La guerre civile n'aura pas lieu - Pour en finir avec la vision d'une France déchirée

Une analyse politique qui, hélas, manque d’objectivité
De
Nicolas Prissette & Emmanuel Rivière
Robert Laffont
Parution en mars 2026
304 pages
20,90 €
Notre recommandation
2/5

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Thème

Apparemment excédés par les vérités approximatives qui créent des déchirures dans le corps social français, MM. Prissette et Rivière ont entrepris de remettre les chiffres à leur place, en montrant que l’opinion est bien plus pacifiée que l’impression que l’on peut en avoir. Il est un peu étrange qu’ils aient emprunté à Giraudoux le titre de leur ouvrage, puisqu’ils entendent démontrer, qu’à rebours de la Guerre de Troie, la guerre civile n’aura pas lieu. 

Points forts

Il est vrai que les chiffres jetés dans le débat public sont souvent à la base de positions très marquées. Sur les grands sujets qui agitent le monde politique, l’émigration, la sécurité, le fonctionnement de la justice, il n’est que bataille de statistiques qui décrivent une réalité fantasmée que Prissette et Rivière se font fort de ramener à de plus justes proportions. Ainsi pour les auteurs, l’insécurité n’est pas pire qu’elle n’était, les immigrés ne représentent qu’une part modérée de la population, le wokisme est une invention montée en graine par les réactionnaires, l’école ne va pas si mal, les Français travaillent au moins autant que les autres… Les chiffres qu’ils avancent à l’appui de leur mise au point sont l’expression de l’opinion des sondés, les citoyens français… quand on formule correctement les questions qui leur sont posées. 

Il y a du bon dans cette louable tentative pour dédramatiser les choses.  Certains points méritent d’être retenus, notamment quant au fonctionnement de la Justice, trop souvent mise en cause pour son laxisme, ou l’Islam, souvent présenté comme un bloc, alors que les tendances y sont marquées, ou encore l’analyse du monde agricole, bien loin de s’abandonner à la mélancolie.

Quelques réserves

Les redresseurs de torts sont d’autant plus efficaces qu’ils font preuve dans leur analyse de neutralité et d’objectivité; tel n’est pas le cas de nos auteurs qui manifestent d’entrée de jeu leur aversion pour la droite populiste et semblent pas, idéologiquement, très éloignés des thèses du parti socialiste. Certes les populistes n’ont pas la réputation de cultiver la délicatesse de leurs analyses, mais nos deux auteurs ne font pas partout dans la nuance; ainsi du chapitre sur la transition écologique qui incrimine aussi bien, parmi les traîtres à la cause, les opposants à l’extension du parc d’éoliennes que les climato-sceptiques. 

Les chiffres et interprétations fournis sont étrangement statiques. Les auteurs considèrent  par exemple que les immigrés représentent environ 10% de la population française, soit! Mais ils ne s’interrogent pas sur l’évolution prévisible de cette population, compte tenu de l’origine des naissances.

Tout ceci baigne dans un moralisme de gauche de bon aloi. Prissette et Rivière reprennent les vieilles antiennes sur la démocratie - qu’il serait bon de réformer en pratiquant des référendums ou en consultant des  groupes de citoyens tirés au sort dont on sait les errements récents -, sur les arrêts de travail - qui sont tous justifiés -, sur la voiture - que l’on pourrait supprimer en mettant les usines dans les quartiers résidentiels-…

Enfin juste aboutissement des choses, nos auteurs considèrent - sans surprise - que le vrai problème de la France, c’est le logement, les inégalités de patrimoine et les impôts qui sont bien trop faibles pour les riches.

À aucun moment, Prissette et Rivière ne s’interrogent sur les raisons du décrochage français et sur les mesures qui permettraient d’inverser le cours du déclin.

Encore un mot...

Un éminent professeur de Cambridge, appuyé sur une batterie d’indicateurs, considérait récemment que la France ou le Royaume Uni avaient 80% de chances de développer une guerre civile dans les années à venir. Grâce à MM. Prissette et Rivière, nous voici rassurés!

Ces virtuoses de la manipulation statistique nous convainquent que si tout ne va pas bien, en fait cela ne va pas si mal. Alors, comme le vieux Pangloss finissait par cultiver son jardin, construisons des logements, taxons les riches et « tout sera au mieux dans le meilleur des mondes possibles »!

Une phrase

« Au lieu de se limiter de manière démagogique et pointilliste à des fragments du sujet, qu’il s’agisse du prix du litre ou du coût du véhicule électrique, le discours politique pourrait porter plus utilement sur l’implantation des quartiers résidentiels (bassins de vie) et des entreprises (bassins d’activité), la mise en place de modes de transport alternatifs à la voiture, la construction et l’accessibilité des logements, la revitalisation des campagnes, etc. » P. 198

[Il ne s’agit pas d’une citation du regretté Alphonse Allais] 

L'auteur

Nicolas Prissette, né en 1972,  est journaliste politique de presse écrite et de télévision. Il dirige les pages Opinions de La Tribune Dimanche et est l’auteur de Les Bobards économiques, co-écrit avec Hervé Nathan (Hachette, 2009), Emmanuel Macron, en marche vers l’Élysée (Plon, 2016), Macron, le président inattendu (First, 2017). 

Emmanuel Rivière, né en 1968, est politologue, vice-président de la Maison de l’Europe à Paris, membre du comité scientifique d’Europa Nova et enseignant à Sciences po et à Paris I.

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