Missy

Le récit passionnant d'une longue et triste vie, dans une époque particulièrement ambiguë
De
François-Olivier Rousseau
Editions Pierre Guillaume de Roux - 300 pages
Recommandation

p. 232, à propos du réel talent de serrurier de Missy , cette plaisante dénonciation du snobisme :

«Il n’y a pas que Mozart qu’on assassine ; l’absurdité des préjugés sociaux et la vanité des familles sacrifient tous les jours, sans doute, d’incomparables plombiers, de providentiels électriciens, de rares pâtissiers, pour tailler dans ces belles dispositions innées, des magistrats bornés, de lymphatiques diplomates et de mornes commis d’Etat, aigris dans leurs compétences contrefaites. » 

Notre recommandation
4/5

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Thème

La longue et triste vie de Mathilde de Morny  marquise de Belbeuf (1863-1944), dite Missy,  « phénomène hybride » dont personne ne se souviendrait sans sa  liaison avec Colette (pimentée par le scandale du Moulin Rouge) qui la transcenda sous le sobriquet de « la Chevalière » dans son roman « le Pur et l’Impur ».

L’occasion pour l’auteur de brosser un tableau décapant de la Belle Epoque, son grand monde et son demi-monde, où foisonnent les personnages hors-norme aux filiations douteuses et les invertis des deux sexes, sur fond d’hypocrisie et d’excès tapageurs.

Points forts

1 - La grange tendresse du biographe pour Missy,  cet « être inachevé »  qui porte pantalon et fume le cigare parce que sa vraie nature est d’être un homme, rejetée à la fois par les lesbiennes occasionnelles qui se méfient de ce travesti assumé et par le  milieu huppé dont elle est issue. 

Morphinomane, végétaliste avant l’heure, velléitaire sans talents définis, elle doit à sa confortable fortune, dilapidée peu à peu par générosité et incurie, de pouvoir « s’offrir » de jeunes amantes intéressées et ingrates  (seul, le génie de Colette lui évite d’être classée parmi celles-ci).

2 - La description hilarante de la cour en exil d’Isabelle II d’Espagne « dans les traditions conjuguées du roi Pétaud et de la mère Ubu dont la souveraine a justement le physique » (p. 49).

3 – Des personnages typés : Colette, bien sûr, fantasque et roublarde,  jouant l’enfant étourdie à près de quarante ans;  Willy, viveur et tricheur,  qui, par intérêt,  pousse Colette dans les bras de Missy;  la princesse Troubetzkoy, née d’une danseuse de corde; le  duc de Sesto, beau-père indulgent,  qui consacra sa fortune à la restauration de la monarchie espagnole; le marquis de Belbeuf, éphémère mari de convenance; Sacha Guitry, dont l’amitié sans failles, ne se démentira jamais…

La plupart des écrivains, poètes, peintres, demi-mondaines, aigrefins, aristocrates  fin-de-race  qui traversent cette fresque déroulée sur trois guerres ont droit à de petits portraits bien sentis qui les font vivre comme de vieilles connaissances.

Quelques réserves

1 -  Paradoxalement, la très grande proximité de l’auteur avec ses multiples  personnages. Ce qui lui paraît évident ne l’est pas forcément pour le lecteur moins averti. 

2 - Une écriture pleine d’humour mais assez torturée.

Encore un mot...

L’histoire tragique d’un « faux-semblant », né dans les fastes de l’Empire pour finir à 81 ans, la tête dans un  four.

L'auteur

Né en septembre 1947, François-Olivier Rousseau fut critique littéraire au Matin de Paris à la fin des années 1970 avant de se consacrer à l’écriture et de multiplier les prix littéraires. Exilé volontaire à l’île de Man, il se spécialise ensuite dans l’étude d’une « Belle Epoque » élargie, de Napoléon III à la première guerre mondiale (romans, biographies, scenarios). A noter sa participation comme coscénariste au très beau film de Tavernier « la Princesse de Montpensier » (2010).

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