VOIR LE JOUR

Si le quotidien du personnel hospitalier m’était conté…
De
Marion Laine
Sortie DVD le 1er décembre chez Pyramide
Avec
Sandrine Bonnaire, Brigitte Rouän, Aure Atika, Sarah Stern…
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Jeanne (Sandrine Bonnaire) travaille comme auxiliaire de puériculture dans une maternité de Marseille. Malgré un manque d’effectif criant, une pression permanente de la direction et un salaire insuffisant au vu de leurs responsabilités, elle et ses collègues se battent nuit et jour pour défendre les mères et leurs bébés. C’est d’autant plus difficile pour Jeanne qu’elle élève seule Zoé, sa fille de dix-huit ans ( Lucie Fagedet). Quand cette dernière la quitte pour aller étudier à Paris, son passé secret de chanteuse d’un groupe rock ressurgit. On va la voir affirmer ses choix de vie, « voir le jour », se réinventer, devenir mère …

Points forts

En plein débat sur les conditions de travail des personnels hospitaliers, Voir le jour tombe à pic.  Adapté de Chambre 2, le roman  autobiographique de Julie Bonnie, ce film, d’une belle densité documentaire, met le doigt sur les difficultés du métier de sage-femme dans un grand hôpital public. Il est aussi instructif que poignant, tout en échappant au mélo, car les femmes qu’il met en scène  sont toutes des  passionnées et des combattantes.

Autre point fort de ce film, à travers le personnage de Jeanne, il montre, avec pudeur,  comment une femme devient « mère ».

 De Kenza Fortas à Aure Atika, en passant par Brigitte Roüan, le casting  féminin est impeccable, dominé par une Sandrine Bonnaire d’une justesse et d’une tendresse jamais larmoyantes.

Bonus: Commentaires de scènes par Marion Laine. Scènes coupées.

Quelques réserves

On peut regretter que Voir le jour soit construit sur des flash-back. Pas toujours bien placés, pas toujours utiles non plus, ces derniers nuisent à sa lisibilité et amenuisent son intérêt documentaire. 

Encore un mot...

Belle  idée qu’a eue Marion Laine de montrer des puéricultrices en lutte dans un hôpital marseillais à travers le portrait de l’une d’entre elles. Voir le jour tient de la chronique sociale et c’est ce qui en fait un de ses intérêts, l’autre, et non des moindres, étant de regarder jouer ses héroïnes. Sorti sur les écrans en pleine période des vacances, le 12 août dernier, Voir le jour  était passé un peu inaperçu. Disponible en DVD à partir du 1er décembre, c’est le moment de le redécouvrir.

Une phrase

« Les sous-effectifs, le fonctionnement en flux tendu avec toutes les magouilles que cela entraîne, dont la programmation des césariennes pour organiser le remplissage des lits…Un des thèmes importants du film est la dénonciation du quotidien du personnel dans les maternités. On voit bien dans le film que les infirmières et les puéricultrices  sont surexploitées, font souvent deux journées en une et assurent beaucoup de gardes.. Ce n’est pas pour rien qu’il y a actuellement autant de manifestations au sujet des hôpitaux. Je tenais à faire ce film aussi pour sa portée politique » ( Sandrine Bonnaire, comédienne).

L'auteur

Née à Voiron dans l’Isère d’un père ingénieur des travaux publics, Marion Laine a, dans sa jeunesse, beaucoup voyagé. Après son baccalauréat, elle part s’installer à Paris et s’inscrit à la Sorbonne où elle suit des cours d’arabe. Sa rencontre avec le metteur en scène Stéphane Braunschweig bouleverse son itinéraire professionnel. Elle plaque la fac et s’oriente vers le théâtre. Elle devient comédienne, d’abord au théâtre puis sur le petit écran, où elle développe une fascination pour la caméra. Elle s’initie  alors à la réalisation en tournant plusieurs courts métrages, Les unitaires, Le fil d’Ariane ( avec Julie Ferrier et Arié Elmaleh), et Ce soir-là ( avec Sandrine Bonnaire et Simon Abkarian). En 2008,  pour son premier long métrage, elle choisit d’adapter une œuvre de Gustave Flaubert, Un cœur simple, avec dans les deux rôles principaux Sandrine Bonnaire et Marina Foïs.  En 2012, elle fait appel à Juliette Binoche pour être l’interprète féminine d’A coeur ouvert. Pour Voir le  jour, qui est son troisième long métrage, elle a fait de nouveau appel à Sandrine Bonnaire, son actrice fétiche.

Et aussi

 

–  DIVORCE CLUB  de Michaël Youn – Avec Arnaud DUCRET, François-Xavier  DEMAISON, Caroline ANGLADE…

Après cinq ans de mariage, Ben (Arnaud Ducret), agent immobilier, est toujours aussi amoureux de sa femme. Un jour, il découvre en public qu’elle le trompe.Cette dernière ayant demandé le divorce, Ben rejoint un cercle de thérapie de groupe dans lequel il retrouve  Patrick (François-Xavier Demaison), un ancien ami, divorcé aussi, qui lui propose  de venir partager avec lui sa luxueuse maison…  Contrairement  à Ben, Patrick a une autre façon de noyer le chagrin de son nouveau célibat.  Avec une bande de copains dans la même situation, il a opté pour une vie de plaisirs et d’extravagances en tous genres.. Mais parfois, la vie réserve des surprises…

Qu’on aime ou pas le côté provocateur et potache de Michaël Youn, force est de lui reconnaître une énergie de tous les diables et une imagination débordante.  Avec Divorce club, les fans de cet infatigable trublion vont être de nouveau à la fête. D’autant qu’en plus d’être très bien écrit, Divorce club est porté par des acteurs au meilleur de leur forme comique et délirante. Scénario inventif, dialogues taillés pour la démesure de leurs interprètes…au dernier festival de l’Alpe d’Huez, Divorce Club avait raflé deux prix, le Grand Prix, et celui de la Presse. Idéal pour une soirée de confinement.

 Recommandation : excellent

Sortie DVD M6 Vidéo.

Bonus: sans.

 

– LE DÉFI DU CHAMPION  de LEONARDO D’AGOSTINI – Avec STEFANO ACCORSI, ANDREA CARPENZANO…

Christian, jeune star millionnaire italienne du ballon rond, a un talent fou. Le problème est qu’il se comporte comme un enfant gâté et rebelle. Fatigué de ses frasques, le président de son club décide de le remettre dans le rang. En le menaçant de le maintenir sur le banc de touche,  Il l’enjoint de passer son bac et lui colle un professeur particulier. Ce dernier est l'antithèse  de son poulain. Il est intello, ombrageux, et fauché. Mais incroyablement,  de ce duo que tout oppose, va naître une formidable histoire d’amitié…

Pour ce film, qui est son premier, le réalisateur italien Leonardo d’Agostini dit s’être inspiré d’un vrai joueur de foot. En tous cas, il a mis dans le mille. Non seulement son film est d’une belle rigueur réaliste ( plongée dans le monde -si frelaté- du football comme si vous y étiez), mais il est drôle, touchant, attachant, moderne et  férocement satirique. Sorti le 5 août dernier sur les écrans français auréolé du   Ruban d’argent, le prix du Meilleur réalisateur de la critique italienne, il avait fait carton vert chez les cinéphiles. Cette sortie en DVD va lui permettre d’élargir encore son public. Aucun besoin d’être amateur de foot pour le savourer.

Recommandation : excellent.

Sortie DVD Destiny Films .

Bonus: Making of, bandes-annonces.

 

 – LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L’ŒUF  de WANG QUAN’AN – Avec AORIGELETU, ARILD GANGTEMUER…

Le corps d’une femme est retrouvé au milieu de la steppe mongole. Un policier novice est désigné pour monter la garde sur la scène du crime. Dans cette région sauvage, désertique, et pourtant visitée de temps à autre par les loups, une jeune bergère vient  lui apporter à manger et l’aider à se protéger du froid. Le lendemain matin, rien ne sera plus comme avant, ni pour le policier, ni pour la bergère…

Enquête policière? Documentaire sur la vie dans les steppes mongoles? Variation poétique sur le temps qui passe? A dire vrai, il est difficile de classer ce film, le septième du chinois Wang Quan’an. Et au fond, peu importe, car ce qui compte ici c’est le magnétisme que dégage ce film. Est-ce la beauté de sa photo? Ses cadrages gonflés qui accordent souvent plus d’importance aux paysages et aux levers et couchers du soleil qu’aux personnages en eux-mêmes? Son histoire tarabiscotée ? Ses plans fixes interminables? En tous cas, il est difficile de quitter l’écran  des yeux. Dès que l’ennui sourd , le film happe par sa poésie. C’est une sorte d’ovni, un voyage « extra-ordinaire »dans le monde du cinéma.

Recommandation : excellent.

Sortie  DVD chez Diaphana.

Bonus: Entretien avec Aymerick Pilarski, directeur photo. Masterclass avec Wang Quan’an au forum des images par Pascal Mérigeau, Bande annonce.

 

–  COFFRET CHABROL – SUSPENSE AU FEMININ-

Dans un entretien autobiographique publié en 2001, Claude Chabrol - que James Gray considère comme « un immortel du grand écran » – avait avoué  que contrairement à nombre de ses confrères, il s’était toujours intéressé aux femmes, et il avait  ajouté, avec son franc-parler habituel que ce n’était pas pour « les sauter », mais parce qu’il les trouvait plus intéressantes que les hommes. « Une femme dans son quotidien devient un vrai sujet. Et une femme étrange, criminelle, mystérieuse devient LE sujet »…

Ces propos pour expliquer la raison pour laquelle la femme a toujours été l’un des sujets favoris de ce réalisateur. La femme, son « état », son « pourquoi » et son « mystère ». Onze de  ses seize derniers films sont d’ailleurs centrés prioritairement sur un ou plusieurs personnages féminins.

Le nouveau coffret de DVD qui est consacré au réalisateur des Biches  avait donc un thème tout trouvé :  le « suspense au féminin ». Il contient cinq de ses films- L’enfer (1994), La Cérémonie (1995), Rien ne va plus (1997), Merci pour le chocolat (2000) et La fleur du mal (2003)- qui  ont comme point commun de reposer sur un mystère. Trois d’entre eux sont joués par Isabelle Huppert et trois sont des films de femmes criminelles. L’Enfer est un drame cauchemardesque, Rien ne va plus, une savoureuse comédie policière et La Cérémonie, Merci pour le chocolat et La fleur du mal, des thrillers psychanalytiques. Difficile de les départager. Ils sont tous  délicieusement gourmands, noirs, vachards, sensuels.

Recommandation : excellent.

Sortie DVD BLU RAY  le 2 décembre,  édité par Carlotta films.

Bonus: présentation des 5 films par Joël Magny, scènes des 5 films commentées par Claude Chabrol, entretiens avec Claude Chabrol, Caroline Eliacheff, Isabelle Huppert et Jacques Dutronc, conversations inédites avec Marin Karmitz, Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert, bouts d’essais d’Anna Mouglalis pour Merci pour le chocolat, 5 bandes-annonces originales, bande-annonce  du cycle Suspense au féminin.

Commentaires

Anonyme
lun 07/12/2020 - 23:40

M.Poncet semble avoir le monopole du cinéma. Du coup, difficile de se fier à ses chroniques. Pour plus d'indépendance et une variété de points de vue, pourriez-vous confier la rubrique à plusieurs chroniqueurs, svp ?

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Vous pourriez aussi être intéressé