Madame Chiang Kai-shek. Un siècle d’histoire de la Chine
Première publication en 2010 - Seconde publication le 6 février 2026
682 pages
23, 90 €
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Thème
Comment imaginer qu’une petite Chinoise de 9 ans deviendrait la femme la plus puissante de son époque et mourrait à Manhattan à 105 ans en Octobre 2003 ?
Mayling est la plus jeune du trio des sœurs Soong, originaires de Shanghai.
Leur père, Charlie, lui aussi envoyé aux USA à l‘âge de 9 ans rejoindre un oncle épicier à Boston, très intelligent, comprend vite les voies de la réussite : s’intégrer par l’argent, et la religion.
Les Méthodistes en font un prédicateur-affairiste, lequel, rentré à Shanghai, épouse selon la tradition une paisible héritière. Ils ont 3 filles et 3 garçons ; la vie sans histoires des grands bourgeois américano-chinois enrichis par le commerce portuaire.
Les sœurs ainées de Mayling mettent sur sa route les nouveaux révolutionnaires : Sun Yat Sen qui inventa la République, des banquiers, les communistes, des militaires, des évêques, des ministres. Ai-Ling épouse le banquier Kung en 1914 ; l’ainée Chi-ling épouse Sun en 1917, lequel rencontre le militaire Chiang Kai-shek avec lequel il s’allie pour asseoir son autorité. Ce dernier remarque Mayling et l’épouse en décembre 1927 en pleine guerre civile. Elle a 19 ans.
Ici commence l’héroïne : assez vite, Mayling domine époux et situation. Chiang sans elle serait perdu : elle organise, accompagne les efforts du leader nationaliste, traverse avec lui toutes les épreuves, la guerre, l’occupation, la pauvreté, la mort souvent présente, les triomphes. Douée d’un instinct politique peu courant, d’un sens inné de la diplomatie, elle est indispensable et même incontournable. Mentalement elle allie la ruse chinoise à l’hypocrisie nord-américaine, séduit Roosevelt, épate Churchill, fait de Marshall son adorateur préféré, invite Eisenhower à Taipei, voit débuter Nixon qui, devenu Président, gâchera son apogée. Sa beauté, son élégance, son imperturbable aplomb dans les tempêtes privées ou internationales la rendent quasi céleste. A 90 ans, elle sidère encore les snobs de Manhattan.
Points forts
Cette biographie est, en fait, un double récit : à travers la vie de Mayling, Philippe Paquet relate l’histoire de la Chine et de l’Extrême Orient pendant 2 siècles agités et terribles. Les relations impossibles entre les différentes ambitions, et surtout les liens toujours ambigus entre les Etats-Unis et les Chinois. L’auteur replace l’important rôle du Japon, propriétaire de Taïwan pendant 70 ans, redécouvre les incertains cheminements du communisme, des Russes, de Mao, des moines et des militaires. Dans cette mêlée, la famille Soong - et ses étonnantes filles - sera souvent observatrice, banquière, arbitre, oiseau moqueur ou fourmi zélée.
Cet ouvrage en français, fruit d’un long et savant travail, éblouit par sa clarté et l’art de mélanger anecdotes, histoire mondiale et biographies de ses acteurs. À condition d’être endurant et patient, à la chinoise, ce pavé de près de 700 pages est un délice ; on en ressort plus Chinois que nature, Taïwanais peut-être ?
Quelques réserves
Aucune réserve pour cette biographie magistrale!
Encore un mot...
On ne peut que constater ici, une fois encore, que les biographies sont bien plus intéressantes que les péripéties des romans. Parce qu’elles sont « vraies » et souvent inimaginables.
Une phrase
« Elle était très américaine dans ses paroles et ses manières, mais en même temps d’un patriotisme intense, impatiente dans son désir de servir son pays (…). Alors qu’elle s’exprimait, on pouvait entrevoir la Chine comme un pays vivant qui se battait pour la démocratie, un pays qui avait les yeux tournés vers l’Ouest. Elle racontait les rêves qu’elle nourrissait pour la Chine. » P. 136
« De retour à New York à l’automne 1944, elle confirma à son amie Emma Mills, les rumeurs qui couraient sur les désaccords entre elle et son mari ; « elle m’a dit qu’elle avait tout fait, sauf l’assassiner ». Ce n’était pas très neuf car la Maison Soong relatait volontiers les disputes... » P. 419
« Lors de la célébration de son Centenaire à Washington elle impressionna ses invités par sa vitalité, vêtue, selon son habitude d’une élégante qipao ; elle complimenta l’ambassadeur de Taïwan sur la beauté de son épouse et ajouta en riant « que feriez vous, vous les hommes, sans de jolies femmes comme nous ? » P. 662
L'auteur
Philippe Paquet, né en 1960 à Namur, est un sinologue mondialement connu. Journaliste, docteur en histoire, il enseigne à l’Université Libre de Bruxelles. En 2011, lors de la 1ère parution de Madame Chiang Kai-shek, il reçoit le Prix de la Biographie de l’Académie française, le Prix des Ambassadeurs, le Grand Prix de la Biographie politique.
Il a publié chez Philippe Picquier L’ABC-daire de la Chine (2004), L'ABC-daire du Tibet (2020) et chez Gallimard en 2016 Simon Leys-Navigateur entre les mondes.
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