La réparatrice
Parution en mars 2026
240 pages
18 euros
12,99 euros en téléchargement
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Thème
Qu’est-ce que le Rwanda ? Cent jours d’abîme. Dix mille morts par jour. Un million de vies fauchées dans un pays qui n’en comptait que sept. Et, dans ce vertige de chiffres, 85 % de la population tutsi anéantie. Mais les nombres, aussi vertigineux soient-ils, échouent à dire l’essentiel. Ce que dénonce le livre, c’est l’indicible : les violences sexuelles, ces meurtrissures invisibles qui continuent de ravager les existences. Il raconte surtout la parole salvatrice et la résilience.
Points forts
- La vérité, ici, ne se voile pas. Godelieve Mukasarasi n’a pas recours aux détours ni aux adoucissements. Elle dit. Simplement. Ce qu’elle a vécu, ce que d’autres ont enduré, sans chercher à atténuer l’insoutenable. Et face à ce témoignage direct, le lecteur reste saisi, interdit face à une brutalité extrême sans raison ni limite.
- La narratrice. Face à l’immonde, elle n'a pas cédé. Elle a choisi de lutter, inlassablement, pour que la dignité humaine ne soit pas ensevelie sous les décombres. Sa force morale impressionne sans jamais écraser. Elle n’est pas une héroïne de façade, car lorsqu’elle accepte de revenir sur l’enfer, ce n’est pas la colère qui domine. C’est une honte, tenace, silencieuse, révélant l’ampleur inouïe de la barbarie subie et l’injustice qui l’accompagne.
Quelques réserves
- Un sentiment d’inachèvement. Ce document laisse en suspens des questions vertigineuses. Comment une société bascule-t-elle dans l’inhumain ? À quel moment le voisin devient-il bourreau ? Godelieve Mukasarasi esquisse des réponses, évoque Hannah Arendt et sa « banalité du mal », rappelle l’héritage empoisonné des colonisations allemande puis belge. On aurait souhaité que ce livre éclaire les racines historiques et politiques de la tragédie, pour qu’elle ne soit jamais oubliée.
- Une architecture déroutante. On y cherche un fil nettement tracé, mais le texte avance par fragments en contrepoint, par épisodes récurrents, comme si le récit hésitait, contournait, revenait à ce qu’il ne parvient pas à dire. L’écriture se fait l’écho d’une parole blessée, tremblante dans ce qu’elle cherche à dire. Le désordre devient alors moins un défaut qu’une empreinte : celle d’une mémoire qui ne se laisse pas ranger.
Encore un mot...
C’est un ouvrage nécessaire. Néanmoins, la lecture est âpre, presque insoutenable. Aussi faut-il s’y engager en connaissance de cause. Il ne convient pas à tous les lecteurs. Les plus sensibles pourront s’en trouver profondément éprouvés. Il demande une certaine disponibilité intérieure, une capacité à recevoir une confession qui ne ménage ni celui qui la livre, ni celui qui l’accueille.
Une phrase
“ Je suis née à Ndiza, loin de Kigali. Mes parents étaient analphabètes et n’ont donc jamais eu connaissance de ma date de naissance. Un jour, sur un coup de tête, j’ai fait inscrire le jour du 15 décembre 1956 sur ma carte d’identité et ma fiche scolaire, mais il est probable que je sois née deux ans après…” P.9
L'auteur
Godelieve Mukasarasi, assistante sociale, est l’une des survivantes du génocide des Tutsi de 1994. Elle a choisi de fonder l’association SEVOTA — Solidarité pour l’Épanouissement des Veuves et des Orphelins visant le Travail et l’Auto-promotion. Son engagement a dépassé les frontières de son pays et a porté jusque dans les instances de l’ONU. La journaliste Capucine Graby, qui recueille son autobiographie, en restitue la force sans jamais la trahir.
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