Quartier des fantômes

La longue méditation d’un survivant du génocide cambodgien. Un récit d’une intensité émotionnelle rare
De
Rithy Panh et Christophe Bataille
Grasset
Parution le 7 janvier 2026
128 pages
15 euros ; 10,99 euros en téléchargement
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Thème

Quartier des fantômes s’avance comme une longue méditation sur un lieu figé par la violence. À Phnom Penh, une ancienne école, rebaptisée S-21 et détournée par les Khmers rouges en usine de torture et de mort entre 1975 et 1979, devient le cœur battant d’un récit de retour. Le livre questionne ce qui subsiste du passé, ce que l’héritage traumatique accepte de porter, et ce que l’écriture peut encore tenter lorsque les mots semblent impuissants à exprimer ce qui défie l’entendement.

Points forts

Une réflexion sur le devoir de mémoire : il faut retrouver les témoins, faire surgir les voix enfouies, recueillir les récits de l’horreur sans les trahir. À S-21, les aveux arrachés sous la torture précèdent presque toujours l’exécution. La logique de mort est implacable, absurde, et pourtant méthodique. L’entreprise de destruction laisse le langage vacillant. Le texte avance par fragments, par silences, par images mentales. La poésie affleure là où le discours échoue, et les absents occupent l’espace avec une présence presque tangible. Il en résulte une intensité émotionnelle rare, plongeant le lecteur dans une expérience sensorielle où chaque mot semble pesé contre l’oubli.

Quelques réserves

Absence de récit linéaire traditionnel : sa forme méditative, éloignée de toute progression chronologique classique, peut désarçonner les lecteurs qui attendent une posture plus savante. Pour qui, comme moi, ne conserve que des souvenirs flous d’un programme scolaire survolant cette période, ce choix laisse un manque. Les auteurs ne cherchent pas à expliquer, mais à faire ressentir. Ce parti pris, assumé, a son prix. À la fermeture du livre, demeure une forme de frustration : celle de n’avoir que peu appris au sens académique du terme. Quartier des fantômes ne transmet pas un savoir structuré, il transmet un choc intérieur. Et celui-ci, aussi fort soit-il, ne comble pas le besoin de compréhension que certains lecteurs peuvent attendre.

Encore un mot...

Rithy Panh, survivant du génocide cambodgien, porte sur S-21 un regard intime et implacable. Il n’écrit pas depuis la distance de l’universitaire spécialisé et objectif, même si les auteurs convoquent la Révolution française. Le parallèle s’impose en effet, dérangeant. Il rappelle que la violence idéologique, lorsqu’elle se prétend absolue, traverse les siècles et les frontières. Le lecteur assiste alors, impuissant, à cette répétition de la cruauté humaine, toujours justifiée par de grands mots. De cette mise en regard naît un sentiment glaçant : l’histoire n’enseigne pas, ou si peu, et ce qui n’a pas été affronté continue de peser sur notre présent.

Une phrase

“ Avant la guerre, le Cambodge était un pays indépendant et neutre de 7,7 millions d’habitants. 1970 : coup d’État contre le prince Sihanouk. Extension de la guerre du Vietnam, bombardements américains, guerre civile, 600 000 morts. 17 avril 1975 : victoire des Khmers rouges. Populations déplacées, habitants chassés des villes. Écoles fermées, monnaie abolie, religions interdites. Camps de travail forcé, famine, terreur, exécutions. Un crime contre l’humanité : 2 millions de morts.” Page 3

L'auteur

Rithy Panh est l’un des grands cinéastes de la mémoire contemporaine. Ses films, consacrés au génocide cambodgien, mêlent témoignage et réflexion, refusant aussi bien l’oubli que la simplification. 

Christophe Bataille, écrivain et éditeur, l’accompagne depuis de nombreuses années dans ce travail. Leur collaboration repose sur un dialogue exigeant entre cinéma et littérature. La prose de Bataille ne cherche pas à lisser la parole de Panh, mais à lui offrir un espace de résonance.

Rithy Panh et Christophe Bataille sont aussi les auteurs de L’élimination (Grasset, 2012), L’image manquante (Grasset, 2013) et La Paix avec les morts (Grasset, 2020).

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