Femmes de fer, elles ont incarné la saga Wendel

De la Révolution à la Ve République, portraits de quinze femmes d'exception au cœur d'une dynastie prestigieuse. Un récit captivant et un rendez-vous avec l'Histoire de France
De
Alain Missoffe et Philippe Franchini
Tallandier -
328 pages -
21,50 €
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4/5

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Thème

L'épopée sidérurgique commence en 1704 lorsque Jean Martin Wendel, le fondateur, acquiert les forges d'Hayange, village de l'est de la France. De génération en génération, les maîtres de forges Wendel réussiront à traverser la Révolution, les invasions, les annexions allemandes et règneront sur les hauts-fourneaux lorrains jusqu'en 1978 -l'année où la sidérurgie française est nationalisée. Mais l'épopée Wendel, ancrée dans le tissu économique, social, culturel et politique français, se poursuit jusqu'à nos jours.

Au XXIe siècle, les Wendel sont toujours présents en Lorraine et dans son paysage avec par exemple, le parc immobilier, les cités ouvrières, les écoles, les hôpitaux, les églises qu'ils ont fait construire autrefois, du temps de leur empire sidérurgique.

Quelles sont les femmes qui ont participé à cette aventure et comment ont-elles contribué, selon leurs personnalités, à sa puissance et à sa renommée?

Alain Missoffe et Philippe Franchini ont pris le parti de n'évoquer ici que des femmes aujourd'hui disparues. Modèles d'un combat féministe avant l'heure, actives mais non revendicatrices, elles ont tenu un rôle déterminant au sein de la saga Wendel «dans des domaines aussi divers que l'industrie et la culture, le développement social et la politique, la Révolution et les guerres, la vie provinciale et le monde parisien».

Cinq thèmes retracent les parcours de ces 15 femmes de caractère.

I- Les Vestales :
Marguerite de Wendel, Madame d'Hayange 1720-1802 ; Joséphine de Wendel, La régente 1784-1872 ; Berthe de Wendel, La reine mère 1849-1918.

II- Paris des lumières et des ombres:
Andrée de Wendel, La saveur de la vie 1886-1980; Hélène de Wendel, Entre Hayange et Byzance 1903-1986.

III- En passant par la Lorraine...:
Marguerite de Mitry, La gardienne du temple 1907-1976; Renée Seillière, La Lorraine des Petits lits blancs 1907-2002.

IV- Les Combattantes:
Thérèse de Hauteclocque, La maréchale Leclerc 1903-1996; Élisabeth de la Panouse, Dexia la magnifique 1898-1972; Bertranne Auvert, L'audacieuse 1919-2002; Oriane Guéna, La jeune fille du courrier 1924-2018; Nicole de Lassus, La dame du maquis 1922-2003; Françoise Schneider, La passion du ciel 1894-1944.

V- Fidélité et Liberté:
Ségolène de Wendel, Une icône du dévouement 1908-1981; Hélène Missoffe, L'engagement 1927-2015.

Cet ouvrage présente beaucoup de développements sur chacun de leur parcours et je ne puis, ici, que les résumer succinctement.
Les Vestales, devenues veuves et maîtresses de forges, maintiennent le flambeau envers et contre tout pour protéger et développer l'entreprise familiale.
Sous la Terreur, Madame d'Hayange refuse d'émigrer avec sa famille pour tenter, seule, de sauver les forges. Mais celles-ci sont vendues comme biens nationaux et Madame d'Hayange meurt dans la misère. Sous le Consulat, un de ses petit-fils rachète les forges mises en adjudication et ranime les feux.

Joséphine -Mme François de Wendel- veuve dès 1825, dirige l'entreprise avec son fils, son gendre puis, au décès de ceux-ci, avec ses petits-fils. La Maison Wendel est en pleine expansion avec la révolution industrielle et Joséphine, précurseur dans le domaine social, met en place le «maternalisme des Wendel» qui consiste à prendre en charge la vie des ouvriers et de leur famille (retraites, écoles, hôpitaux...). Seule, à 86 ans, elle affronte les chocs de la guerre franco-prussienne, de la défaite de 1870 puis de l'annonce de l'annexion de la Moselle. Pour régler sa succession et préserver l'avenir de la Maison, elle constitue en 1871 une société familiale qui perdure toujours, «Les Petits-Fils de François de Wendel et Cie».

Berthe et son mari, Henri de Wendel, décident en 1872 de rester à Hayange pour préserver les intérêts de la Maison et prendre la nationalité allemande afin d'éviter la confiscation des entreprises situées dans la partie annexée. Du décès de son mari en 1906 à 1918, Berthe est attentive à ce qui se passe dans la Maison dirigée par ses fils, puis ses petits-fils. La reine-mère règne en “matriarche” et fonde en 1912 l'Union lorraine, une œuvre sociale destinée à aider les Lorrains déracinés en France, « L'Union lorraine sera la grande œuvre de Berthe ».

Les Femmes de fer des générations suivantes ne seront pas les ‘’patronnes’’ de l'entreprise mais elles furent, elles aussi, volontaires, actives, généreuses et ouvertes au monde.

Andrée et Hélène brillent dans le monde artistique. Marguerite de Mitry s'implique dans la bienfaisance sociale et développe encore l'Union lorraine. Renée organise des événements philanthropiques de niveau international. La maréchale Leclerc soutient son mari au service de la France libre puis, à son veuvage, se dévoue à l'Association des anciens de la 2ᵉ DB. Élisabeth de la Panouse et ses trois filles, Bertranne, Oriane et Nicole s'illustrent dans la Résistance. Quant à Françoise, mariée à Jean Schneider, fils du maître de forges du Creusot et officier engagé dans l'aviation en 1917, elle passe son brevet de pilote au début des années Trente. Fondatrice des infirmières -ou convoyeuses- de l'air en 1934, elle préside les IPSA (Infirmières pilotes secouristes de l'air) et s'investit pendant dans la Seconde Guerre Mondiale. Ségolène organise des circuits clandestins permettant aux jeunes Alsaciens et Lorrains réfractaires d'éviter une incorporation forcée dans la Wehrmacht et au STO. Comme ses cousines résistantes, elle est arrêtée et emprisonnée par la Gestapo et, jusqu'à ses derniers jours en 1981, elle se consacre à ses activités humanitaires. Enfin, dernier exemple des combats de ces femmes remarquables, Hélène, mère d'une famille nombreuse, rentre en politique. Après avoir soutenu la carrière politique et ministérielle de son mari François Missoffe, elle s'engage personnellement. Députée de 1974 à 1986, elle renonce à son siège après son élection au Sénat. En 1977, nommée secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, elle participe au côté de Simone Veil au vote de la loi sur l’IVG; puis en 1984, elle est la figure de proue parlementaire du combat contre la loi Savary menaçant l’école libre.

En effet, avec leurs parcours singuliers témoignant de leur indépendance d'esprit, de leur énergie et de leur patriotisme, chacune des Femmes de fer a contribué au renom de la Maison.

Points forts

  • Le lien familial d'Alain Missoffe avec les Femmes de fer qui donne chair et sentiments à l'aventure Wendel.
  • Un récit sans hagiographie appuyée : les désaccords familiaux, les conflits syndicaux, les accusations d'un paternalisme entraînant la dépendance des ouvriers, les rivalités industrielles, les rumeurs d'anti-patriotisme sont évoqués.
  • La 16 ième Femme de fer : la Lorraine tant aimée de Wendel -si souvent envahie, “ outragée, brisée, martyrisée mais libérée’’.
  • Le dossier central de photos, la bibliographie et les archives Wendel avec documents privés et particuliers, correspondances et témoignages.
  • Les tableaux généalogiques...on les consulte sans cesse au cours de la lecture!

Quelques réserves

Je n'en vois aucun.

Encore un mot...

Un livre très documenté et bien écrit qui se lit comme un roman. Mes coups de cœur vont aux Vestales. De même j'ai particulièrement apprécié les chapitres concernant l'annexion de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine par l'Empire allemand de 1872 à 1919. Bien sûr les circonstances en sont bien connues mais, ici, les auteurs permettent avec clarté et sensibilité d'approfondir, et même de ressentir, les conséquences humaines, économiques et politiques pour la famille Wendel et les Lorrains.

Une phrase

  • Les Wendel...Cette longue lignée industrielle de Lorraine dont j'ai entendu parler toute ma jeunesse, a été admirée, respectée, critiquée, vilipendée. Des dizaines d'ouvrages se sont penchés sur elle, de l'hagiographie au pamphlet. […] Dans les biographies et les monographies sur le sujet comme dans notre imaginaire familial, il s'agit avant tout d'une affaire d'hommes, même si l'on parle volontiers de l'engagement social. Aux premiers, la gestion des entreprises, aux secondes les responsabilités de mères de famille et de dames patronnesses...
    Philippe Franchini et moi avons alors décidé d'aller plus loin, d'explorer ensemble les archives Wendel, de rencontrer de nombreux membres de la famille. Philippe apportait dans notre équipée son savoir-faire d'historien, et je le familiarisais avec un univers très particulier, couvrant plus de trois siècles. (p.7)
  • On ne saurait clore cette galerie de portraits sans avouer que nous ne nous attendions pas à de tels parcours -une méconnaissance sans nul doute liée à la discrétion de nos «femmes de fer» quant à ce que furent leur vie, leurs combats, leurs engagements.(p.313)

L'auteur

Alain Missoffe, arrière-petit-fils de François Wendel et fils d'Hélène Missoffe, dirige un groupe d'assurances et est un passionné d'histoire contemporaine.

Philippe Franchini est essayiste, historien et romancier. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont Les Guerres d'Indochine (t.1 de la conquête française à 1949; t.2 de 1949 à la chute de Saigon), Tallandier, 2011; Corse secrète, Editions Tana collection France secrète, 2012; Continental Saigon, Editions Des Equateurs, 2015.

Le clin d'œil d'un libraire

LE FORUM DU LIVRE : Un monument historique de la librairie à Rennes  

Très satisfait de la formule clic and collect qui a très bien marché chez nos amis bretons, « même si, comme nos confrères, nous nous considérons plus comme des conseillers de lecture que comme des emballeurs de cartons » prévient François Régis Sirjacq, directeur de cette institution qui rayonne sur le Rennes historique à  deux pas du Parlement de Bretagne. Avec ses 80 000 références, ses 18 libraires et ses 1400 m2, Le Forum du Livre porte bien son nom et figure en bonne place dans La Librairie des Records (nationaux). Mais que lit-on en ce moment à Rennes, outre Ouest France ? « Le Barak Obama part tout seul, c’est déjà une approche littéraire, même si ce genre n’est pas ma tasse de thé », avoue le directeur du Forum.

«L’Arabe du futur » de Sattouf est un best seller et c’est bien normal car une des séquences de cette BD se passe à Rennes (Ah ! ces Bretons, Astérix y fait des émules …), et juste après, on trouve le tome VI des « Vieux fourneaux », une série culte de la bande dessinée ». Dans la réalité, le rôle de conseil de François Régis joue aussi sur un tout autre registre : «Je recommande un formidable roman historique : « Never mind » de Gwenaëlle Robert, une malouine - une qualité de plus (sic) - l’histoire d’un certain attentat de Cadoudal contre le premier Consul ». Bingo, nous y étions, nous aussi (presque) ! Il y a aussi le dernier livre de Rachid Benzine au Seuil, "Les Yeux du Ciel" et celui de Véronique Olmi, "les Evasions particulières".

Entretien passionnant avec cet homme de culture aux racines écossaises ! Il faut rendre visite, dans le vieux Rennes, à François-Régis Sirjacq, dont le prénom prédestiné et d’actualité (!)nous rappelle les plus belles heures du « Masque et la Plume ».

Le Forum du Livre, 11 rue de la Visitation 35000 RENNES - Tel 02 99 79 38 93 www.lalibrairieduforumdulivre.fr

​Texte et interview par Rodolphe de Saint-Hilaire pour la rédaction de Culture Tops.

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