Trois Mexique
Parution le 8 janvier 2026
131 pages
18,50 €
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Thème
L'auteur choisit - la règle grammaticale n'est pas très claire - de ne pas mettre au pluriel le nom de Mexique, bien qu'il l'assortisse du chiffre trois. C'est dire que, pour lui, chacun des personnages qu'il va évoquer dans son livre est un Mexique à lui tout seul. Voici donc tout d'abord sœur Juana qui, au dix-septième siècle, choisit d'entrer dans les Ordres car c'est le seul moyen pour elle, dans un monde patriarcal, de vivre son indépendance de femme et de poète libre. Voici encore Juan Rulfo dont JMG Le Clézio nous dit qu'il est un des plus grands écrivains du 20ème siècle ainsi qu'un photographe de grand talent. Et enfin l'historien Luis Gonzalez y Gonzalez qui, par le truchement de son village perché, nous propose l'histoire universelle du Mexique.
Points forts
L'histoire de sœur Juana Inès de la Cruz est passionnante. Cette femme, née en 1651, est une poétesse novatrice car ses textes mêlent allègrement la langue du colonisateur espagnol et celle des indiens indigènes. Elle compose notamment des villancicos, sortes de pastourelles destinées à illustrer les fêtes de Noël sur le parvis des églises. Mais petit à petit, pour la hiérarchie de l'Eglise, elle apparaît comme rebelle car elle associe chansons, danses et costumes indiens au prosélytisme religieux. De surcroît son poème Premier songe est un hymne à l'amour physique et sensuel qui va alimenter son procès. C'est encore d'amour qu'il est question avec le roman Pedro Pàramo de Juan Rulfo dont l'auteur nous dit qu'il " est sans doute l'un des plus grands romans du XXe siècle " - "Comme dans un rêve, le lecteur avance dans un pays imaginé où seules comptent les émotions".
On y trouve " la chaleur irrespirable " qui résonne pour nous comme la métaphore même du Mexique. Mais Rulfo est aussi un photographe émouvant si l'on en juge par le portrait de sa femme reproduit en tête de chapitre. Sa beauté secrète témoigne de l'amour et du talent du photographe et nous donne envie de voir d'autres de ses œuvres. Avec le troisième Mexique, c'est d'un historien qu'il s'agit en la personne de Don Luis (Luis Gonzàlez). Son seul principe, d'après JMG Le Clézio, c'est celui de la vérité. " L'historien est tenu à la vérité, puisque le politique, dit Luis Gonzalez, est obligé de pratiquer habituellement le mensonge." Cette vérité ressort de l'histoire de son village natal, San José de Gracia, village perché, à partir de laquelle il tend à l'histoire du Mexique en son entier.
Quelques réserves
JMG Le Clézio, prix Nobel de littérature, s'est modestement transformé dans ce livre en biographe. Mais son style, chaleureux, poétique et complexe ne convient pas toujours à cette discipline. Par exemple, s'il donne vie avec une grande émotion à sœur Juana, il ne nous raconte pas le procès que lui a fait la hiérarchie ecclésiastique alors qu'au fil de ses œuvres courageuses, on en pressent la menace. La richesse admirative du style et sa complexité est par ailleurs un obstacle à la compréhension du personnage de Juan Rulfo dont on ne saisit pas vraiment en quoi il serait " l'un des plus grands écrivains du XXe siècle ." Enfin, si l'histoire passionnée de son village perché par Luis Gonzalez nous paraît intéressante, on ne voit pas très bien comment, comme nous le dit JMG Le Clézio, elle pourrait avoir valeur d'Histoire universelle du Mexique.
Encore un mot...
Trois Mexique pour trois personnages de ce pays, à des époques et des disciplines différentes, une religieuse poétesse du 17e siècle et au 20ème, un écrivain photographe et un historien local.
Une phrase
" Juste avant l'arrivée à San José de Gracia, l'orage éclate à l'ouest. Dans le ciel tout devient visible, les nuages blancs et noirs lourds se heurtant comme des rochers, dérivant au ras des cimes arrondies, vers l'est, vers la lagune de Chapala. Dans les nuages disparaissent les forêts, les rancherias, et sur le col, les maisons du village rival, Mazamitla. L'orage crève à l'ouest, d'un seul coup, en forme d'arbre de pluie dont la base repose durement sur les ravins, étend ses doigts d'eau en longues racines. Le nuage gris-noir est beau, immense, en frondaison, et l'eau qui tombe fait un fleuve opaque qui unit la terre au ciel. " P.105
L'auteur
Jean-Marie Gustave Le Clézio est né à Nice le 13 avril 1940. Depuis 1963 il a une activité d'écrivain et de traducteur particulièrement intéressé par les Cultures amérindiennes. Il faut préciser ici que toutes les traductions depuis le mexicain, notamment des poèmes de sœur Juana, sont de lui. Elles restituent avec rythme et poésie les textes d'origine. Son premier roman à succès, Le Procès-verbal (Gallimard, 1963) est suivi tous les trois à cinq ans de plusieurs autres et par Désert (Gallimard, 1980). Il reçoit en 2008 le prix Nobel de littérature en tant qu' " écrivain de nouveaux départs, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, explorateur d'une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante ".
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