde du communautarisme noir…
De Jean-Pascal Zadi, John Wax
Sortie DVD, BLU-RAY, VOD
Avec Jean-Pascal Zadi, Caroline Anglade, Claudia Tagbo...

Infos & réservation

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 11 nov . 2020

Recommandation

3,0ExcellentExcellent

Thème

JP, un acteur raté de 40 ans, décide d’organiser la première grande marche de contestation noire en France, mais ses rencontres souvent burlesques, avec des personnalités influentes de la communauté et le soutien intéressé qu’il reçoit de l’humoriste Fary, le font osciller entre une envie d’être sur le devant de la scène et un véritable engagement militant…

Points forts

La forme du film, qui est celle d’un faux documentaire. Elle permet aux réalisateurs de brouiller les pistes entre réalité et fiction et de s’en donner à cœur joie dans l’irrévérence. 

Partant du principe qu’il vaut mieux « rire de tout avant que d’en pleurer », le film soulève, par le rire, de nombreuses questions sociétales rarement abordées sur le grand écran, comme le métissage, la représentation des noirs au ciné, etc. Il est aussi une satire au vitriol sur le communautarisme et les mirages du show-biz qui n’est pas précisément l’univers de « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ».

Le casting est formidable. Les acteurs, tous des pointures, jouent leur propre rôle et s’amusent à casser leur image. Lilian Thuram, Claudia Tagbo, Joey Starr… sont dans une forme de jeu olympique. Ils réussissent à couvrir tous les registres de l’humour. La scène où torse nu, machette à la main, Lucien Jean-Baptiste hurle des menaces en créole face à un Fabrice Eboué complètement ébahi, est une scène d’anthologie.

Points faibles

La maladresse de la réalisation qu’on finit par oublier grâce à la drôlerie du film.

En deux mots ...

Quand il était sorti, en juillet dernier, ce faux documentaire – mais vraie comédie – avait trouvé une résonance dans l’actualité, notamment au moment du meurtre, par un policier blanc, de George Floyd, un noir nord-américain de Minneapolis alors qu’en fait, il avait été tourné bien avant ! La presse avait vanté, presque unanimement, la qualité de son écriture et sa façon de dynamiter le politiquement correct pour questionner la complexité de l’identité noire en France. Pendant la période estivale de sa sortie, le public avait accouru et fait la fête à cette comédie qui déboulonne, dans des scènes inénarrables de drôlerie, de nombreux préjugés racistes… Coup d’essai, coup de maître : ce très réjouissant Tout simplement noir sort en DVD ce 11 novembre. Il n’a évidemment rien perdu de sa drôlerie, de son intelligence, de son esprit satirique et burlesque.

Un extrait

Le film est une critique du communautarisme par l’absurde. On essaie de montrer que parler du communautarisme n’a pas de sens… Est-ce qu’on parle de communautarisme lorsqu’il n’y a que des blancs dans un film français ? (Jean-Pascal Zadi, acteur-réalisateur).

Tout simplement noir est universel dans son propos. Il a pour vocation de rassembler. La preuve : j’ai pu être coréalisateur sans être noir. (John Wax, réalisateur)

Le réalisateur

Né en 1980 à Bondy de parents ivoiriens, Jean-Pascal Zadi, dit JP, est un réalisateur, acteur et rappeur français, qui s’est d’abord essayé à la musique avant de se lancer dans le cinéma à la fin des années 2000 avec des films autoproduits, dont Sans pudeur ni morale en 2011.

John Wax est un photographe de plateau qui collabore régulièrement à des écritures de scénario.C’est la passion du cinéma qui a réuni ce tandem d’autodidactes éclectiques. Ils s’étaient rencontrés en 2013 sur Le Crocodile du Botswana de Fabrice Eboué et ne se sont plus quittés, soudés par leurs goûts communs pour l’humour et les vannes. C’est JP qui a eu le premier l’idée du film. Le scénario a été d’abord élaboré par Fabrice Eboué, puis John Wax y a mis son grain de sel. Quand il a été achevé, John Wax et JP ont décidé de le réaliser à deux.

-Bonus : le making-off (21mn), 6 scènes coupées (10mn) et le bêtisier (3mn).

Et aussi

 

UNE VIE SECRÈTE  d’AITOR ARREGI, JON GARANO et JOSÉ MARI GOENAGA – Avec ANTONIO DE LA TORRE, BELÉN CUESTA…

Sortie DVD, BLU-RAY, VOD.

Espagne, 1936. En Andalousie, Higinio, partisan républicain, a été dénoncé aux nationalistes. Après avoir échappé de justesse à une rafale de tirs nourris puis à une traque, il décide, avec l’aide de sa femme, Rosa, de se cacher dans sa propre maison, sous une trappe qui lui permet de suivre tout ce qui se passe chez lui. La peur l’empêchant de mettre un pied dehors, il restera cloîtré chez lui pendant plus de trente ans, vivant malgré tout une histoire d’amour passionnelle avec sa femme, couturière, sans s’apercevoir que sa claustration va l’entraîner dans une paranoïa responsable de son incapacité, à retrouver une existence normale une fois les hostilités terminées.

Il y a eu de nombreux films sur l’Espagne franquiste. Mais, avec Une Vie secrète, c’est la première fois que des cinéastes (ils sont trois pour ce seul long métrage) abordent cette guerre dans un de ses dommages collatéraux souvent méconnus, celui de la disparition de partisans républicains, qui s’évanouirent dans la nature sans laisser de trace. L’histoire du résistant Higinio racontée ici, est inspirée d’une histoire vraie. Sorti en salles le 28 octobre dernier, Une vie secrète, huis clos psychologique, dense, visuellement magnifique et porté par ce fabuleux acteur qu’est Antonio de la Torre avait vu son envol se briser sur la fermeture des salles de cinéma françaises. Il vient de sortir en DVD. C’est l’occasion de lui donner une seconde vie.

Recommandation : excellent.

 

–  ALA CHANGSO  de SONTHAR GYAL - Avec YUNGDRUNG SUNGSUNG, JINPA, SECHOK GYAL…

 Jeune quadragénaire tibétaine, Drolma se découvre un cancer. Selon elle, c’est sa punition pour ne pas avoir fait le pèlerinage promis à son défunt époux. Cachant sa maladie à son nouveau mari Dorje, elle part à pied à Lhassa pour un voyage d’un an. Dès le départ, son voyage semble voué à l’échec. Sa maladie la fait souffrir, ses deux porteuses l’abandonnent et la météo s’en mêle. Dorje finit par la rejoindre en voiture, en compagnie de Norbu, un jeune garçon né du premier mariage de Drolma. Le voyage prend une tournure inattendue.

Epuisée, Drolma ne peut aller au bout de son pèlerinage mais elle fait promettre à son mari de le terminer en compagnie avec celui qui est devenu son beau-fils. L’adulte et l’enfant ne s’entendent pas. Mais, après maintes péripéties et des rencontres inattendues, la fin de leur voyage scellera leur réconciliation.

Comment ne pas être happé par ce drame psychologique qui, sous son allure de road movie religieux et rédempteur, nous convie à suivre un pèlerinage sans équivalent, où les dévots doivent se prosterner à terre tous les trois pas, selon une gestuelle qui les oblige à se protéger les mains et les avant-bras avec de grandes plaquettes de bois. Comment, aussi, ne pas être touché par ce conte qui se déroule aujourd’hui mais qui semble avoir des racines millénaires ? Il est difficile de rester insensible aux sortilèges de ce film d’autant plus magnétique que ses images sont splendides. Récompensé en Chine par quinze prix, Ala Changso vient de recevoir le label AFCAE (l’Association Française des salles Classées Art et Essais). Ce qui a incité son distributeur français à le diffuser en VOD sur www.cinecroisette.com. En vous y rendant, c’est une chance à donner au cinéma indépendant, dont la survie s’avère de plus en plus difficile.

Recommandation : excellent.

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.