Economie des âges de la vie
Parution en mars 2026
313 pages
23.90€
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Thème
Le livre repose sur une idée simple et pourtant négligée : nous ne produisons, ne consommons et ne contribuons pas de la même manière à chaque âge de la vie. Chaque âge est inscrit dans un réseau de dépendances : les jeunes consomment plus qu’ils ne produisent, les actifs produisent un surplus qu’ils transmettent, et les personnes âgées consomment à nouveau davantage via les transferts et le patrimoine accumulé.
Contrairement à l’idée d’un transfert unilatéral des jeunes vers les vieux, les flux économiques apparaissent en réalité bidirectionnels et complexes. L’État n’est qu’un acteur parmi d’autres et les familles, les solidarités informelles, les transmissions différées composent une trame plus vaste et plus souple mais moins immédiatement lisible.
Les controverses contemporaines, notamment autour des retraites, se focalisent sur les transferts publics descendants (actifs vers retraités), négligent les transferts ascendants (aides familiales, héritages différés) et tout spécialement la redistribution publique en faveur de la jeunesse, via les dépenses d’éducation, qui constituent un investissement collectif massif. La distinction essentielle entre revenu primaire (issu du travail et du capital) et revenu disponible, intégrant les mécanismes de redistribution permet de constater que les sociétés contemporaines reposent moins sur une opposition entre générations que sur leur interdépendance économique.
Ce déplacement du regard est sans doute l’apport le plus fécond de l’ouvrage : il invite à penser la société non comme un champ de rivalités, mais comme une chaîne de dépendances successives, où chacun reçoit et transmet. Et la démonstration par l’auteur que le niveau de vie s’améliore globalement de génération en génération, contredit le sentiment largement répandu d’un déclin irréversible.
Ainsi, la représentation d’une jeunesse abandonnée par ses aînés s’effrite au contact des données. Le livre ne nie pas les difficultés contemporaines - logement, insertion professionnelle - mais il refuse d’en faire la preuve d’un déséquilibre systémique entre générations.
Points forts
Le premier mérite du livre est de clarifier un débat confus. En objectivant les flux économiques, il permet de dépasser les oppositions simplificatrices. Cette clarification repose sur une méthodologie explicite, qui confère à l’argumentation une solidité rarement atteinte dans les essais grand public.
Deuxième force, sa capacité à articuler économie publique et économie privée. Là où les analyses se concentrent souvent sur l’État, le livre restitue le rôle des familles et des solidarités informelles.
Enfin, le livre propose une vision humanisée de l’économie. En réinscrivant les phénomènes économiques dans le temps de la vie, il rappelle que l’économie n’est pas seulement affaire de production, mais aussi de transmission, de dépendance et de continuité. Cette démarche est profondément salutaire dans un contexte saturé de discours anxiogènes.
Quelques réserves
En privilégiant une approche fondée sur les flux quantifiables, le livre tend à réduire la complexité du lien intergénérationnel à sa dimension économique. Or, les relations entre générations ne se résument pas à des transferts financiers. Qu’en est-il, par exemple, des héritages immatériels, culture, environnement, institutions ? Le livre évoque ces questions sans les intégrer pleinement dans son cadre analytique.
Par ailleurs, soucieux de corriger les excès du discours sur le déclin, le livre tend parfois à minorer les inquiétudes contemporaines et la question du ressenti social. Car même si les données contredisent l’idée d’un appauvrissement généralisé des jeunes, le sentiment d’insécurité économique demeure : croissance du revenu ne signifie pas nécessairement amélioration du bien-être au sens large.
Encore un mot...
Économie des âges de la vie apporte une contribution importante à la compréhension des dynamiques intergénérationnelles et nous force à regarder autrement ce que nous croyions connaître. Il mobilise les outils de l’économie du cycle de vie et des transferts, pour permettre de passer d’une logique de conflit à une logique de circulation en proposant une lecture renouvelée des relations entre âges : nous sommes toujours, simultanément, débiteurs et créanciers, héritiers et passeurs. En refusant la facilité du conflit générationnel, il restitue à la société et à l’économie la profondeur temporelle et relationnelle qu’elles avaient en partie perdue.
Une phrase
« Aujourd’hui, en France, on rejoue la guerre des générations à la moindre occasion. Les retraités […] s'apprêteraient à laisser derrière eux des montagnes de dettes et de carbone.» P.11
« A l’instar de la charge d’intérêt de la dette publique, le coût du changement climatique incombe à toutes les générations présentes et n’est pas réservé aux générations futures. » P.41
« Globalement, le niveau de vie s’améliore de générations en générations. Non, ce n’était pas mieux avant ! »P. 59
L'auteur
Hippolyte d’Albis est un économiste du temps long. Son travail s’inscrit dans une trajectoire intellectuelle cohérente, à la croisée de l’économie et de la démographie. Professeur à l’ESSEC et chroniqueur aux Echos, il est impliqué dans des programmes internationaux de mesure des transferts entre générations et observe la société à partir de ses structures profondes plutôt que de ses symptômes immédiats. Son projet n’est pas de proposer une théorie générale de la justice intergénérationnelle, il ne cherche ni à séduire ni à alarmer, mais à corriger les biais de perception qui dominent le débat public. Son regard est celui d’un économiste pour qui le temps long, celui des générations, importe davantage que l’instant médiatique.
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