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Les évasions particulières

Spécial rentrée littéraire. Un roman familial sur l’émancipation des femmes après Mai 68 : un récit décevant
De Véronique Olmi
Albin Michel, 500 p., 21,90 €

Lu / Vu par

Marie de Benoist
Publié le 15 sep . 2020

Recommandation

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Thème

Bruno et Agnès, catholiques convaincus, mariés très jeunes, vivent modestement à Aix-en-Provence dans les années 1970 avec leurs trois filles. Sabine, l’aînée, voudrait réaliser son rêve de comédienne de théâtre à Paris. Sa sœur, Hélène, passe toutes ses vacances à Neuilly chez son oncle et sa tante, qui lui offrent une vie aisée à l’opposé de celle de ses parents. Douée pour les études, elle choisit la biologie pour défendre la cause animale. La dernière, Mariette, à la santé fragile, reste à Aix, et porte le poids des lourds secrets tus par sa mère. Chacune des  trois sœurs tente de trouver sa voie au cours d’une décennie, marquée par la révolution des mœurs de mai 1968. La question de l’émancipation des femmes constitue la toile de fond de cette saga : l’affaire Gabrielle Russier, Gisèle Halimi, Sartre et Simone de Beauvoir, la loi Simone Veil sont leurs références.  Leur détermination est à la hauteur de leur naïveté, leurs attentes seront déçues, elles ne parviendront pas vraiment à se libérer des contraintes subies par leur mère, elle-même perdue dans ce monde qui change. Seuls les liens familiaux semblent préservés malgré les obstacles.

Points forts

• L’auteur montre assez bien à quel point les convictions féministes et les ambitions parisiennes de ces jeunes provinciales se heurtent  aux réalités médiocres de leurs rencontres sentimentales ou professionnelles. Aucune ne donne le sentiment de vivre à plein cette libération des femmes, qui les hante.

• Au cours de ces années 1970-1980, même si les mœurs changent de manière radicale, le poids de l’éducation continue à déterminer les choix futurs des jeunes.

• L’entente des sœurs constitue leur principale force.

Points faibles

• Une fâcheuse tendance à tout noircir : tout engagement s’apparente à une servitude, la vie familiale à une suite d’obligations, la nouveauté fait peur. Que de tentatives avortées, que d’échecs, que de situations déprimantes !

• Des personnages geignards, qui ne se battent pas vraiment, mais subissent leur destin, sauf la joyeuse et originale Laurence ! La mère apparaît même caricaturale dans ses attitudes déraisonnables.

• Un livre trop long, trop touffu, qui se perd dans des détails inutiles.

En deux mots ...

Un roman interminable sur les atermoiements d’une mère et de ses trois filles à Aix-en-Provence et à Paris entre le septennat de Giscard d’Estaing et l’élection de Mitterrand. Véronique Olmi n’atteint pas son objectif dans ce récit, censé mêler la fiction au contexte sociologique de l’époque. Le lecteur ne peut s’attacher à ces personnages peu attirants, incapables d’assumer leur pseudo-révolte soixante-huitarde.

Un extrait

« Alors ça n’en finira jamais, pensait Sabine, nous serons toujours soumises aux hommes d’une façon ou d’une autre, nous serons toujours cette marchandise espérant qu’on l’achète, les noces ou la misère, ce troc auquel aujourd’hui encore on se prête, désirant le mariage et le plus tôt possible avant notre date de péremption … » p.395

L'auteur

Née en 1962, Véronique Olmi est comédienne, scénariste, auteur de pièces de théâtre et de romans. Elle a publié entre autres Nous étions faits pour être heureux (2012), La nuit en vérité (2013) et Bakhita (2017), qui a connu un immense succès.

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