Jeanne Bohec la saboteuse du Général
Ministère des armées
Parution en Mars 2026
310 pages
22, 90 €
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Thème
Après une introduction annonçant le propos de son ouvrage, l’auteure trace la biographie de Jeanne Bohec, membre des volontaires Françaises VF, corps créé par le général de Gaulle à Londres en octobre 1940.
Si sa naissance suit de très près la fin de la Première Guerre mondiale, sa vie de jeune adulte va se dérouler pendant la Guerre de 39-45.
Ses études à Angers à peine terminées, elle prend un poste de chimiste à Brest où elle exerce quelques mois avant de partir pour Londres le 18 juin 1940, avant même d’avoir connaissance de l’appel du Général. S’ensuit sa traversée de la Manche, puis son intégration aux Volontaires Françaises.
Le livre décrit minutieusement la longue formation de ces engagées, bientôt parachutées avant le débarquement de juin 44. Jeanne, qui en fait partie, sera une des rares femmes qui assisteront aux combats sans toutefois être autorisée à tirer. Raphaëlle Bellon insiste sur la mise en évidence de la difficulté du genre féminin à se faire accepter au sein de la lutte armée.
Sont abondamment développés les récits de rencontres, de missions, d’exécution des ordres émanant des chefs de la Résistance.
Pendant ces années de guerre, peu de place pour l’émotion, l’affectif, le romantisme, les états d’âme, les hésitations et les introspections. L’occupation allemande et les combats empêchent toute tergiversation. Et le livre le montre bien en ce qui concerne la vie de guerre de Jeanne. Les actions s’enchaînent rapidement. Le lecteur découvre ensuite la vie civile de Jeanne, toujours engagée pour son pays, une grande responsable, enthousiaste et volontaire.
Points forts
L’auteure aborde la question cruciale de la place des femmes dans la société par le biais de la vie de résistante de cette jeune bretonne engagée « jusqu’à la fin de la guerre plus trois mois ». Si l’héroïne ne se plaint que très rarement de ces multiples relégations au rang de son sexe, elle fait preuve de respect et de dignité. L’auteure n’hésite pas à mettre en exergue les réactions de la hiérarchie au sein des FFL, source de frustrations pour une femme désireuse de combattre et bridée dans son élan.
Cette approche de la biographie de Jeanne Bohec, venant après son autobiographie La plastiqueuse à bicyclette, permet de cerner la question de la place des combattantes au sein des maquis, puis de la femme dans la société.
Des notes et une bibliographie abondante éclairent le lecteur.
Quelques réserves
La revendication féministe régulière au cours des pages met à distance l’émotion spontanée devant le drame.
Encore un mot...
De VF du Général à gaullienne puis gaulliste, Jeanne Bohec témoigne de sa volonté de sauver puis de servir son pays. C’est exemplaire.
Raphaëlle Bellon ne s’appesantit guère sur la violence de la fin de la guerre. Les arrestations, les disparitions, les tortures, les exécutions, les déportations sont juste évoquées. Cette volonté amène le lecteur à accepter le nécessaire, l’ indispensable, l’inéluctable.
C’est un livre optimiste, dès le début, la confiance nous habite.
Peut- être que le lecteur, lui aussi, à sa manière, selon la nécessité du moment, sera-t-il capable de reproduire, en l’adaptant, la réponse de Jeanne Bohec à l’appel de son pays.
Une phrase
« Ne pouvant tester dans le laboratoire, pour des raisons de sécurité, les produits fabriqués, Jeanne et ses collègues montent sur le toit : les explosions dérangent le voisinage britannique qui, s’il a bien voulu endurer le vrombissement des avions et le fracas des bombes du Blitz, est moins tolérant à l’égard des feux d’artifice que leur offrent leurs hôtes français. Sur les toits du lycée français, c’est le 14 juillet tous les jours. » P. 81
« Ce court séjour à Paris a un goût doux-amer. La grande ville, son agitation, son étendue, ses bruits, ses foules ne devraient pas surprendre celle qui a vécu à Londres pendant presque quatre ans. Elle se sent pourtant « très provinciale » : les habits qu’elle porte ne sont plus à la mode parisienne. Elle a parfois l’impression d’avoir le drapeau britannique tatoué sur le front. » P.169
« À Douarnenez, le souffle de l’avion et la chute des conteneurs endommagent les blés juste mûrs ; le propriétaire moissonne dès le lendemain pour ne pas perdre sa production, et ne pas laisser de trace. La récolte est bonne pour les FFI et pour le fermier. À Pont-Croix, fin juillet, le parachutage manque de tourner au drame après trois nuits passées à attendre en vain. » P. 217
L'auteur
Raphaëlle Bellon a passé son baccalauréat en 2007. Après une prépa littéraire, elle intègre l’Ecole Normale Supérieure de Lyon. Professeur agrégé d’histoire, elle est détachée à la Fondation de la Résistance en charge de la pédagogie. Elle intervient dans les établissements scolaires en formation des enseignants.
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