Valérian: Shingouzlooz Inc.

Valerian: retour gagnant
De
Lupano et Lauffray, d’après Christin et Mézières
Editions Dargaud
Notre recommandation
4/5

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Lu / Vu par

Thème

Les Shingouz (3 créatures vénales et sans aucun sens moral, qui parcourent l’espace à la recherche d’une bonne affaire ou d’une bonne information, désespérément amoureux de Laureline), créent une compagnie, la Shingouzlooz, pour explorer l’espace afin de devenir propriétaires de paradis fiscaux destinés à de futurs clients. Au cours de cette campagne, ils acquièrent (par erreur) la Terre. Ils perdent ensuite leur compagnie à un jeux de cartes, abandonnant la Terre aux mains de Sha-oo, une « créature d’affaire » corrompue, surnommée l’assoiffeur de mondes.

Valerian et Laureline doivent sauver la Terre, alors qu’ils sont déjà en mission pour Galaxity, à la recherche d’un androïde hébergeant des serveurs illégaux. L’intrication des deux histoires va donner lieu à de multiples rebondissements.

Points forts

- L’esprit de la série est tout à fait respecté. Les bases sont là : Valerian et Laureline bien sûr, avec leur fidèle vaisseau, les galaxies peuplées de multiples créatures exotiques, les sauts spatio-temporels risquant à chaque fois de créer un « bazar spatio-temporel » …

- Vous retrouverez nos amis Shingouz bien sûr, mais aussi Galaxity (organisme régissant les sauts spatio-temporels et envoyant ses agents à travers l’univers pour réaliser diverses missions). Vous découvrirez chez son chef une facette inattendue et si humainement normale. Monsieur Albert, agent de Galaxity, issu de la France des années 80, refait également son apparition.

- Cet album est bien rythmé, les aventures et les rebondissements s’enchainent ; mais il actionne aussi les zygomatiques ! W. Lupano a truffé les dialogues d’humour, de jeux de mots, de références à notre quotidien terrien. Il a nourri son scénario de notre actualité, qui s’intègre très bien à cet univers de science-fiction. On pourrait croire que l’affaire des « paradise papers » était déjà au grand jour au moment de l’écriture de cet épisode. 

- Concernant les graphismes, M. Lauffray est tout à fait dans la lignée de J-C Mézières. Il faut dire que c’est un habitué de la science-fiction ! On replonge avec plaisir dans des univers tantôt très colorés, parfois beaucoup plus sombres, toujours très inventifs et avec un dessin très proche de la série originale.

- Cet album s’adresse bien sûr aux fans de Valerian, mais reste néanmoins accessibles aux néophytes, n’étant pas en lien avec d’autres histoires précédentes.

Quelques réserves

- Certains pourraient s’énerver du côté moralisateur de cet album : l’humanité pollue, elle est colonialiste, corrompue … les auteurs ne cachant pas leur critique de notre société à travers de très nombreuses allusions.

- Le dessin est très proche de la série originale, il est donc difficile de s’adapter aux visages similaires mais néanmoins nettement différents de nos protagonistes. Cela est particulièrement vrai pour Laureline, dont les traits rappellent les actrices des séries type « Les Feux de l’Amour » des années 1990.

Encore un mot...

- « Shingouzlooz inc est le deuxième album de la série « Valerian vu par », le premier ayant été écrit par Manu Larcenet. Il ne s’agit par d’une suite mais d’une réinterprétation des aventures de Valerian et Laureline. Aussi, amateurs de la série, ne vous attendez à un exemplaire strictement fidèle et dans la continuité des précédents. Cet album n’est d’ailleurs pas situé sur les trames historiques, bien que l’existence de Galaxity puisse nous guider sur le « moment » où se passe cette histoire. L’idée est au contraire de lire une aventure qui, tout en respectant l’esprit de la série, aura un ton spécifique à ses auteurs. Gardez l’esprit ouvert pour apprécier votre lecture !

Pour illustrer mon propos, je dirais que Shingouzlooz est à Valerian ce que le film Asterix et Cléopatre est à la B.D. Asterix : avec la même base mais décalé et plein d’humour.

- Les non-initiés pourront découvrir cet univers SF né dans les années 70, dans le cadre d’une histoire totalement d’actualité. Bien que certaines références leur échapperont, ils ne passeront pas à côté de l’aventure et de sa mise en scène, ni de l’humour des auteurs.

Le thème principal tourne autour de la finance, des combines plus ou moins légales de défiscalisation, de la corruption dans les placements et la spéculation. 

Une phrase

Laureline : « C’est grave à votre avis, si la Terre appartient à une filiale d’un fond de prévoyance géré par Galaxity et domicilié dans un paradis fiscal cyber-testiculaire doré à haute fréquence… dissimulé dans un short ?... à supposer naturellement que quelqu’un à Galaxity ait eu l’inconscience d’investir ce fonds avec autant de légèreté… »

L'auteur

- Mathieu Lauffray: Né à Paris en 1970, il manifeste très vite un vif intérêt pour le dessin. Après son baccalauréat, il entre à l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris. Pour sa thèse de fin d’étude, il réalise la bande dessinée Le Serment de l’Ambre (Delcourt). L’année suivante, il commence à faire les illustrations de couverture des adaptations de Star Wars en comicbooks. Il réalise en parallèle de nombreux travaux d’illustrations. Il travaille aussi our le développeur de jeux vidéos Darkworks. En 1999, il travaille avec Christophe Gans sur le projet du film Le Pacte des loups. En 2000, il retourne à la B.D. en dessinant une série intitulée Prophet (Les Humanoïdes Associés). Il alterne ensuite les projets cinématographiques et la bande dessinée, créant notamment avec X. Dorison le personnage de Long John Silver en 2006 (Dargaud). Il contribue également de façon plus distante à l’univers de jeux vidéos.

- Wilfrid Lupano: Né en 1971 à Nantes, il passe une grande partie de sa vie Pau. Après un baccalauréat littéraire et une année d’université en philosophie, il passe une licence d’anglais. C’est par une pratique assidue du jeu de rôle en tant que maître de jeux qu’il s’est forgé des compétences en matière d’imaginaire et de narration. Il a rencontré ses associés dans un bar où il travaillait pour payer ses études. Il développe avec l’un d’entre eux (Fred Campoy) le personnage de Little Big Joe (Delcourt). Il continue de puiser son inspiration dans les bars (il tient le Filochard à Toulouse), mais aussi le cinéma, la littérature classique et la science-fiction. Il commence en 2014 la série Les Vieux fourneaux (Dargaud), désormais célèbre et qui lui valut le prix de la BD Fnac Belgique 2015, dont vient d’être publié le tome 4. Il a également obtenu les prix des libraires de BD en 2014 et le prix de la BD Fnac 2015 pour Un Océan d’amour (Delcourt).

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