La fabrique de l’ennemi

L’ennemi serait-il le meilleur ami de l’homme ?
De
Umberto Eco
Grasset
Traduit de l’italien par Myriem Bouzaher
Parution en février 2026
64 pages
8 euros ; 5,99 euros en téléchargement
Notre recommandation
3/5

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Thème

Et si nous ne savions qui nous sommes qu’en désignant ceux que nous rejetons ? À travers les siècles, ces figures hostiles deviennent des repères à partir desquels les groupes se définissent, se rassemblent et affirment leurs valeurs. Des bûchers des chasses aux sorcières aux crispations des discours contemporains, Eco dévoile une vérité stupéfiante : l’ennemi n’est pas seulement une présence extérieure, il est une création inéluctable.

Points forts

  • L’introduction : le chapitre d’ouverture tient de la scène inaugurale, presque anodine en apparence. Une conversation échangée dans l’habitacle d’un taxi, banale, fugace, devient sous la plume de Umberto Eco le point de départ d’une méditation d’une étonnante ampleur. En quelques pages à peine, le réel bascule vers la pensée et le lecteur avance avec lui, happé malgré soi dans un mouvement de réflexion qui, déjà, ne nous lâchera plus.
  • Une érudition époustouflante : l’essai se déploie comme une vaste traversée des siècles, où les références surgissent avec une aisance déconcertante, souvent puisées aux sources de l’Antiquité. Eco exhume des descriptions minutieuses de l’adversaire et révèle, derrière leur diversité, une permanence troublante. Car sous des visages changeants, l’altérité hostile semble obéir à une même logique : elle est laide, malodorante, inhumaine.

Quelques réserves

  • Un opuscule incomplet : sa démonstration, solidement étayée, ne laisse guère de place au doute. Mais à mesure que la thèse s’impose, une interrogation demeure en suspens. D’où vient, au fond, cette nécessité ? On devine, en filigrane, l’hypothèse d’une identité bâtie en creux, dans le refus et la confrontation - à la manière de l’adolescent qui se définit contre ses parents pour mieux s’inventer lui-même. Il manque ici ce versant intérieur, cette plongée dans les mécanismes de l’âme qui aurait donné toute sa profondeur à l’analyse.
  • Un ouvrage très court : sa brièveté surprend puis déroute. Il n’est pas né dans le silence de l’écriture, mais dans le souffle d’une parole. Umberto Eco y prolonge l’écho d’une conférence, dont on devine encore le rythme, les inflexions, les reprises. Dès lors, la concision prend un autre sens. Ce n’est pas un traité que l’on tient entre ses mains, mais l’empreinte d’une parole vivante, saisie dans son élan.

Encore un mot...

Le thème a la force des intuitions neuves, mais laisse un goût d’inconfort, comme une vérité que l’on pressent sans vouloir tout à fait l’admettre. Très vite, une problématique s’impose : faut-il alors reconnaître à la haine un rôle fondateur, une énergie première ? Il y a, dans cette hypothèse, une nouvelle atteinte à l’image que l’homme aime se donner de lui-même. Une blessure discrète mais tenace, infligée à ce narcissisme qui voudrait se croire mû par le meilleur. Court, stimulant, parfois frustrant, ce texte a surtout le mérite de faire naître une question que l’on préférerait ne pas avoir à se poser.

Une phrase

“ Avoir un ennemi est important pour se définir une identité, mais aussi pour se confronter à un obstacle, mesurer son système de valeurs et montrer sa bravoure. Par conséquent, au cas où il n’y aurait pas d’ennemi, il faut le construire.” P.4 

L'auteur

Umberto Eco (1932–2016) appartient à cette lignée rare d’esprits capables de faire dialoguer la rigueur du savant et l’imaginaire du romancier. Le grand public l’a découvert à travers des romans comme Le Nom de la rose (Prix Médicis étranger, 1982), où l’intrigue se double d’une réflexion vertigineuse sur le savoir, la vérité et le pouvoir des textes.

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