Avec mon meilleur souvenir
Texte lu par Françoise Sagan
Durée 3 h 04
22 euros ; 19,99 euros en téléchargement
(Edition brochée, première parution en 1984 chez Gallimard 214 pages)
Infos & réservation
Thème
En écoutant ce livre dans ma voiture, j’ai vécu un moment privilégié : covoiturer avec Françoise Sagan ! Et très vite, une évidence s’impose : Avec mon meilleur souvenir ne se plie pas aux règles de l’autobiographie sagement ordonnée. Elle y convoque les êtres croisés au fil des années, mais aussi ce qui l’a toujours animée : la vitesse, le jeu, le théâtre, les livres, et cette joie de vivre qu’elle revendiquait comme une fidélité à elle-même. Non pas une confession, mais le reflet sensible de ce qui l’a émue, fascinée, nourrie.
Points forts
- L’inimitable petite musique : on retrouve ici cette voix si reconnaissable. Une écriture désinvolte qui avance sans effort visible, avec un panache presque insolent. Ce phrasé, à la fois simple et subtil, a ce goût particulier que l’on savoure avec gratitude.
- L’art du portrait : son talent éclate lorsqu’elle saisit un être en quelques traits nets : un geste, une intonation, une manière de se tenir, lui suffisent pour faire surgir une présence. Elle capte les instants fragiles, ces secondes où une vérité affleure avant de disparaître.
- Une autobiographie éclatée : une étonnante modernité se dégage de cette manière de se raconter sans jamais s’aligner. Elle ne déroule pas sa vie comme un fil bien tendu mais propose une mosaïque de souvenirs qui ressemble à un puzzle dont les pièces ne chercheraient pas à s’emboîter parfaitement. Il y a des vides, des silences, des détours.
Quelques réserves
Un ouvrage qui peut décontenancer : certains auditeurs seront peut-être déroutés devant l’absence d’intrigue construite. Le livre avance sans contrainte. Et c’est là tout son prix. En parlant d’elle-même à travers les autres, Sagan révèle une facette moins attendue : un humour d’une grande finesse, capable de se faire tendre, mais aussi franchement mordant. Lorsqu’elle évoque des auteurs sans talent, sa plume devient incisive, presque cruelle, sans jamais sombrer dans la vulgarité.
Encore un mot...
On a reproché à l’écrivaine d’avoir peuplé ses productions de jeunes femmes évoluant dans un univers que d’aucuns jugent futile. Ces héroïnes portaient déjà les contradictions de leur créatrice, mais ici, apparaît surtout une femme qui ne s’excuse ni de ses goûts ni de ses excès. On se surprend à penser que François Mauriac avait raison en la qualifiant de charmant petit monstre : charmant par son esprit, monstre par son refus des conventions. Cette insolence continue de séduire.
Une phrase
(sur la vitesse :)
“Elle aplatit les platanes au long des routes, elle allonge et distord les lettres lumineuses des postes à essence la nuit, elle bâillonne les cris des pneus, devenus muets d’attention tout à coup, elle décoiffe aussi les chagrins. On a beau être fou d’amour en vain, on l’est moins à deux cents à l’heure.”
L'auteur
Françoise Sagan (1935-2004) entre en littérature avec fracas en exhalant un parfum de scandale. À dix-neuf ans, elle publie Bonjour tristesse ; le succès est immédiat, le renom mondial. Un ton jeune, affranchi, sûr est né — et ne cessera plus de s’imposer. Au fil des décennies, elle poursuit une œuvre abondante, alternant romans, pièces de théâtre et essais.
La lectrice :
C’est d’abord un document précieux, car on y entend le timbre de Sagan elle-même. Elle lit comme elle écrivait et vivait, avec un détachement apparent. Mais derrière cette légèreté maîtrisée se cache une intelligence aiguë, un sens du rythme et une justesse instinctive.
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