La Fortune des Winczlaw, Tome 1 : Vanko 1848

WINCH AVANT LARGO
De
Scénario : Van Hamme, Dessins : Berthe
Editions Dupuis -
56 pages -
15,95 €
Notre recommandation
3/5

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Thème

La mode des Préquelles n’est pas nouvelle. Elle consiste à explorer les origines des héros de série. Nos plus grands héros de papier y ont eu droit. Il était donc logique que le fameux Largo Winch y ait droit également. De plus, l’alliance entre Van Hamme, le créateur original de la série, au scénario et le talentueux et chevronné Berthet aux dessins ne pouvait qu’éveiller notre curiosité de lecteur. Mais resituons d’abord ce héros.

Imaginé en 1990 par Van Hamme et mis en dessin par Francq, Largo Winch est un playboy milliardaire et altruiste, dont les aventures vont s’étaler sur 22 albums (aux Editions Dupuis, série en cours). Très vite, le succès est au rendez-vous. Il faut dire que Van Hamme s’y connaît pour réunir tous les ingrédients de la réussite. Largo est le prototype du chevalier moderne, toujours prêt à se battre pour une noble cause. Il est le fils adoptif d’un milliardaire peu scrupuleux, Nerio Winch, dont il va reprendre l’empire à la mort de celui-ci.

Dès le premier tome de la série, L’Héritier, Van Hamme nous avait donné quelques indices sur l’origine de la famille Winch : Nerio était l’arrière-petit fils d’un immigrant yougoslave, Vanko Winczlav, et le petit-fils de Milan Winczlav (celui qui décidera de changer son nom en Winch). On apprend aussi que la mère de Largo Winch s’appelait également Winczlav, sans qu’on sache s’il y avait un lien de parenté.

Van Hamme avait donc semé quelques cailloux dans ses intrigues. Il était donc prévisible qu’un jour il aurait envie de les ramasser, même s’il a pris son temps pour le faire. C’est donc chose faite une trentaine d’année plus tard avec le premier tome de cette trilogie qui porte le nom de l’arrière-grand-père, Vanko.

Vanko est un jeune médecin serbe, qui, en 1848, émigre vers les Etats-Unis où il va connaître un destin mouvementé, comme Van Hamme aime les imaginer. Père de deux enfants, un fils adoptif Sandy et son propre fils Milan, il va injustement être accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis et va devoir quitter sa famille pour éviter la prison. Nous suivrons alors la vie de ses deux enfants, en particulier celle de Milan, personnage assez peu sympathique qui porte en lui les traits de son futur petit-fils, le fameux Nerio.

Points forts

Van Hamme est un scénariste très efficace. Quand il vous entraîne dans une histoire, il ne vous lâche plus, et vous n’avez qu’une envie, c’est de tourner chaque page de l’album pour connaître la suite qu’il a imaginée. Avec quelques réserves, cette recette fonctionne encore ici. On suit Vanko dans sa destinée maudite, mais flamboyante, et l’on voit émerger chez ses héritiers les gènes de la recherche de puissance et de l’amour de 

l’argent qui feront la renommée des futurs Winch. La construction du scénario est très originale, car l’histoire se déroule en continuité apparente, alors qu’elle s’étale en fait sur une quarantaine d’années. D’une case à l’autre, il peut se passer 4 ou 5 ans sans que cela soit mentionné, mais vous le découvrez parce qu’un enfant grandit ou qu’un personnage disparaît.

Le dessin de Berthet est superbe, ce qui, de mon point de vue, est un pléonasme, car je voue une grande admiration pour ce dessinateur depuis sa première série, au début des années 80, le Marchand d’idées (avec Cossu au scénario, 4 tomes chez Glénat). Son trait est d’une grande simplicité, et il créée une ambiance et des émotions avec fluidité et dépouillement. Ses personnages féminins sont très séduisants, un héritage de son travail sur la série des Pin-Up avec Yann au scénario (10 albums parus chez Dargaud), et expriment toujours beaucoup de force et de sensualité. Ses décors sont soignés, sans jamais être surchargés, et restituent à merveille le contexte historique de cette jeune Amérique.

Quelques réserves

Cet album a deux points faibles potentiels : un certain classicisme qui en fait une BD très conventionnelle, et un traitement de l’histoire qui fait qu’on s’attache assez peu aux personnages. Si le défaut du classicisme est vite digéré et compensé par le rythme du récit, le second est plus gênant. 

Le traitement temporel qui nous fait survoler 40 ans de tranches de vies de nombreux personnages en 56 pages rend difficile l’attachement à l’un d’entre eux. Sur ce plan, c’est un peu l’opposé de la série des Largo Winch, où on avait tout le temps de s’attacher au héros et à quelques personnages secondaires.

Encore un mot...

UNE AVENTURE BIEN FICELEE MAIS QUI MANQUE D’AME

Van Hamme s’est fixé un sacré défi avec l’objectif de raconter l’histoire des origines de Largo Winch en trois petits tomes. Cela donne une lecture un peu mitigée de cette première partie. On a plus l’impression de lire un documentaire sur les Winczlaw/Winch que de plonger dans une épopée romanesque. C’est un peu comme si Van Hamme avait voulu se prévenir d’un effet de dilution qu’il redouterait. Et pourtant, il a un talent éprouvé pour ces longs récits passionnants, comme, par exemple, sa magnifique saga sur les brasseurs (Les maîtres de l’Orge, avec Vallès au dessin, 8 albums chez Glénat). Ce premier tome donne plus l’impression d’un travail sur commande, certes bien réalisé, grâce aux talents conjugués des deux auteurs. Est-ce que cette impression se dissipera avec les deux prochains tomes ? Ce sera, en tous cas, ma principale attente.

Une illustration

L'auteur

Né en 1939 à Bruxelles, Jean Van Hamme est un scénariste prolixe, et peut-être un des rares à posséder la pierre philosophale de son métier. Tout ce qu’il écrit, ou presque, se transforme en or. Le défi de cette biographie est de se restreindre aux exemples les plus marquants. Ses grandes séries, Thorgal, XIII, Largo Winch, ont fondé sa réputation de scénariste à succès.

Il s’est essayé à tous les genres de la BD, comme la saga familiale (les Maîtres de l’Orge avec Vallès), la reprise du héros mythique (Blake et Mortimer avec Ted Benoît), les récits sociétaux glaçants (formidable SOS Bonheur, en 3 tomes avec Griffo), les One Shots captivants (Le grand pouvoir du Chninkel ou Histoire sans Héros). Il réussit toujours à mettre en valeur le travail du dessinateur avec qui il s’est associé. Sa carrière compte peu de temps faibles (de mon point de vue, je rangerais dans cette catégorie Wayne Shelton ou Lady S).

Il est réellement un des grands scénaristes de la BD moderne.

 

Né à Thorigny sur Marne en 1956, Philippe Berthet est un auteur de BD certes reconnu, mais qui, de mon point de vue, est resté aux portes de la Renommée qu’aurait dû lui ouvrir son immense talent. Je l’ai découvert pour la première fois dans les pages de la revue Circus (la revue de BD des éditions Glénat), au début des années 80, avec Le Marchand d’Idées, une série réalisée conjointement avec Cossu (4 tomes parus chez Glénat), et c’est peu dire que cela a été un choc. Cette série de science-fiction bousculait tous les codes du genre de l’époque, et le dessin de Berthet apparaissait déjà d’une grande maturité.

Sans donner la liste exhaustive de toutes ses BD, on peut citer son Privé d’Hollywood, l’histoire d’un détective privé dont les enquêtes se passaient dans le milieu du cinéma à Los Angeles (avec Bocquet et Rivière au scénario, trois tomes chez Dupuis), puis sa célèbre série des Pin-Up (avec Yann au scénario, 10 tomes chez Dargaud), ou encore, plus récemment, sa série Nico, avec Duval au scénario (3 tomes, chez Dargaud).

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