Hélène et Paul Morand, un couple sulfureux

Le récit passionnant du couple le plus sulfureux de la littérature
De
David Bonneau
Plon
Parution le 16 0ctobre 2025
348 pages
22 €
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Hélène, princesse Soutzo par mariage, mais en distance de son époux outrageusement infidèle, entame une liaison passionnelle avec Paul Morand qui débute en juin 1916 à Londres où il est en poste à l’ambassade de France depuis 1913. Ils s’étaient auparavant croisés en 1915. Les tribulations nombreuses liées aux alea des postes de la carrière de Morand ou aux choix personnels de vie des deux amants sont à l’origine d’une correspondance très nombreuse qui a permis à l’auteur de faire le récit de la vie de ce couple marié en 1927 qui a vécu les heures brillantes et dramatiques de cette période de l’histoire européenne du XXe siècle.

Ce livre montre qu’ils ont principalement cherché leurs plaisirs, malgré les circonstances dramatiques vécues par leurs contemporains et pour leurs pays. Ils ont en toute connaissance de cause adhéré à des options politiques et des choix de carrière indignes, et malgré cela, ils ont pu reconstruire après la Deuxième Guerre mondiale un mode de vie conforme à leurs dispositions naturelles, Paul Morand ayant même été reçu à l’Académie française en 1969.

Points forts

L’auteur présente l’histoire personnelle d’Hélène et de Paul. Pour Hélène, une filiation paternelle d’origine grecque et une famille de financiers installés à Bucarest. L’argent y est une donnée et une valeur, le luxe une évidence. La famille fréquente la haute société roumaine y compris royale. Pour Paul Morand, selon David Bonneau on peut qualifier sa famille de « bourgeois bohême », « côtoyant ce que le Paris de 1900 compte d’artistes dans différents secteurs ». 

Les deux partagent un antisémitisme profondément enraciné. Ceci explique que Paul peut devenir un collaborateur de Laval et que leur fréquentation des cercles collaborationnistes et des Allemands ne leur pose aucun problème. 

Pour le couple, Hélène apporte la fortune qui leur permet d’avoir une vie sociale brillante et insouciante qui profite bien sûr à Paul. Dans leur cercle on note l’admiration de Proust pour Hélène, la présence de Cocteau, d’Ernst Jünger…Paul a une personnalité certainement problématique pour une épouse. Il est en permanence ailleurs, il est fondamentalement infidèle, mais cependant attaché à Hélène et se révélera « parfait » lors de la vieillesse si dégradante de son épouse.  

Le grand intérêt du livre est de couvrir la période historique allant de la Guerre de 14/18 jusqu’aux années 1970, Hélène mourant en 1975.  Leurs options politiques et de vie depuis leur rencontre sont décrites avec précision et mises en parallèle avec les circonstances dramatiques des époques. Les choix de postes servent leurs intérêts, y compris leur “exil”  en Suisse qui ne sera pas doré mais salvateur. Leur retour en France est possible grâce à un visa temporaire et ensuite la loi d’amnistie de 1951 leur permettra de retrouver leur fortune et leur mode de vie antérieur tout aussi festif et luxueux.

À cela il faut ajouter que le récit relate en parallèle de leur histoire privée, la carrière littéraire de Morand qui débute en 1922 avec le livre Ouvert la nuit.  Il est dit qu' il vivait bien de sa copieuse production littéraire. Il est conseillé par Hélène, lectrice exigeante qui propose des modifications qu’il intègre le plus souvent. Beaucoup de ses livres s’inspirent des lieux visités ou de personnes connues y compris intimement et qu’Hélène reconnaîtra sans plaisir.

Quelques réserves

On comprend assez vite la passion qui unit Hélène et Paul Morand qui ont manifestement besoin l’un de l’autre et partagent de nombreux moments d’intimité. Peut-être n'était-il pas utile de l’évoquer aussi souvent ?

Encore un mot...

Après ce récit si passionnant de la vie des Morand on peut éprouver une relative indulgence pour Hélène qui a connu de grands chagrins familiaux, une vie d’épouse sans illusion sur la fidélité de son mari, une capacité à s’occuper de proches ayant besoin de son assistance. Quant à Paul Morand, cet auteur si réputé est finalement une âme noire. Sa réception en 1969 à l’Académie française interpelle mais le talent littéraire n’est pas forcément lié aux qualités humaines. Il est vrai que le général de Gaulle s’y est longtemps opposé compte tenu des choix antérieurs du postulant. 

Une phrase

  • “ Pour une femme comme Hélène qui a toujours vécu dans la High Society, le retour de la liberté promise par les Alliés ne saurait compenser la disparition d’une civilisation dans laquelle elle a évolué depuis son enfance, organisée autour d’une société hiérarchisée et d’une hégémonie européenne. Dans l’esprit de Morand, choisir l’Allemagne, fût-elle nazie, c‘est tenter de sauver une Europe qui s’est déjà suicidée en 1914 face à un bloc soviétique qui les effraie et dont ils pourront rapidement mesurer toutes les horreurs par la famille d’Hélène restée en Roumanie.” P.153

  • [ Et un deuxième extrait très savoureux, Hélène disant à son mari :] 
     “C’est curieux, tu écris des livres très intelligents et tu ne l’es pas particulièrement.” P.263

L'auteur

David Bonneau est diplômé de Sciences Po (Bordeaux). Il a été directeur général au Conseil régional d’Ile de France. Il enseigne les Sciences Politiques à l’université Paris I Panthéon Sorbonne.

Ajouter un commentaire

Votre adresse email est uniquement visible par Culture-Tops pour vous répondre en privé si vous le souhaitez.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Ils viennent de sortir