Les orphelins Une histoire de Billy the Kid
Parution en Janvier 2026
163 pages
20,90 €
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Thème
Un court récit pour une courte vie, celle d’un jeune voyou parmi d’autres, très vite abandonné à lui-même. Son nom de guerre, Billy the Kid, est associé à des crimes d’envergure, à un usage immodéré de la gâchette, comme une légende éloignée de la réalité, ce qui est le propre des légendes. Son sort scellé dès l’enfance prend l’aspect d’une cavale qui s’engage à dix-sept ans, après la première balle fichée dans le buffet bien gras de Frank P. Cahill, un proxénète travesti en notable dans une Amérique qui se construit au fil de la conquête de l’Ouest.
William McCarty, alias Billy, alias Bill, fils de Catherine, une émigrée irlandaise, est né en 1859 du côté de Brooklyn ; il a usé de plusieurs noms d’emprunt, traîné son enfance, en quête d’un morceau de pain et d’un peu de tendresse, commis quelques larcins pour rien et conquis une liberté précaire émaillée de passages au « trou » ; quelques rencontres aussi, avec des gosses de son genre mus par leur seul instinct, ainsi Jesse Evans, une petite frappe qui écume le Nouveau-Mexique à la tête d’une bande de paumés de son espèce. La fidélité n’est pas leur lot, la réputation, dans les affaires et dans le crime qui se confondent, crée des opportunités et Billy prend du galon en changeant de maître pour adopter Tunstall, un anglais à l’allure de gentleman qui s’est mis au service de Dolan qui mange dans la main de l’attorney général de l’Etat, dans une chaîne de corruption sans fin qui n’épargne que les ténors.
C’est dans cette guerre des bandes sur fond de conquête coloniale, émaillée du massacre des Indiens et du vol massif de bétail que va naître la légende du Kid, nourrie par Pat Garett qui va le traquer et l’abattre et publiera plus tard la Vie authentique de Billy the Kid pour magnifier son propre exploit, celui d’avoir eu raison de l’ennemi public numéro Un. A vingt et un ans, Billy est déjà mort, au terme d’une cavale qu’il savait d’emblée suicidaire.
Points forts
Le style de l’auteur, celui qu’on connaît bien désormais, précis, incisif, ciselé au scalpel, un style qui dit tout dans une prodigieuse économie de langage.
La construction ou l’intelligence du récit qui trace le portrait du héros comme le négatif de la photo argentique, par l’image et l’action des autres, en creux.
L’épilogue qui traite de la mort de Joseph, alias Joe, le frère de Billy, à des années de distance, Joe qui renoue avec son frère perdu depuis si longtemps dans une éblouissante réminiscence.
Quelques réserves
Le parti pris un peu caricatural de l’inversion des valeurs, en l’espèce l’héroïsme et l’ingénuité du truand d’un côté, le vice absolu et la compromission des élites d’un autre, au service de la démonstration de la perversité de toutes les conquêtes.
Encore un mot...
Eric Vuillard est passé maître dans le récit à la fois concis, ciselé, lapidaire, voire assassin, dirigé contre l’establishment, quel qu’il soit. Révélé par son magistra L’ordre du Jour (Goncourt 2017) qui traite de la compromission des élites industrielles et financières allemandes avec le régime nazi, confirmé dans son talent par Une sortie honorable, récit à charge contre les élites françaises, toutes confondues dans l’affaire indochinoise, son parti semble définitivement pris aujourd’hui avec ce Billy the Kid d’accabler les démocraties occidentales, d’essence capitaliste, ainsi et dans cet ouvrage, l’Amérique conquérante, colonialiste et pharisienne.
On peut bien sûr convenir des dérives de ces régimes mais s’étonner de la pensée manichéenne de l’auteur qui les accable et ce capitalisme dont elles procèdent avec, du moins dans ces deux derniers ouvrages cités, quand il y aurait peut-être matière à tempérer le propos et tant à dire aussi sur quelques régimes politiques autrement plus pervers. Un talent indéniable au service d’une cause un peu manichéenne.
Une phrase
- “On ne le revit jamais. Il erra dans les montagnes et les plaines. Il louvoya parmi les cactus et leurs couronnes d'épines. Après le meurtre de Cahill, il quitta définitivement l’Arizona pour le Nouveau-Mexique et son aire d’actions se fixa lentement au hasard des rencontres.” P.30
- “ Il a seize ans. Il dort dehors, sous un buisson, mendie un peu, inspire confiance, trahit ceux qui lui viennent en aide, ne sait s’en empêcher.” P.31
L'auteur
Eric Vuillard est à la fois cinéaste (réalisateur et scénariste) et écrivain. On peut citer dans la rubrique « cinéma » la réalisation d’un long métrage Mateo Falcone, adaptation d’une nouvelle de Mérimée et dans celle du récit littéraire L’ordre du jour, primé par le Goncourt en 2017. Il a publié La guerre des pauvres en 2019 et Une sortie honorable en 2022, réquisitoire impitoyable contre les élites politiques, financières et militaires françaises dans l’affaire indochinoise.
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Commentaires
Dire que c’est manichéen est faible… C’est sans nuance, bien dans l’air du temps. C’est même insupportable. Seul le style rachète un peu le livre. Après cette lecture, je peux affirmer que c’était mon dernier Vuillard.
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